lundi 10 mars 2008

Françafrique

Sgt PolinJean-Philippe Chauvin publie un billet intitulé Afrique appelant à continuer la Françafrique au motif de perpétuer la mission historique de stabilisation post-coloniale de la France envers le continent noir. Il a raison.
Charles De Gaulle, fondateur de la Françafrique, à défaut d'avoir pu continuer la Communauté Française, avait laissé ce message quand il quitta le pouvoir :
« Surtout, n'oubliez pas l'Afrique ! »
Il fut certes entendu de ses successeurs, qui au lieu d'assainir les relations douteuses tricotées par le commis Foccart entre la métropole et ses anciennes colonies, y cherchèrent leur avantage, au moins pour ce qui concerne Giscard d'Estaing qui bénéficiait des travaux et des jours de son père dans les mines et de ses cousins dans les banques, en plus d'une stupide relation cynégétique avec l'empereur Bokassa qui lui coûtera sa réélection, même si le mensonge était sous-jacent dans l'affaire des diamants ...

Mitterrand fit plus simple, et missionna son propre fils Gilbert comme son représentant et celui de la Françafrique en AEF. Il était connu sous le sobriquet de Papamadi - les Africains ont un humour acide - jusque dans les milieux pétroliers que j'ai fréquentés alors où certains ignoraient jusqu'à son prénom. Il a des dossiers chez les juges à Paris.
Le tricot ne cessa de se défaire quand Mitterrand prit le parti de la gouvernance démocratique, comme critère d'évaluation des transferts liés aux ajustements structurels.
Pour sauver les meubles, l'Elysée se mit à faire de la diplomatie au troisième degré inversé, à la limite du chantage, et finit sous la présidence de M. Chirac par trahir les accords passés (Côte d'Ivoire). Cela continue avec M. Sarkozy. A tel point que si les subventions au développement se tarissaient, les pays d'Afrique noire chasseraient la France qui a pris le visage d'un prédateur honteux, et imprévisible quand il s'agit de tenir sa parole. On ne peut fonder une relation africaine uniquement sur le fric, il y a toujours quelqu'un qui dans la pièce à côté en a plus que vous. Désolé, Monsieur Chauvin, on ne peut continuer la Françafrique en l'état.

Cne MarchandAu-delà de la motivation première qui était d'accompagner les colonies vers l'émergence en contrevaleur de leurs voix à l'Assemblée générale des Nations-Unies, le système d'accords bilatéraux prévoyaient de bon sens la concentration des crédits français vers les infrastructures administratives, scolaires et sanitaires en réduisant les budgets de défense nationale à leur plus simple expression par la conclusion d'accords militaires de coopération, en cas d'agression extérieure ou de mouvements de déstabilisation. Toutes les illustrations de ce billet sont militaires car ce domaine est le fonds de la question.

L'Etat RPR ne tint pas compte du projet gaullien, se créa une clientèle et utilisa l'Afrique comme une machine à salir l'argent par le système des rétro-commissions. Il corrompit la nomenklatura africaine dans des investissements immobiliers en France - une sorte de laisse - et pour finir, à chaque occasion de troubles dans ses ex-colonies, prit le temps de juger quel serait son meilleur cheval pour demain. Tout devenait personnalisé. Les accords ne valaient que ce que valaient les sympathies réciproques. On alla même jusqu'à déborder de l'épure et "annexer" le Congo belge et plus tard ses appendices prussiens du Rwanda-Burundi parce qu'on pensait du bien du maréchal Mobutu. Kolwezi 1978.

Ainsi quand le président Gbagbo, socialiste, chrétien par sa femme et ami de Lionel Jospin, subit une révolte armée par le Burkina Faso et renforcée des bandes libériennes chassées par les Anglais, au lieu d'envoyer les Jaguar incinérer la rébellion en invoquant les accords de défense, la France de M. Chirac jugea que le vainqueur n'était pas sûr. Elle s'interposa au motif de sécuriser les Blancs qui n'étaient pas encore menacés, protégeant ainsi la rébellion. Nous y sommes encore, après y avoir perdu beaucoup de prestige dans des opérations de gendarmerie bizarres et 9 marsouins, décimés le 4 novembre 2004 par la "chasse biélorusse" à l'heure de l'anisette.
Que faisions-nous Rwanda ? Je me pose encore la question, même si le comportement des unités françaises n'est pas du tout en cause.
Quelle est cette danse du ventre au Tchad ?
Et ce mini opéra-bouffe de l'Arche de Zoé ?
La rébellion au gouvernement légal tchadien provient du territoire soudanais et est équipée par Karthoum. A la première manifestation d'hostilité, il suffisait d'intervenir pour que toute la parade burlesque des technicals cesse dans l'heure. Au lieu de quoi, nos ténors ont jaugé, puis "parlé" au Conseil de sécurité, à Bruxelles, et in fine envoyé M. Morin faire des photos en gilet pare-balles ; on décrédibilise nos unités aux yeux des dirigeants africains et de leurs populations.

REPDepuis combien de temps nos armées n'ont-elles affronté un vrai combat ? C'est un cri que poussait le médecin chef Clervoy lors d'un colloque fin 2007 organisé par la revue militaire Inflexions(1) : « L'idéal de secourir a remplacé l'idéal de combattre" par la conversion des armées à l'Humanitaire, ce qui entame gravement la combativité des troupes au sol. Dès le contact par publicité interposée souvent, "l'engagement est présenté comme avant tout humanitaire, qui exclut la notion d'usage agressif des armes. Voici des verbes puisés dans le discours humanitaire: défendre, servir, secourir, aider, assister, soulager, protéger, approvisionner, transporter, bâtir, restaurer". Le médecin-chef Clervoy a noté "l'absence de verbes relatifs à une action spécifiquement martiale, c'est-à-dire concernant un ennemi désigné qu'il faudrait combattre, détruire, anéantir, percer, écraser, vaincre ». Une rupture se produit lorsque le soldat qui a adopté une posture humanitaire se trouve projeté dans une action de combat. Leur engagement n'est pas soutenu par un discours de combat". Assez préoccupant maintenant que nous avons une armée professionnelle. C'est peut-être cette baisse de vigilance qui a coûté la vie au sergent Polin la semaine dernière à la frontière soudano-tchadienne, mais plus sûrement le défaut d'agressivité de la chaîne de commandement qui est manipulée par les rigolos du cabinet Morin obsédés par le calme plat.

Imitons nos voisins britanniques qui, s'ils ne sont pas parfaits, savent jouer leur partition. Ils n'engagent leur infanterie que pour se battre, et elle est redoutée car réputée brutale, sans complaisance ni complications. C'est comme cela que la Sierra Leone(2) a pu renaître, et par ricochet le Liberia. A leur place nous aurions multiplié les conférences et compté nos dommages collatéraux.

Les OPS en surveillance
La France n'a plus les moyens de développer l'Afrique francophone par elle-même. Mais elle peut être le chef de file d'un syndicat européen de paix(3) et développement parce qu'elle est la dernière puissance autrefois coloniale à être imbibée par l'Afrique, à disposer de connaissances profondes de ses territoires et peuples, à reconnaître en métropole d'importantes communautés noires, et aussi à aimer l'Afrique pour ce qu'elle est. Mais afin de rassurer les pays africains comme nos partenaires aussi, il faut une démarche claire, non assujettie aux indications des girouettes plantées sur les tours du pouvoir parisien, et qui parfois ne donnent pas le même vent au même instant. Nous gagnerions beaucoup d'estime à nous abonner à la limpidité.
Sans doute notre franchise, si elle n'exclut pas la vigilance et le renseignement continu, convaincrait-elle nos amis africains d'y regarder à deux fois avant de céder aux sirènes chinoises, qui ne les protègeront jamais de rien. Une limpidité diplomatique exige une permanence de l'axe d'effort, ce que le système républicain ne garantit nullement. C'est là le hic. On reconstruit l'oeuvre à chaque mandat présidentiel.

Nota 1.: Le premier numéro de cette revue est présenté ici.
Nota 2.: Opération Pallister de mai 2000 où la Royal Navy vint au secours de la Sierra Leone avec 8 navires de guerre et une infanterie de 2000 hommes.
Nota 3.: On peut lire le Rapport A/1880 de l'Union de l'Europe Occidentale de 2004 sur la perception européenne du maintien de la paix en Afrique.



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