mercredi 16 avril 2008

Jaws !

Saturne de GoyaNous vivons une époque formidable. La Terre court à sa perte, la planète s'en portera mieux. Tout ce qui nourrissait les rapports discrets des experts - nous avons des centaines de milliers d'experts - quant au devenir du bon sens commun, émerge au grand jour des écrans bleus. L'homme est-il à l'homme comme un loup ? Même pas mal ! Nous avons rétrogradé au niveau du rat social et dévastons champs et greniers sans relâche, à se demander si tel Saturne nous n'allons pas bouffer nos gosses bientôt.

L'espèce dominante est en concurrence avec toutes les autres espèces dont elle domestique les plus rentables et détruit celles réputées sans valeur ajoutable, voire simplement cachées. Ayant banni la sélection naturelle pour proliférer tout en s'abâtardissant, et cultivant au Nord ses vieux comme de précieuses abalones, l'Homme dont la population croît sans cesse, dévore tout ce que la Terre porte.
L'imagination dans l'autodestruction étant sans bornes, - l'Histoire fourmille d'exemples - le roseau pensant vient d'ajouter un convive de plus dans sa chaîne alimentaire en flux tendu : la bagnole !

calandre Buick 57Huit cents millions de "bagnoles" disputent le grain de 2 milliards de mal nourris !
Plus fort : on subventionne les "bagnoles" sur crédits d'Etat en garantissant des prix rémunérateurs aux producteurs de biocarburant, afin de diminuer dans des proportions minuscules les rejets de CO² dans l'atmosphère de ces mêmes "bagnoles" et ceux de leurs compères les "bahuts".
Il y a des gens qui sont arrivés à vendre aux opinions publiques cette quadrature du refroidissement planétaire. On doit les décapiter dare dare et montrer leurs cerveaux exceptionnels dans des bocaux au Musée de l'Homme !

Que l'air se charge de dioxine, que nos rivières soient toutes douteuses et certaines carrément toxiques (la Seine dernière arrivée pour les PCB (polychlorobiphényles) et que les saumons soient littéralement plombés, qu'y pouvons-nous ? Ce sont cent cinquante ans de révolution industrielle que nous allons payer cher. Arrêterons-nous l'émergence industrielle des empires asiatiques parce que la Terre est déjà trop sale ? Ils n'entendront rien et dans trente ans, mangeront leur bol de soupe sur nos têtes s'ils ne se sont pas mutuellement détruits.

Que faire ?
Sauf entropie universelle des conditions de vie englobant le milliard d'Africains prévu, qui permettrait de répartir la pollution avant l'institutionnalisation hypothétique d'un régulateur mondial, il n'y a pas grand chose à faire, sinon décider, décider, décider, sans autre effet que d'accumuler les annonces et se plaindre ensuite que les mesures "décidées" n'ont finalement abouti à rien de tangible dans les statistiques. Le procédé commence à être banalisé, et l'Opinion ne coupe plus dans ces salades.

Que le pôle Nord se réchauffe, dégelant l'océan arctique, que les glaciers fondent au Groenland, que les eaux montent un peu noyant les îles au raz de l'eau et que le Gulf Stream coule, personne ne peut enrayer ces phénomènes. Autant se préparer à de nouvelles conditions géographiques et admirer les nouveautés comme le grand passage du Nord-Ouest, ou les mérinos en Alaska !

Mais le temps de discuter entre décideurs à bail précaire, l'espèce s'est encore accru au rythme de trois souris par seconde. Dame Nature connaît de longue date les effets néfastes de la surpopulation et les règle par le syndrome des lemmings. Un jour, la troupe immense part en excursion à la falaise et un milliard de boules de poils saute à la mer vers l'Amérique.

L'espèce humaine appelle "bulle" son périmètre individuel, "espace vital" sa perception de l'entassement, mais "guerre" sa falaise. En attendant que la lutte contre la faim ne mute en guerre du grain, nous croyons utile de revenir aux fondamentaux de la nature tout court et de la nature humaine particulièrement.

file du riz à Dacca
Puisque l'on nous demande encore pour quelque temps de choisir nos décideurs, commençons par poser les questions de simple bon sens, et simplement trois pour aujourd'hui :

1.- Va-t-on cesser de subventionner la production de grain et de canne à sucre pour le biocarburant, quoiqu'il puisse en coûter aux producteurs, puisqu'ils mettent en grave péril le fragile équilibre planétaire ? PLUS FORT, monsieur Barnier, nous ne vous entendons pas décider !

2.- Va-t-on décréter l'arrêt de l'urbanisation sur les terres agricoles en dessaisissant les maires des pouvoirs de construire. Il est à mourir de honte d'assister à la construction continue de lotissements d'habitations sur les terres arables de la Région parisienne, parmi les meilleures du monde, alors que la France dispose de larges espaces stériles capables d'accueillir les nouvelles habitations (landes, terres crayeuses ou granitiques). Bête comme choux ! Mais cela va gêner beaucoup de gens. Tant mieux, qu'on les pende à la lanterne, nous sommes trop, ne laissons passer aucune occasion de modérer les effectifs.

3.- Va-t-on supprimer la TVA et toutes taxes sur les productions maraîchères et autres produits frais de proximité, et taxer plein pot (19,6%) tout ce qui provient de plus de ... cent kilomètres par exemple ? Il existe déjà en Italie des restaurants qui proposent des menus "zéro kilomètre" volontairement moins chers. C'est du bon sens.
Peut-être les champs kenyans cesseront-ils de faire du haricot vert en barquette de frais pour Paris et passeront-ils à quelque chose de mangeable par les Kenyans.
La mondialisation qui devait soulager la famine par la fluidité des échanges de denrées n'a finalement rien apporté dans ce secteur critique sauf l'écrasement des productions vivrières par les surplus euro-américains. La crise actuelle fait fermer les frontières en Egypte, en Inde, en Chine, au Vietnam, au grand dam de M. Lamy qui n'y comprend plus rien.

lemming de la ToundraPour tenter de sauver la planète et dans la foulée la plus grande partie possible de l'espèce humaine (mais si, mais si !), il n'est que de confier les décisions exigées à des gens sensés, déconnectés des enjeux électoraux et libérés des intérêts immédiats et particuliers qui se combattent. La situation actuelle montre à l'envi que chacun dans son coin s'est gravement fourvoyé dans la négociation intérieure et extérieure de politiques éphémères dictées par le clientélisme naturel à la démocratie, ou la priorité donnée à sa caste en dictature. Une vingtaine de pays influencent l'activité économique et financière du Monde. Ceux-là doivent se doter d'institutions régaliennes stabilisées, et se réunir en Conseil pour se coordonner. Il faudrait faire vite, le reste est tapage.
Et tant pis pour la démocratie d'opérette ou la dictature d'abattoir, laissons-les aux pays qui ne comptent pas !


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3 commentaires:

  1. Utile ! Sait-on jamais.
    Quelques recettes de lemming pour l'ordinaire de campagne ... frit, au barbecue, en fondue, farci ou mariné à la Godwin.
    CLIC.

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  2. En Asie nul n'est surpris que les récoltes soient dévorées et les greniers pillés par les agioteurs, c'est l'année du Rat, cher monsieur.

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  3. Strauss-Khan a dit aujourd'hui que de faire du biofuel avec des produits alimentaires ça pose la question de laisser mourir de faim des gens en nombre.
    Une réaction planétaire peut-être ?

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