dimanche 24 mai 2009

Made in Qualité

M.LhoteM. Bernard Lhôte publie chez les Manants du Roi un billet offensif de fantassin, les pieds ancrés dans la réalité de ce monde que nous ne changerons pas de sitôt. Prenez la peine de le lire par ici, et revenez nous voir ou pas, l'important est plutôt de l'avoir compris lui.
Depuis ses premiers articles en 2005, Royal-Artillerie appelle à entrer en guerre au-delà de nos frontières dans le champ économique, en mobilisant tous nos atouts - que bien des pays nous envient - et en précédant cet assaut des réformes indispensables à son succès, dont la moindre n'est pas la désoviétisation d'un pays addicté aux cautères et gouverné par des minus.

Nous n'allons pas réécrire l'excellent billet de M. Lhôte, je lui pique simplement l'idée de la French Touch, mais avec les yeux d'Adjani dont nous sommes tous amoureux (ndlr : le rouge à lèvres est quand même trop clair).

Isabelle AdjaniD'où vient notre déclin économique ? La question dépasse ce modeste blogue râleur, mais on peut avancer que lorsque l'Allemagne était gouvernée en réalité par des industriels, que la Grande Bretagne l'était au même moment par des banquiers (des vrais), la France était conquise par les énarques, une classe hors-sol engraissée à l'idéologie socialiste comme des tomates de serre.
Quand nous subîmes les deux premiers chocs pétroliers (1974 et 80), notre industrie fut ébranlée, mais pas plus que celle de nos voisins. Du haut de sa pyramide, le pharaon d'Estaing décréta l'industrie obsolète, concept du XIX° siècle. L'avenir était aux services sophistiqués. Ancien ministre des finances du président Pompidou, il suivait le sillon tracé par ce dernier qui avait annoncé formellement que les retardataires à la modernisation qu'impliquait l'ouverture programmée d'un marché unique, disparaîtraient pour de bon. Je l'entends encore ! Raymond Barre parlait lui de canards boîteux.

Les énarques n'ayant pas de temps à perdre avec les petites merdes économiques (ils dorment avec la cocarde collée au pyjama), construisirent des échafaudages de ravalement pour les entreprises emblématiques du pays, laissant crever le tissu industriel de base encore foisonnant mais ramolli par le protectionnisme antérieur.
Bluecar BolloréCeci est la vraie explication de la disparition de l'industrie française, jadis une des quatre premières au monde, faite de PME et TPE comme le tissu industriel allemand que l'on admire aujourd'hui, et qui alimentait en pièces, composants et sous-ensembles tous nos grands assembleurs.
Dans les années soixante et soixante-dix, vous pouviez fabriquer un avion complet en région parisienne sans importer un rivet. Les usines du 9-3 sous-traitaient même des pièces pour l'industrie allemande, et la forge d'aluminium d'Issoire débitaient les hublots de carlingue pour Boeing. Aujourd'hui, même le sous-traitant lambda assemble ici des pièces importées.
Mais les aliens de l'ENA, parfaitement dénués de fibre industrielle - l'industrie, c'est comme la noblesse, une éducation familiale -, durent au bout d'un moment liquider les fleurons de l'empire qu'ils étaient chargés de relancer, faute de résultats en bon argent ; ils avaient pris tous les postes de direction et s'étaient voté des salaires. Le chef de fabrication (ex-contremaître) de l'usine de roulement à aiguilles de Vierzon fut remplacé par un polytechnicien ET un énarque. Partirent ailleurs ou moururent debout de grosses entreprises structurantes comme Creusot-Loire (leader mondial de la tole plaquée pour brise-glace!), Péchiney soldé à Alcan, Alsthom et Thomson à la découpe, Lip c'est fini (sic Messmer), etc...

Exocet 40La compétition s'est avérée cruelle, et la réplique largement insuffisante. L'économiste Elie Cohen estimait en 2003 que la France s'est dotée d'un système d'enseignement et de recherche propre à faire du rattrapage à faible coût et à bâtir une économie d'imitation, pas davantage. Aujourd'hui, il faudrait plutôt parler innovation, souplesse, essaimage, croisement des recherches. C'est loin d'être le cas, selon Cohen, qui stigmatise notamment le sous-investissement dans l'enseignement supérieur au profit du collège intégrateur et la coupure entre recherche et entreprises. La France est loin de cette tension vers l'innovation qui caractérise les Etats-Unis, où « on trouve en permanence à la fois des gens qui veulent du nouveau et d'autres qui veulent faire fortune en offrant ce nouveau...» !
Pire, les états-majors énarchiens qui ont délocalisé leur centres de recherche en Chine ou aux Indes, ont tous été surpris du niveau excellent des jeunes ingénieurs locaux, capables de développer les gammes sur place. Ces centres d'influx nerveux industriel ne reviendront pas.

C'est Tony Blair qui répondait à Chirac avec un sourire retenu que la globalisation va bien aux pays battants. Une position forte dans l'aéronautique, le spatial et les nanotechnologies change la donne et incidemment rehausse l'instinct entrepreneurial du pays. A l'inverse, que la France veuille se contenter de sa rente touristique et de services d'assistance à la personne, d'artisanat de proximité à faible valeur ajoutée, d'un ou deux groupes de bancassurrance, d'un ou deux groupes d'eau et d'un chantier naval sous perfusion, sans parler de l'acharnement thérapeutique aux morts-vivants, et elle en subira la traduction en termes de niveau de vie. C'est en cours. Par chance ils nous reste encore quelques pointures et des trouveurs qu'il ne faudrait pas dégoûter. En passant, la France devrait être depuis le début leader mondial du "bio", et dans sa tradition tiermondiste, leader incontesté du commerce équitable ! Mais passons d'abord ce marché avec nous-même, comme le demande si bien Bernard Lhôte, de produire en tout une qualité irréprochable, ce "Made in France" de jadis qui ouvrait tant de portes.

2 Rafales
Une balance commerciale créditrice est paradoxalement le vecteur d'une "souveraineté économique" qui prélude l'optimisation de nos dépendances appelée indépendance, et par dérive sémantique, la souveraineté tout court. L'excédent quand il est structurel, est d'abord un signe d'enrichissement qui donne une autorité dans les enceintes internationales de décision. Qui du gouvernement français peut l'ouvrir en séance et critiquer la mal-gouvernance ou la gabegie d'autrui ? Quelle autorité avons-nous en Europe où notre comportement démagogique met en péril la monnaie unique ? Nos gens n'ont d'autorité que sur la presse parisienne qu'ils menacent. A deux cents kilomètres de Paris, plus aucune.
Il faut faire et refaire l'inventaire de nos atouts et détruire les obstacles et les suceurs de roue, mais d'abord cette bureaucratie tsariste et ses codes impériaux complètement dépassés, et sans doute fermer l'ENA ou la revendre à l'exportation pour couler la concurrence.
Haut les coeurs dès après !


étiquette Chaval Blanc
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2 commentaires:

  1. Le déclin économique provient du déclin moral : maladie propre à l'esprit français qui lui fait prendre pour inéluctables les mutations provoquées précisément en vue de ce déclin.

    Cette désolation matérielle est le miroir de la profonde désolation morale qui sévit dans toutes les sphères de pensée. Cet état de choses suffit à lui seul à ouvrir la faculté de solutions nouvelles, car toutes les formules envisagées ou produites ont eu pour résultat ce que nous déplorons tous.

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  2. Je pense plutôt que le déclin est d'abord géopolitique, mais agravé par les deux guerres civiles européennes qui ont fauché le meilleur de la "race".

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