mercredi 10 juin 2009

Africanisation mentale

défilé carnaval nègreCe n'est pas au moment où le vieux sorcier du Gabon rend le paquetage aux esprits de la forêt qu'il faudrait parler de l'africanisation de la France. Et pourtant ! Nous y allons tout droit. Ce n'est pas d'immigration qu'il s'agit, encore moins devrait-on se plaindre de l'immigration noire qui a l'avantage sur bien d'autres de parler la même langue que nous, et d'avoir avec nous une certaine complicité de culture populaire que l'on cherchera en vain chez les Kosovars, les Ukraniens, les Roms ou les Biélorusses qui se pavanent dans nos rues la sébille à la main ! Il s'agit de l'africanisation des mentalités de nos élites.
Tous les Africains qui accèdent aux études supérieures veulent devenir experts-comptables, avocats, banquiers, hauts fonctionnaires, voire traders en blanchissant ! Il s'en trouve si peu qui aient la fibre industrielle voire seulement entrepreneuriale que je n'en connais pas. Et ce n'est pas faute d'en avoir maintes fois cherché dans mon bizness. Autour de moi, les générations montantes françaises sont dans le même train que les Africains, à privilégier les salaires vite promis, Rolex et RayBan, à toute recherche dans la réalisation de soi-même à travers une empreinte industrielle pérenne.

A quoi servent nos jeunes ingénieurs qui font une spécialisation "commerce" ou "finance" à la fin de leur cursus ? Pourquoi maintenir une Ecole des Mines (Louis XVI - 1783), Centrale des Arts & Manufactures (fondation privée - 1829), l'Ecole des Ponts & Chaussées (Louis XV - 1747), une Ecole des Arts & Métiers (duc de La Rochefoucauld - 1780), si tout se passe en entreprise dans les bureaux du directeur financier et du secrétaire général, au bénéfice premier des actionnaires ?
Si la crise élague le bois mort, elle renforce aussi la marge d'exploitation des unités de production pour fermer les usines ici au prétexte de meilleurs coûts ailleurs. On parlera une autre fois des fonds de pension pèlerins.

pont de millau
La France ne dispose d'aucune rente minière, d'aucun monopole (la Bolivie a le lithium, l'Iran a les pistaches) mais nous allons être exploités comme l'Afrique en ses mines, dans ce qui nous reste de meilleur, notre vivier de doctorants, nos savoir-faire agro-gastronomiques, le nez de nos parfumeurs, notre génie aéronautique et, entre autres, notre patrimoine exceptionnel que d'aucuns voudraient bien démonter pierre à pierre pour meubler leurs Disneylands tropicaux.

C'est une mention dans le magazine Fortune du 8 juin 2009¹ qui me braque :
Douze tunneliers travaillent actuellement aux Etats-Unis. Nous sommes reconnus comme l'un des trois ou quatre pays au monde pour les grands travaux publics, ponts et tunnels. Nos références sont longues comme le bras et commencent au XIX° siècle avec le canal de Suez. Nous avons fait des chemins de fer partout, des ponts en quantité et si beaux, comme ceux de Normandie ou de Millau, des barrages alpins, des tunnels aussi monstrueux que celui du Mont Blanc ou de la Manche. Le catalogue est infini ...
Les douze tunneliers sont fabriqués chez Herrenknecht² en Allemagne !

tunnelier
C'est sans surprise à la réflexion, le pays a abandonné son industrie, croyant pouvoir vivre de vent ! Que les couilles molles de l'ENA aient poussé les sciences molles au détriment de l'esprit d'industrie dans ce pays autrefois patrie des forges et pilons, et que nous en soyons rendus à la branlette de la bancassurance et autres services fumants délocalisables à l'envi, est le résultat d'une captation d'héritage du génie français par les plumitifs, aussi gelés dans leur tête que les agriculteurs sans sol ou les cuisiniers d'entrecôtes sans vaches³. N'est-ce pas Serge Tchuruk qui proclamait Alcatel "faiseur de systèmes sans usines", pour abandonner Alsthom à ses chaudronneries ? Il faut dire qu'il en avait pliées beaucoup avant de s'atteler au géant français de la téléphonie.
Sarkozy déclarait il y a peu qu'un pays comme la France ne pouvait se passer d'industrie. Outre le doute qu'il y comprenne vraiment quelque chose et que la formule en circonstance lui ait été soufflée, on peut observer que le grand sursaut de la relance a d'abord bénéficié aux invisibles qui nous ont mis dans le sac, avant de conforter nos axes industriels d'avenir, mais après les secteurs obsolètes.

barrage
L'avenir de l'industrie est apparemment dans le domaine écologique et surtout celui de l'eau. Nous avons tous les moyens pour investir ces deux secteurs et y prendre une première place, surtout dans le second où les groupes français sont majors. Encore faudrait-il que nous puissions construire ici les éléments composant les unités de production correspondantes. Cela passe par la relance de toute l'industrie y compris la mécanique générale, l'industrie de contrôle des fluides, les moteurs, les fils et câbles, etc... L'argent du pays y fructifiera plus vite que dans un secteur automobile en pleine mutation que nos constructeurs semblent incapables d'accompagner.

Après avoir dit que le problème c'était l'Etat, on le rappelle aux manettes faute d'imagination. Hélas, aux affaires publiques, dans les cabinets exécutifs, dans les enceintes législatives, on trouve d'abord des agents de l'Etat, des assureurs planqués, des avocats sans clients, des employés associatifs, des financiers en rupture, des professionnels des préaux en viager, et les quelques scientifiques représentés sont des médecins. Les hauts fonctionnaires qui nourrissent les colonnes du Canard Enchaîné et staffent les grandes entreprises nationales sont quasiment tous issus de l'ENA et prédisposés à la combinazione. S'ils proviennent de grandes écoles scientifiques, ils ruinent leur talent par la pantoufle dans les cabinets ministériels (comme Forgeard et cent autres) où ils apprennent le "mafiatage" et la guerre clanique. Toute cette strate abonnée aux cocardes de pare-brise est stérile en temps de crise. Ça crève les yeux. Elle cherche d'abord à sauver les positions monopolistiques de ses réseaux, les influences personnelles qui sont autant de sésames pour ses familles, et ne poussera l'innovation que si elle y trouve argument pour s'enrichir. L'avidité ne crée pas le talent. Le dépassement de soi pour la gloire de laisser une trace concrète sur terre peut l'exalter. Il nous manque des Pierre-Paul Riquet, Gustave Eiffel, des Ferdinand de Lesseps, André Citroën, Yves Rocard, et quelques Vincent Bolloré supplémentaires, mais nous avons pléthore de John Law, Henri Germain, Stavisky, Jérôme Monod ou Alain Juppé !

hippopotame

Note (1): Fortune, V 159 - Nr 11 - Asia edition - p.12 Going underground.
Note (2): Herrenknecht AG Schlehenweg 2, D-77963 Schwanau (RFA) www.herrenknecht.de
Note (3): "Steak de boeuf" produit par la BP de Lavéra, parfaitement mangeable !



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