lundi 11 janvier 2010

Éric le dessouché

Arlequin de PicassoEric Besson a dit au 4000 de La Courneuve : « La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France du métissage » (AFP).
Ça m'a cloué dans le voltaire !
J'avais ressenti une certaine empathie avec ce socialiste jospinien qui, sur ordre du prince, lançait l'opération politicienne la plus casse-gueule du quinquennat, l'identité nationale. Il fallait être sacrément couillu ou sensible au martyre politique pour attaquer le fonds de commerce du Front National du vivant de l'ogre de Montretout. Aussi, après un premier Byrrh, ai-je relu posément la déclaration bessonnienne faite en terre d'islam. J'ai dû remettre ça !

La France, un peuple ?
Le roi parlait des peuples de France. La République en a fait "un peuple" après la défaite de 1870 pour cimenter la future levée en masse. La revanche était programmée au même moment que se signait le traité de la Galerie des Glaces, ce que le comte de Chambord avait très bien anticipé.
Le matriçage sera confié à l'Instruction publique et à l'Administration. La mission était accomplie en 1914 puisque tous les voltigeurs de pointe comprenaient les ordres en français, alors que leurs camarades flamands de Belgique n'entravaient rien aux ordres des officiers wallons. A noter que les Alsaciens et Mosellans qui avaient été privés de ce matriçage, furent considérés après la victoire comme de nouveaux Français, un peu "spéciaux", parfois carrément suspects.

Ce peuple fait de peuples très anciens est resté un peuple malgré tout. A preuve, on le reconnaît facilement à l'étranger parmi dix autres : il ignore la géographie, abhorre les courants d'air et redemande toujours du pain. M. Besson aurait pu dire par exemple que le peuple de France devait (dans son esprit) accueillir ceux des peuples voisins qui le souhaitaient. Il aurait exprimé un choix politique, sans insulter la vieille Gaule qui l'emmerde !

tract
Que la France ne soit pas une langue m'exaspère au plus haut point car c'est le signe distinctif le plus prestigieux que nous ayons encore dans le monde. Que pour des raisons diverses nos guichets administratifs fassent l'effort de comprendre les dialectes des rastaquouères qui y courent, c'est faire preuve de charité, mais il en est encore de nombreuses gens parmi ces malvenus qui parlent le français grâce à l'empreinte impériale que nous avons laissé sur le globe. C'est pourquoi d'ailleurs je suis personnellement bien moins sévère avec "nos" africains qu'avec les pouilleux de l'Est qui déferlent chez nous comme des doryphores. Même s'il pensait aux langues périphériques comme le basque ou le breton, ou aux langues romanes (aujourd'hui académiques) comme le provençal ou le gascon, Besson a dit une connerie. Il est pourtant de la Drôme et pas des Vosges (le fameux "crétin des V." de nos leçons de choses).

Pour la question de la religion, je dirais que si le substrat reste catholique romain et que le patrimoine immobilier renforce cette empreinte, et comment ! la France est de tous les pays d'Europe celui qui a aujourd'hui le moins de religion. Les gens sont majoritairement athées ou indifférents, 4% vont à la Messe, 4% à la Prière du vendredi, et c'est peut-être de ce côté (les 92 autres pour cent) que viendra la réaction à l'islamisation, puisque le camp catholique proclame l'oecuménisme aux religions du Livre. Ceux qui, avant d'entendre ça ont lu le Coran, savent qu'on se fout d'eux. Le seul barrage qui tienne est la laïcité. La France n'est plus une religion ? Presque plus !

canard pékinoisLe conglomérat métissé fait un peu peur car on y voit un immense bordel ethnique. Certes, on touche du doigt ce désordre sur tout le territoire et le communautarisme est en marche. Attendons-nous à ce que notre société s'organise progressivement sur le modèle américain. Ceux qui se "sentent" faisant partie d'une minorité visible cherchent plus à protéger leur spécificité qu'à se fondre dans le moule national.
Franchement, je ne vois pas comment l'éviter et c'est une des raisons qui me poussent à freiner mon impatience d'analyses sur tout et rien.
La France du métissage de Besson est en marche. Le métissage stricto sensu est une affaire personnelle ; quand il s'institutionnalise, il indique une mutation. Sans doute serait-il plus utile de mieux organiser son futur que de brandir des revendications identitaires qui ont si peu d'écho dans le "peuple". Du métissage, le veau national s'en tape, s'il a son livret A, une bagnole et une retraite convenable. A quoi bon le harceler ! Il est sourd, sauf pour faire une audience d'enfer aux émissions de télé les plus cons !

Il reste donc à choisir pour le cas Besson entre la constatation d'une "réalité" du 9-3 ou l'affirmation d'une volonté politique. Je n'en sais rien, mais le "pays réel" est pour sûr bien différent du modèle original, et l'identité, ça ramassera des voix qui pourraient manquer aux régionales.

Quand même, j'aimais mieux avant.


Europe sans la France
Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

5 commentaires:

  1. Cher cataneo

    Vous avez zappé dans votre analyse sur l'expression la plus grave :
    "ni un territoire" !

    Mais il est vrai que lorsqu'on vit dans "la cage aux folles parisienne" la réflexion sur le territoire ne peut qu'être suspendue ... sur l'Océan du Oueb, comme sur la carte historique que vous nous offrez en guise de conclusion ...

    RépondreSupprimer
  2. Excusez-moi, mais l'omission du "territoire" signalait en creux le parangon de stupidité de la déclaration ministérielle !
    La carte étant là pour en convenir.

    RépondreSupprimer
  3. Cher cataneo,

    Pardonnez-moi, mais si vous faites dans le subliminal, il va être extrêmement difficile - pour ne pas dire impossible ... - aux provinciaux qui ne sont pas des parangons d'intelligence d'essayer de suivre votre piste piétonne parisienne, ouvrant un sillage de référence sur la mer du Oueb ...

    RépondreSupprimer
  4. non pas "les émissions de télé les plus cons" mais "les plus connes"
    ce qui est un peu un truisme "émission de télé conne"
    le délicieux philippe muray avait écrit à peu près celà ; "dire qu'il y a une télé poubelle suposerait que le reste de la télé est propre" (approximativement)
    on peut partager cette opinion

    RépondreSupprimer
  5. Excusez. J'ai la fâcheuse tendance à, utiliser le genre général au lieu du genre dérivé. Question de côte sans doute.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés. On peut utiliser les balises a, b et i dans leur rédaction. Pas de commentaires "anonymes".

Printfriendly