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jeudi 20 octobre 2011

La dispute du yuan

Tout à nos querelles de clochers, nous n'avons pas perçu les menaces d'incendie que fait peser le Congrès des Etats-Unis sur la Chine. Cela nous concerne bien plus que la dispute picrocholine de ces messieurs les seconds couteaux de la politique intérieure, ameutant à notre imminente démondialisation !

Les parlementaires américains qui sont parties prenantes dans la politique du pays et par là responsables, ont voté la loi "Yuan" qui autorise le Département du Commerce à frapper de droits de douane tous produits provenant de pays dont les monnaies sont « fondamentalement sous-évaluées ». Le dispositif peut être ravageur pour les exportateurs des pays tiers car il autorise les sociétés américaines à saisir l'administration au cas par cas. La promulgation de cette loi par la Maison Blanche a été différée pour permettre à Timothy Geithner, Secrétaire au Trésor, de discuter avec ses homologues chinois au G20 et dans les réunions subséquentes.
C'est le combat de la mauvaise foi, mais il faut le livrer.
Les Chinois veulent vivre au Village Global avec une monnaie non-convertible dont les taux et les marges de fluctuations sont administrés chaque matin selon l'humeur du commerce extérieur. Mais conscients du danger de soutenir longtemps cette incongruité, ils remontent continuellement la valeur de leur monnaie pour limer les dents des Représentants et Sénateurs dont les mandats électifs sont mis en péril par la situation désastreuse de l'emploi. Les turbulences du mouvement des Indignés à New York sont parfaitement perçues sous le dôme du Congrès. Le Tea Party ayant montré la voie, il faut parler simplement pour être bien compris et faire adhérer les masses. La sous-évaluation chronique du yuan est devenue donc la cause de toute la misère de l'Union, et chacun de dénoncer avec une gourmandise frustrée le succès de ces maudits jaunes : 9% de croissance au deuxième trimestre grâce à une monnaie sousévaluée de 25% dit-on, un déficit commercial sino-yankee de 29 milliards de dollars rien qu'au mois d'août, et 3200 milliards de dollars de réserves de change¹, dans lesquelles le Trésor américain est débiteur de 1200 milliards.

Mais les Chinois ont le gène de la propagande et haussent le ton : ces chiffres sont le passé. S'il n'est pas possible présentement de continuer à surévaluer, c'est la faute à la crise mondiale² qui freine drastiquement l'activité générale et ferme les usines, comme à Wenzhou où beaucoup d'entrepreneurs sont en fuite. Si on les pousse à bout, ils vont brader les bons du Trésor américain au marché de plein vent de Bobo-Dioulasso ! Plus sérieusement, ils vont les céder contre toutes piastres qui leur seront utiles dans leur commerce mondial en dehors des Etats-Unis, éliminant de ce fait le dollar. Leur situation économique est devenue aussi sérieusement dégradée que celle des Etats-Unis, avec une bulle immobilière du même ordre que celle qui explosa en 2007. Ce ne sont pas que les petits propriétaires à crédit qui feront faillite, mais beaucoup de villes grandes ou moins grandes - comme Wuhan - qui se sont jetées dans une promotion immobilière échevelée ! Les banques sont à recapitaliser d'urgence dans des proportions bien supérieures à celles exigées pour les nôtres. Et rien ne permet de croire que des émeutes populaires, comme celles ultraviolentes de 1998 au Nord-Est, ne viendront pas pulvériser la politique de réforme bancaire et financière. Aussi marchent-ils sur des œufs.

Les 63 Sénateurs qui ont voté la loi « Yuan » sont suffisamment informés par les « services » pour ne pas jouer avec le feu qui embraserait la région Nord-Pacifique. Tiens ! les Chinois n'ont pas encore parlé de leurs bonnes relations avec la Corée du Nord ; et Obama n'a pas programmé un voyage d'amitié à Taïpei. Les partenaires de cette dispute sont en pleine diplomatie de rupture du consensus OMC ; il y faut cette fois du talent et du sang-froid. Nous-mêmes à notre échelle ne seront convoqués qu'au moment d'en subir les effets. La puissance économique prime et nous ne l'avons plus. Nous devrons donc attendre les nouvelles du front avant de démondialiser.



[ce billet est paru dans l'Action Française 2000 datée du 20 octobre 2011]

Note (1): Voir notre billet "Picsou" par là.
Note (2) : le meilleur indicateur de la crise est le Baltic Index. Appelé Baltic Dry Index and Freight Rates, il donne tous les taux de frets maritimes et mesure la santé des échanges. Publié par le BALTEX de Londres qui offre une bourse de dérivés et futures (clic).
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2 commentaires:

  1. La 8° Expo Chine-ASEAN s'est ouverte aujourd'hui vendredi à Nanning (Guanxi).
    On va y parler aussi monnaies et devises...
    ya photos ici

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  2. En contrepoint, le sommet sino-européen Van Rompuy-Hu Jintao de mardi 25 octobre à Tianjin est reporté sine die à cause de la crise à Bruxelles.

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