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mercredi 25 avril 2012

Les deux candidats et leurs promesses



La question à la cantonade était de savoir qui de M. Hollande ou de M. Sarkozy pourrait mettre en oeuvre son programme électoral. La contribution d'entre-deux-tours au forum Newsring est divisée en deux sujets.

Le fusible de la croissance

M. Hollande a placé d'entrée un fusible sur le circuit des réformes promises, fusible qui s'appelle le taux de croissance.
S'il n'obtient pas le taux programmé, il passe en mode pédalo-zen à la Chirac. Or ses "intentions" de croissance - il y a quelque chose de stupide dans l'expression - sont hors de portée immédiatement pour sûr, et à moyen terme sans doute, sauf à engager un plan européen de reprise économique. Notons qu'un plan franco-français est impossible à réussir dans le piteux état de nos comptes publics et compte tenu de la haute pression fiscale actuelle, et sans parler de la fuite probable d'assiette (sujet déjà traité sur Newsring).
Deux raisons au moins me laissent penser que tout plan éventuel de reprise se fera sans la France aux manettes, même si elle en profitera par effet collatéral :
La première est que l'Allemagne a acquis le majorat nécessaire à la conduite de l'Union sous un chancelier prussien, et qu'elle ne rendra pas les clefs à un apparatchik départemental français. La seconde est que les pays en faillite structurelle, comme la France et les autres pays latins, ne seront pas invités à définir cette relance européenne qui restera de l'initiative des pays du Nord.
A cette seule condition d'une reprise européenne, qui se fera sans que M. Hollande y dicte sa loi, une partie du programme du nouveau président pourra être mise en oeuvre, celle ayant le moins d'impact budgétaire immédiat.
La seule façon de convaincre les pays sérieux est de suivre un plan de réduction de la dépense publique. La clientèle de M. Hollande s'y refuse ! Les trois déficits structurels, amplifiés par la non-réformabilité du modèle social français, nous placent en première ligne des attaques de la spéculation sur le défaut souverain français. Mais ceci est vrai aussi pour son adversaire.

Un second mandat plus libre

Contrairement à ce qu'affirme M. Sarkozy, on sait moins son programme qui, à ce qu'en montrent les écrans, est d'abord une critique soutenue des mesures prônées par son adversaire, que celui de M. Hollande dont tout le monde parle en bien et en mal.
Tant de mesures de bon sens et parfois utiles auraient dû être prises sous le quinquennat finissant qu'on demande sans malice que le titulaire du poste nous explique une bonne fois les impossibilités qui l'en ont empêché. Un président disposant de plus de pouvoirs que le roi Louis XIV, avec deux gouvernements - l'un à Matignon, l'autre à l'Elysée - et une chambre basse aux ordres, découvre en fin de mandat que la République boîte bas. Et les gens écoutent la magie des promesses qui ne sont là que pour leur plaire ! C'est la démocratie d'opinions.
M. Sarkozy n'est pas dans la position d'être élu par opposition, il le sait, mais par adhésion. Pour y atteindre, la démagogie est le seul moteur qui tourne rond en République, mais l'adhésion oblige à cesser le clivage, ce qui n'est pas dans le tempérament du président-candidat. On verra rapidement s'il est capable de muter vers le rassemblement.
La seule raison permettant de prévoir une application de ses propositions, si la situation financière du pays le permettait, est la limite constitutionnelle du poste à deux mandats, qui le libère d'une troisième campagne et de la présentation d'un bilan, déjà catastrophique avec ou sans crise.
Mais, à mon avis, les contraintes budgétaires et corporatistes auront raison de ses intentions, car il n'y a plus d'os à ronger pour jeter aux pouvoirs concurrents, les caisses sont vides et la haine est installée.
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2 commentaires:

  1. Toujours un plaisir de vous lire.

    Malheureusement, vu les rapports de force et l'état de la France "politique" ; 1/3 à droite; 1/3 à gauche ; 1/3 contestant le système actuel (qu'il soit économique ou politique), je doute qu'il puisse y avoir des réformes sérieuses engagées pendant le prochain quinquennat.

    Si vous regardez bien la trajectoire des sondages, Sarkozy et Bayrou ont reculé quand ils ont parlé de copier le "modèle allemand" pour le premier, et de réduire drastiquement la dépense publique pour le second. La France est un pays où la majorité de la population refuse de profondes réformes économiques. C'est un fait et croyez-bien que je suis le premier à le déplorer.

    Par ailleurs, il n'est pas sûr que le prochain Président (quel qu'il soit) ait une franche majorité (peut-être même n'aura-t-il pas de majorité) à l'Assemblée nationale.

    Fondamentalement, telle que je la vois, la situation est bloquée et la réforme impossible. La seule issue serait une contrainte extérieure...

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    1. Les contraintes extérieures sont connues. Les marchés de prêteurs qui nous perfusent commenceront à douter de l'avenir d'un régime bloqué dans tous ses déficits. Le FMI conditionnera ensuite son soutien à une mise en tutelle discrète mais sérieuse.

      Les souverainistes hurleront alors au charron, nous prouvant s'il en était besoin qu'il n'ont rien compris au schmilblick économique !
      Nous avons la classe politique la plus ringarde de tout le monde développé, et 100% à gauche pour la partie qui a émergé aux élections !

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