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samedi 1 décembre 2012

Une deuxième chance pour Athènes

Wolfgang Schaüble
La Grèce est sauvée. Contrairement à ce qu'annonçaient les faiseurs d'opinion teutoniques, le parlement a voté pour éponger sa dette afin qu'elle ne dépasse plus 123% de son PIB en 2020. La Bundesbank est donc sommée d'appliquer les décisions prises à Bruxelles, ce à quoi elle se refusait jusqu'à hier matin. C'est le volontarisme du gouvernement Samaras et la constatation de résultats tangibles bien qu'un peu minces qui ont décidé les députés conservateurs à rejoindre la Chancellerie et le SPD dans un vote clair et net : sur 584 députés présents en séance au Bundestag ce vendredi, 473 ont voté en faveur du plan Merkel, 100 ont voté contre (dont 23 CSU de la coalition gouvernementale) et 11 se sont abstenus, prouvant s'il en était besoin qu'ils n'ont rien à faire là, s'abstenir est illisible. Frank-Walter Steinmeier, chef du SPD au Bundestag, critiqua vertement les retards répétés à proportionner le service de la dette héllène aux capacités de l'économie grecque, car il ne sert à rien d'espérer aucun jus d'une pierre. Lundi dernier encore, le ministre des finances Schaüble voulait attendre les élections fédérales de septembre pour remettre une partie des dettes à la Grèce, puisant dans la poche du contribuable allemand le manque à gagner. Il s'est converti d'un coup d'un seul ! La nouvelle n'a pas tardé à courir les rues d'Athènes et de Thessalonique : le pays obtient des "nazis" une deuxième chance et peut désormais s'en sortir.

L'argument de fond déployé par Wolfgang Schaüble est que si passer l'éponge coûte effectivement des sous aux Allemands, sortir ou laisser sortir la Grèce de la zone euro en coûterait tant et plus encore. On perd un peu au lieu de perdre beaucoup, mais on préserve l'avenir pour se refaire une santé sur la bête grossie plus tard. Il lui en a fallu du temps, mais d'un autre côté, son souci du contribuable l'honore. Les dispositions communautaires réglant les modalités deviennent secondaires. Le ministre des finances grecques, Yannis Stournaras, se prépare à lancer un programme de rachat de sa dette sur des bases sûres afin d'amorcer le contrôle de son évolution. Lire Les Echos pour des détails.

Il est intéressant maintenant de savoir combien les mesures d'aide à la Grèce, approuvées à Berlin, vont nous coûter à nous, les observateurs. Selon La Tribune, «dans le cadre du premier plan de sauvetage initié en 2010, la "Greek Loan Facility", la France a prêté -en plusieurs tranches- 11,389 milliards d'euros à la Grèce. La dette brute de la France a augmenté de ce montant, puisque l'Etat français a dû emprunter pour pouvoir prêter à la Grèce. La France reçoit de la Grèce des intérêts supérieurs à ceux qu'elle pays pour emprunter sur les marchés: c'est la "prime de risque", censée rémunérer le risque pris par la France en s'exposant à la possibilité d'un défaut de la Grèce. "La facture pour la France de la diminution de 1% du taux d'intérêt que la France va recevoir de la Grèce sur les prêts bilatéraux est une diminution de recettes de 113,8 millions d'euros par an", estime Eric Dor, directeur "Recherche" de l'IIESEG School of Management, Université Catholique de Lille.»
Il n'en demeure pas moins que le risque pris par les Etats accourus au chevet du grand malade s'accroît et se rémunère moins bien qu'avant, aggravant la qualité de leurs comptes. Les ristournes décidées au niveau de la Banque Centrale Européenne et sur le service des bons grecs détenus par les banques centrales nationales valent pour la Banque de France 1,4 milliards d'euro. Par ailleurs l'adossement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) dans lequel nous sommes pour 21,86%, accroît notre risque héllène de 16 milliards, ce qui n'arrangera pas nos affaires chez les agences de notation qui commencent à nous prendre en grippe (sur les conseils de Warren Buffett).

Comme l'Allemagne, nous devons tabler sur des échanges futurs avec une Grèce revenue à raison et guérie, qui rattraperont les sacrifices consentis aujourd'hui. Ce qui n'est pas gagné en l'état de nos capacités exportatrices. A Athènes, Antonis Samaras a dorénavant les coudées franches pour, non pas réformer, il n'y a rien à réformer, mais construire un Etat moderne, ce qu'entendent faire les autorités locales depuis leur indépendance arrachée aux Ottomans en 1822, il y a cent quatre-vingt-dix ans ! On verra bien. Un peu de confiance ne nuit pas, comme s'est forcé à l'avouer Schaüble.


Antonis Samaras heureux


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