samedi 18 avril 2020

In memoriam Bevilacqua

Il faut marquer le coup au départ avancé de Christophe (1945-2020) parce qu'il le vaut bien :

Je l'ai rencontrée sous un ciel si bleu
Ce jour-là, j'n'avais pas mis de veste
Elle bronzait sans maillot de bain
Au fond de son jardin
En cueillant la rose pour ma boutonnière
J'lui ai dit "C'est pas sûr que je reste
J'ai toujours un billet open pour les pays chauds"
J'l'ai pas touchée, elle voulait pas
Je n'ai pas posé de question
C'est beaucoup mieux comme ça

Je l'ai rencontrée sous un ciel si bleu
Ce jour-là, j'n'avais pas mis de veste
Elle attend et je sens bien
Je sens bien qu'elle me teste
Elle voit l'incendie, encore du rouge
Elle me dit "D'accord, mais juste un zeste"
Elle me fait glisser tout entier
J'suis bien dans sa peau
J'l'ai pas touchée, elle voulait pas
Je n'ai pas posé de question
C'est beaucoup mieux comme ça

J'l'ai pas touchée, elle voulait pas
Je n'ai pas posé de question
C'est beaucoup mieux comme ça

Je suis reparti sous un ciel si bleu
Ce jour-là j'n'avais pas mis de veste
Elle a mis les voiles sur la jonque
D'un vieux joueur de coco
Où va-t-elle aimer?
Où va-t-elle mieux?
Où va-t-elle dormir quand elle me laisse?
Elle me fait glisser tout entier
J'l'ai pas touchée.

Source : LyricFind Paroliers : Boris Bergman/Daniel Bevilacqua


Voilà. Tout y est ! Et au format Scopitone en plus !
Bon voyage, Christophe, au paradis des chanteurs surdoués.



Le regard bienveillant de Serge Gainsbourg en dit long...

jeudi 16 avril 2020

De la brique élémentaire de notre civilisation, la famille

Le temps pascal, plus que le carême de souffrance, est propice à la méditation, une méditation enjouée. Dans un billet précédent, nous évoquions la légende d'une descendance du Christ pour regretter qu'elle n'ait point existé, et si oui, qu'elle ne se soit jamais manifestée même si les origines davidiques des rois de la première race ont été affirmées par le marquis de La Franquerie. Le beau roman que serait devenu l'Evangile ! Dieu s'est fait homme dans le Fils, dit le codex, pour souffrir et penser comme nous, à la superbe exception du mariage ! Dans son infinie science Jésus-Christ a certes su les difficultés, drames, tragédies ou passions de toutes sortes qui peuvent accompagner cette union fondamentale de l'espèce humaine, mais il ne les a pas connues. C'est en recevant un droit de réponse d'Olivier Véron, directeur des Provinciales, au mensuel Le Bien Commun de la Restauration nationale (on y reviendra) que j'ai découvert cette méditation sur la brique élémentaire de notre civilisation. Le texte, initialement destiné à Politique Magazine nous a été aimablement prêté par monsieur Véron. Dans sa présentation initiale on le trouve en cliquant ici en page 4 du document sous le brûlot Contre un article rétrograde publié par l’Action française.


Le Spirituel est charnel


Né au début des années soixante, dernier d’une famille de filles, j’ai pu tôt mesurer la défection à l’égard des pratiques religieuses puis l’implacable érosion du mariage au sein de la bourgeoisie de province. J’ai reçu en la matière un enseignement précoce, assidu et concordant, consciencieusement dirigé contre un sexe égoïste et brutal, sans aucun sens de la famille et inflexible aux sentiments : le mien.

Comme l’écrira beaucoup plus tard Pierre-André Taguieff : « Il faut reconnaître que le pouvoir hypermoral en place a généreusement offert une possibilité de rédemption au sexe maudit : le mariage homosexuel... La conversion à l’homosexualité devient une porte de salut pour les mâles soucieux d’échapper à la suspicion permanente... Mais cette méthode de salut ne fait pas l’unanimité dans la population, où persistent d’une façon regrettable des préjugés d’un autre âge...1 ». Je ne sais comment j’ai persisté dans une façon aussi peu recommandable et m’entêtais à me marier avec une femme et (lui) faire beaucoup d’enfants, mais lorsque après 1989 je m’insurgeai contre l’affa(d)issement de la société et commençai à vouloir identifier un ennemi et des griefs, je ne trouvai guère que cela qui me parut lourd de graves menaces : « Vous brisez les familles2 ». Par la suite, j’ai continué d’observer les ravages de cette vérité pas si naïve. Source de nombreuses névroses, dommage collatéral ou cible d’une vaste entreprise d’émancipation3, la famille, qui repose entièrement sur l’interdit de l’inceste, donc une forme originelle de chasteté4, est encore aujourd’hui davantage combattue que convoitée. Or c’est une institution fragile qui conditionne l’existence politique d’une nation5. On ne peut pas faire « l’injure aux chrétiens de penser qu’ils ne savent pas ce qu’est la Nativité », a dit Jean-Claude Milner, cependant peu de nos contemporains mesurent l’importance cardinale du mariage, institution légale qui encadre la naissance et lui donne sa portée politique.

Pierre Boutang a repris en métaphysicien et mis en évidence cette vérité maurrassienne qu’il formulait ainsi dès son premier livre, La Politique, la politique considérée comme souci (1948) : « Je nais ici, et non ailleurs, fils d’une famille, héritier d’un nom. Il ne dépend pas de moi que la spiritualité humaine et la civilisation ne se manifestent pas comme un système de volontés mais comme une histoire.» Quant à cette histoire, expliquera-t-il, « il n’est pas en elle de fait qui ne prenne sa profondeur dans un sentiment. C’est l’ensemble de ces sentiments qui constitue le domaine politique proprement dit, l’horizon présent de l’homme6.» L’Évangile certes nous dit : « si vous aimez ceux qui vous aiment, quel salaire aurez-vous ? les percepteurs même n’en font-ils pas autant7 ?» En dépit ou peut-être en raison de leur tendresse naïve, l’incapacité des familles à transmettre les vraies valeurs morales semble avérée. Les philosophes au moins depuis Platon, les religieux, les révolutionnaires et les législateurs ont cherché à établir ailleurs le fondement de leur République idéale. Aimer ses ennemis peut-être ? Encore faut-il savoir comment. Les catholiques ont tenté pendant quelques siècles de sanctuariser le mariage en assénant son irréversibilité, calquée sur la Nouvelle alliance, mais ils avaient inventé d’abord le célibat monastique et sacerdotal, qui semble avoir conduit ou prétendu à une sorte de primauté sur l’acte de chair et son domaine civique, la « primauté du spirituel ». Par la suite les psychanalystes ont découvert dans les tréfonds de la filiation le soi-disant complexe d’Œdipe, mais aussi que le besoin d’absoudre et la confession pouvaient se passer de sacrement8. Dès lors les plaies ont (re)commencé de saigner, les injustices, les vices et les lâchetés sans nombre qui émanent de la famille et du couple légitime, notre première société, sont apparus à tous sans rémission pour avoir engendré des traumatismes dont on ne se libère pas. Quelques nostalgiques n’ont pu éviter le procès sans appel qui a fait du refus de l’autorité du mariage unique et de la naissance (féminisme, jeunisme, islamisme) une règle bizarre, la seule. Les campagnes de scolarisation, le code civil, les divorces, les bourses d’État, le droit du sol, les lois fiscales, les avortements, les brochures des ministères, la pornographie, les réseaux LGBT, les programmes d’études internationaux, le préservatif, le mariage pour tous, les migrations, la procréation assistée, l’euthanasie réalisent le même but : non aider les familles à tenir (pour le meilleur et pour le pire), mais aider les citoyens à s’en émanciper.

Du « familles je vous hais » du pédophile Gide9 au « refus de continuer le monde » de l’antisioniste Genet10, en passant par le philosophe René Schérer dénonçant la mainmise de la famille bourgeoise sur l’enfance par l’interdit de l’inceste11, et le dominicain Marie-Dominique Philippe qui justifiait par « l’amour d’amitié » les abus sexuels dans le clergé, tout était déjà dans Sade12, et couvait puissamment contre l’amour conjugal détesté parce qu’il est la forme légale, triviale et contraignante qui donne à la naissance et aux sentiments qui s’y rapportent leur consistance politique nationale. Pour Sade « l’amour anal » est seul égalitaire, universel et transgressif. Cependant les centaines de procès et les quelques sanctions canoniques qui ont montré l’étrange et scandaleuse incurie de l’Église bien avant Sodoma (où un ancien catholique ayant fait son coming-out s’est rêvé en Jules Isaac pour homosexuels dans l’Église) ne nous ont pas persuadés que le moment était venu de liquider le mariage, au contraire : « Politique d’abord ! » Pourquoi une guerre aussi totale a-t-elle été livrée contre un principe aussi fragile, chétif, depuis l’humiliation tragique de la famille royale13 ? Voilà une vraie question. Celui-ci relève d’un sentiment fugitif de responsabilité qui a besoin d’être soutenu. Je le définirais par l’étonnante propension à rester auprès de la femme empêchée et le souci des enfants. Mais il est plus incertain et pas aussi universel qu’on l’imagine, car la culture gréco-hébraïque qui commence avec le rapt d’Hélène à Troie s’achève peut-être avec le valeureux Albert Cohen et n’a atteint un tel degré de puissance poétique et érotique qu’avec l’ensemble des raffinements culturels liés à ce que l’on appelle l’amour en Occident. Il commence, certes, avec l’instable et surpuissant noyau humain constitué par le désir charnel, mais il se prolonge en dépassant les pièges de la passion, se purifie peut-être par les refus de céder et se transmue en s’usant dans une descendance innombrable, dont le souci lui révèle sa propre nature historique et politique : procréation, éducation, répétition, progrès. La question n’est pas de savoir si l’homme a fait son Dieu à son image, mais d’où vient la force non seulement objective mais affective et symbolique de la paternité et de la filiation, qui provoque des névroses, certes, mais structure en profondeur (pour le meilleur et pour le pire) notre société.

N’est-ce pas d’abord une ruse de la nature qui implante puissamment en chaque individu le désir charnel, avec ce qu’il s’en suit pour proroger l’espèce ? On le croit, mais les plantes n’ont pas besoin d’un tel rituel pour croître et se reproduire. La puissance du désir chez l’animal et plus encore chez l’homme, dont les attentes s’augmentent des promesses de la psyché et de la culture, ne vient-elle pas alors équilibrer un autre principe structurant chez un être capable de se mouvoir et de s’enfuir, le libre arbitre ? L’égocentrisme est surtout dénoncé au préjudice du sexe mâle, mais la Bible (rédigée par des hommes) lui a confié la Loi, et c’est pourquoi elle affirme : « Ton élan sera vers ton mari et, lui, te dominera14.» Toute société reste établie sur l’attirance réciproque des contraires et ce qui en découle, la naissance, mais pour quoi ? Il semble que ce soit pour révéler par le fond de nos entrailles humaines l’acte de don gratuit qui est la manifestation même du Tout-puissant dans son geste créateur, et instituer en nous par tendresse infuse, à travers la durée des attachements terrestres, un attribut divin essentiel, l’amour. Cette capacité de se donner et de donner la vie est bien l’empreinte de Dieu en l’homme et n’est pas connaissable autrement que par les liens familiaux dont tout le monde (jusqu’ici) a l’expérience douloureuse : en se projetant et crucifiant hors de la fusion primitive, par le mariage précisément, ils deviennent le creuset de l’œuvre la plus infiniment précieuse et menacée de la Création, la seule pour laquelle nous avons un besoin impérieux de sainteté, l’enfance, don total et héritage public et absolu de Dieu.

Olivier Véron


NOTES
1. Pierre-André Taguieff, Des putes et des hommes. Tous coupables, toutes victimes chez Ring, 2016.
2. Cf. Les Provinciales (lettre) n°12, novembre 1990.
3. Cf. Pierre-André Taguieff, L’Emancipation promise au Cerf, 2019
4. L’emploi de ce terme mérite d’être développé, et nous tâcherons de nous y employer ultérieurement.
5. Cf Olivier Véron, « Le sens politique du mariage », in Dans le regard de Pierre Boutang. Babel ou Israël, chez Les Provinciales, 2019.
6. Pierre Boutang, La Politique. La politique considérée comme souci [1948], chez Les Provinciales, 2014, pp. 19 et 28.
7. Mtt V, 46.
8. « Pour le cérémonial tabou (...) la pénitence y est un élément plus originel que la purification », Sigmund Freud, Totem et tabou. Quelques concordances entre la vie psychique des sauvages et celle des névrosés, coll. « Connaissance de l’inconscient » chez Gallimard, 1993, p. 126
9. Cf. Simon Leys,« Protée : un petit abécédaire d’André Gide », in Protée et autres essais, Gallimard, 2001.
10. Cf. Olivier Véron, L’Avenir du printemps, Les Provinciales, 2014.
11. Cf « Le sens politique du mariage », art. cit.
12. Cf. Éric Marty, Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? au Seuil, 2011.
13. Cf. Jean-Louis Bachelet, Sang Royal chez Ring, 2015.
14. Genèse, III, 16.

Mini postface. L'époque est au confinement international pour cause de pandémie. Les prosélytes de la famille sur-mesure, montable et démontable comme un meuble IKEA, qui demain marieront des bêtes, affrontent aujourd'hui les affres de la mondialisation du Lebensborn 2.0 : que faire des productions parvenues à terme si les clients où leurs mandataires ne peuvent plus venir en prendre livraison ? qui va payer les frais de garde et de nourrissement ? les gynécées tropicaux et les mères-maquerelles qui les gèrent, subiront-ils un délai de rétractation comme pour les ventes en ligne ? que faire du stock malade ? Autant de questions que les affranchis du mariage traditionnel se posent ! Et les adeptes du vieux principes de conception dans la joie d'en rire !

dimanche 12 avril 2020

Jésus le bien aimé

Marie Madeleine restait là dehors, à pleurer devant le tombeau. Elle se penche vers l’intérieur, tout en larmes, et, à l’endroit où le corps de Jésus avait été déposé, elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé le Seigneur mon Maître, et je ne sais pas où on l’a mis. »
Tout en disant cela, elle se retourne et aperçoit Jésus qui était là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Jésus lui demande : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »
Le prenant pour le gardien, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi, j’irai le reprendre.»
Jésus lui dit alors : « Marie ! »
Elle se tourne vers lui et lui dit :
« Rabbouni ! » ce qui veut dire : « Maître » dans la langue des Juifs.
Jésus reprend : « Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père. Va plutôt trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.»
Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit.» (Jean 20, 11-18)


Parmi les quatre évangiles reconnus par les Pères de l'Eglise, ce texte de Jean est le plus crédible sur la résurrection de Jésus de Nazareth. Que s'y passe-t-il ? C'est plus probablement le récit qu'en fit Marie de Magdala aux apôtres auprès desquels elle accourut porter la nouvelle de la Promesse réalisée puisque rien de la saga christique ne tient sans la résurrection.

Sans aucun préavis, elle est confrontée au monde d'en haut, les anges l'attendent, le Seigneur l'attend. Elle ne le reconnaît pas ! Bien qu'intime du Christ au quotidien, et certainement éperdument amoureuse de celui qui l'a arrachée à l'opprobre publique de son métier, le plus vieux du monde, elle ne le reconnaît pas. Jusqu'à l'instant où il s'adresse à elle comme dans l'intimité, en l'appelant par son prénom. En ces temps imparfaits, on ne s'adressait aux femmes qu'en appelant leur condition : "femme !" Ainsi que le font les anges du tombeau. Ainsi que le fera Jésus à sa mère quand il s'adressait à elle en public.

Alors elle voit son seigneur et maître (rabbouni) vivant, et le touche de joie, teintée peut-être d'incrédulité comme on chercherait à saisir un hologramme. Il la dissuade aussitôt parce qu'apparemment il n'est pas "fini". Il n'est pas encore remonté à son père. Il y va. Peut-être s'agissait-t-il de son corps astral et non plus de la guenille humaine, ce qui expliquerait qu'elle n'ait pas reconnu l'élu de son cœur au premier regard ? Il s'en va. Les apôtres arrivent trop tard, c'est fini, les anges ont fait du rangement, impeccable. Seule Marie Madeleine est le témoin oculaire de la résurrection, les autres ne sont que témoins d'une absence. Les apparitions suivantes seront toutes à l'initiative du Ressuscité mais il a choisi sa Marie pour donner la première preuve.

Il l'avait annoncé : « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume de Dieu, car Jean le baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru.» (Matthieu 21, 28-32).

Sur la base de l'intensité du récit au tombeau, fondateur du catholicisme, on comprend mieux le mythe médiéval d'une descendance de Jésus et Marie Madeleine, et on regrette d'autant plus qu'il ne se soit pas réalisé, d'autant qu'elle avait choisi la Provence actuelle pour terminer ses souvenirs et rejoindre son bien-aimé.

jeudi 9 avril 2020

Office du Triduum


Saint-Georges de Lyon, église primatiale de rite lyonnais, vous invite au Triduum Sacrum de la semaine sainte qui commence ce soir à 18 heures sur vos écrans. Ierusalem, Ierusalem, Convertere Ad Dominum Deum Tuum ! Le programme des trois jours est ici.



Appel de l'abbé Hugues de Montjoye


Chers fidèles,

Cette Semaine Sainte qui approche, nous allons la vivre d’une manière inédite et, disons-le, avec une certaine tristesse : la plus belle semaine de l’année, si riche par la liturgie et les mystères qu’elle nous fait revivre, elle sera pour vous sans offices et pour nous sans fidèles ! Heureusement que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28), et que l’amour de Dieu ne nous fera pas défaut. Dieu saura bien combler tous les cœurs assoiffés et avides de Le recevoir. Alors, élargissons nos cœurs, demandons-Lui pardon pour nos fautes, et prions pour ceux qui continuent d’offenser un Dieu si bon, et qui méprisent les avertissement de Dieu.

Je vous invite à lire les lamentations de Jérémie, spécialement lors du Triduum. Malheureusement nous ne pourrons vous offrir cette année l’office si beau et si touchant des Ténèbres. Nous vous proposerons de réentendre l’enregistrement de l’an passé (ndlr: pour les lecteurs de Royal-Artillerie ce sera celui de 2017), mais nous chanterons quant à nous les Ténèbres hors micro cette année. Nous penserons évidemment bien à vous.

Le Recteur

mercredi 1 avril 2020

Hécatombe coronavirale

Le confinement du gouvernement positif découvre à marée basse la haute administration qui reprend la main. Ne restent aux ministres que la pornographie de bureau, les dîners en scaphandre et la communication. Faire-part de décès en rupture. Condoléances différées à meilleure fortune. Rires étouffés.

mardi 31 mars 2020

Notre bel avenir

Cellezéceu des conseillers qui construisent chaque jour la pensée et l'action de nos ministres suffisants auront grand avantage à leur déferrement aux Cours de justice à la sortie de la crise sanitaire. Ils y risqueront la prison ; à la Rue, la lanterne !



Le contrôle des foules a muté en contrôle des peuples à l'occasion de l'épidémie de coronavirus chinois. Si le monitoring des confinements est devenu d'acception commune dans les pays totalitaires, il est plus significatif de voir les démocraties libérales s'y prêter maintenant sans murmures : la confiance en l'homme honnête s'y est éteinte au bénéfice supposé de la sûreté générale de l'espèce. Lois et décrets de restrictions nécessaires des libertés et droits individuels pleuvent sans que ne bronche un peuple maté par la peur. On savait que "les droits de l'homme" était une allégorie de cuisine diplomatique servant à cibler des régimes malfaisants, on sait aujourd'hui que l'expression relève d'une mythologie qui commence aux Lumières et finit au Patriot Act puis chez nous aux lois d'exception anti-terroriste qui se succèdent à tout motif sécuritaire dans le feu de la réaction médiatique.

Le spectacle que donne la France au monde est une tragédie dont se joue le premier acte. Mais la pièce en a trois. Combien de fois avons-nous dit ici que nous avions l'Etat le plus cher mais qui gouverne le moins bien ! La faute aux hommes qui l'ont investi mais aussi à sa propre infrastructure complètement dépassée. Redondances, encrassement bureaucratique, sinécures et rentes en tout genre - que fait Jack Lang qui ne parle pas dix mots d'arabe à l'IMA ? - népotisme et emplois réservés, régimes spéciaux. Mais c'est du système français de santé publique qu'il faut parler. Il est le plus cher sur terre et sans doute jusqu'à hier le plus près de la formule « que le monde nous envie ». Il s'avère maintenant que cette réputation est ô combien usurpée. Il s'avère être un des plus mal organisé de l'OCDE avec en prime les plus mauvaises conditions de travail et salaires. La révolte hospitalière qui dure depuis un an n'est donc pas une manœuvre politique d'un appareil socialiste battu dans les urnes. La réponse du pouvoir ne devait pas être la matraque de Lallement, mais une remise à plat de *tout* le système de santé français en vue d'éliminer de coûteuses inutilités administratives, des niches dispendieuses, des palanquées de profiteurs urbi et orbi ! Des millions de cartes vitales surnuméraires actives, des milliers de centenaires à l'étranger qui n'en finissent plus de mourir, le pillage des caisses d'allocations lâchement consenti par leurs responsables parce qu'il faut bien faire carrière ! Ni la recherche médicale ni la faculté de médecine ne sont en cause mais comme partout en ce pays soviétisé à la Libération, c'est l'encrassement des règles, procédures et protocoles qui plombe toute efficacité. A quoi s'ajoute l'impéritie de freluquets qui jouent avec les crédits de sûreté pour améliorer leur bilan ministériel, comme un certain Emmanuel Macron à Bercy. Même si la statistique d'attrition du coronavirus est relativement faible au moment où nous mettons sous presse, les errements médiatiques du pouvoir, la confusion des étages, les querelles d'ego des conseillers ont abouti à ce que la confiance de l'opinion s'effondre. La Casta appelle à serrer les rangs pour sauver ses fesses, rien n'y fait, les "gens" doutent et s'accrochent à tous les pitons de la paroi pour ne pas sombrer dans la dépression. Surtout le quatrième âge qui voit bien tomber les mouches autour de lui et dont la rumeur prédit l'abandon aux portes de l'hôpital. Devant ce dégoût national, la tentation d'autorité est grande puisque la logorrhée ne marche plus.

Le deuxième acte sera la sortie de crise sous le régime du pseudo-article 16 que le Sénat a accepté. On relancera la machine économique gravement détériorée par les décisions de confinement tardif, sans aucune garantie qu'elle reparte tant sera grand le nombre de morts dans le secteur marchand. Mais ce n'est pas d'usines qu'il s'agit maintenant : c'est la politique présidentielle qui va être l'argument de cette partie de la pièce. Il faudra remonter du puits de l'oubli les réformes emblématiques un moment enfouies pour calmer le mécontentement, jouer la partition de l'entente romantique franco-allemande et appeler une énième fois à la solidarité européenne pour combler la béance de nos déficits augmentés. Mais les lois un moment retenues, les décrets d'application différés, l'appel aux eurobonds, l'imploration de renforts pour notre aventure sahélienne, tout cela risque fort d'échouer ! Pour la seule raison que ce peuple et nos voisins n'auront ni l'un ni les autres confiance dans un gouvernement d'incapables et pour faire simple, de baratineurs ! Il restera deux ans au quinquennat de M. Macron pour passer la Réforme en force afin d'avoir un bilan. C'est sur ce résultat qu'il est jugé par ses pairs européens. S'il échoue il obtiendra le droit de se taire, et nous avec !

Manque de pot, même en force ça ne passera pas. L'opinion refusera et attendra les commissions d'enquête promises pour connaître le fin mot des divers scandales de sous-équipement des hôpitaux publics, de négligence distanciée des pouvoirs au début de l'épidémie annoncée par la ministre de la Santé en janvier, des mensonges encloués dans la communication officielle, des choix inappropriés, des atermoiements d'un commandement peu sûr de lui qui auront coûté beaucoup de vies. France, pays de l'Est, le peuple voudra des têtes !

Comme le pressentent quelques esprits plus déliés de la sphère politique, l'insurrection-qui-vient convoquée par le Comité invisible de Tarnac finira par arriver vraiment. Ce sera l'acte 3. Le refus général des réformes dans ce que certains nomment la giletjaunisation de l'opinion s'augmentera d'une remise en cause de l'Union européenne qui a failli une fois encore, même si ses réticences sont explicables ! C'est le Conseil européen qui gouverne, et qui le constitue ? Explicables mais pas vendables à des peuples excédés. Bouc émissaire commode, les institutions européennes, ressenties comme une bureaucratie grassement payée à ne s'occuper que d'elle-même quand elle arrête de brimer les libertés populaires, seront instrumentalisées dans les pays latins pour sauver la classe politique en danger de relégation. Le gouvernement Conte a déjà montré du doigt l'inaction de Bruxelles qui fait suite à l'abandon européen dans l'affaire des bateaux de migrants. Combien de temps M. Macron résistera-t-il à la vague de libération nationale qui montera du pays profond ? Cherchera-t-il à nouveau à faire-nation ? A se cabrer contre l'Allemagne et les Pays-Bas qui nous prennent pour des gitans ? Tentera-t-il de sauver sa réélection par un programme de frexit édulcoré qui conserverait le marché commun et cesserait les dévolutions non commerciales ? Les pays de l'Europe sérieuse réagiront-ils en créant leur propre système monétaire autour d'un euromark débarrassé du passif des pouilleux ? Mme Lagarde décide de bourrer les actifs de la BCE avec les junk bonds latins irremboursables : la confiance en l'euro va-t-elle en pâtir, qui déciderait l'Allemagne et ses affidés à la rupture ? Des questions, trop de questions qui ne seront pas réglées cette fois par les forces de l'ordre et les lois de confinement des opinions interdites, mais par l'émeute.

Le peuple n'a pas encore saisi - on ne lui en parle pas dans les lucarnes bleues - quelle sera la situation économique générale de la France à la sortie de la crise. C'est tout le tissu à petites mailles qui sera déchiré et bien des PME n'auront survécu que perfusées aux subventions, sans parler des grands brûlés de la Cote que leur sous-capitalisation exposera en proies ! Quand cesseront les cautères, ces producteurs de TVA tomberont comme des dominos. La situation déjà catastrophique des finances publiques (et sociales) ne permettra pas de continuer à injecter les comateux sauf à appeler le Golfe Persique à notre secours, à milliards ! Le faible espoir d'être remboursés poussera les créanciers à négocier de juteuses compensations. La France fera la pute !

Demandez le programme !




samedi 28 mars 2020

Royco, le rêve passe et Dieu rit !

Sur un forum catholique intégral proche de l'Union des cercles légitimistes de France qui promeut le roi par la rechristianisation du pays, des participants doutent à voix haute des capacités du mouvement à profiter des crises sociale et économique pour faire avancer la cause du roi, en termes directs et sans fard : « ... quant à proposer un gouvernement royaliste, il faudrait d'abord être en ordre de marche avec une proposition globale (Roi-constitution-gouvernement) connue et envisageable pour les Français. »

Si des tentatives ont bien eu lieu dans un passé récent (AR, GAR), les royalistes n'ont jamais su déposer sur la table une offre politique construite, jamais ! Pas plus qu'ils n'ont su convoquer les moyens financiers de leur propagande. En attendant une génération rationnelle, le rêve passe et Dieu rit !


Chaque crise est exploitable pour le changement de paradigme, et faire cela ne nous convoque pas nécessairement à entrer en piste dans le cirque démocratique d'étage national où les dés sont pipés par les écuries partisanes et les scrutins trafiqués par des protocoles corruptifs de second tour. La société s'ébroue parfois et peut décider de notifier ses choix en dehors de la procédure électorale en blasphémant la sainte constitution.

La tout dernière fois, ce fut la jacquerie des ronds-points avec les gilets jaunes de la classe moyenne basse. Elle exprimait la colère du travail pénible et insuffisant pour vivre et mettait le doigt sur le coût faramineux de la société française la plus taxée au monde et qui ne marche pas. Aurions-nous eu une offre politique de monarchie active sociale décentralisée, lisible et facilement explicable, que nous aurions pu aller sur les ronds-points diffuser le petit livre blanc de la monarchie nouvelle ! Certains royalistes l'ont fait, mais à part d'expliquer les raisons du déclin, personne n'avait rien dans la main à proposer concrètement. Rappelons-nous quand le programme commun de gouvernement tripartite est sorti en 1979, il a été publié et diffusé largement par les partis de gauche pour que les gens comprennent bien de quoi il s'agissait.

Aujourd'hui la queue de trajectoire n'est pas d'aboutir à une révolution par les urnes mais de terminer les parlements et le népotisme, le clientélisme démocratique latin, l'énarchie et les si nombreux fromages républicains. Or les émeutes parisiennes des gilets jaunes ont montré que la cible était bien le Palais-Bourbon et en province aussi puisque les permanences des députés ont particulièrement souffert. On passera sur l'incendie criminel de la préfecture du Puy-en-Velay.

Sans doute nos lecteurs sont-ils trop jeunes ou moins encore pour se souvenir de mai 68 : tous les ministres ont déserté Paris pour se réfugier dans leur famille en province (Alain Peyrefitte, ministre de l'Education nationale - le réacteur de l'émeute - était planqué chez sa mère à Provins, même pas chez lui ! Il mourra sénateur.) Pourquoi fuirent les étourneaux ? Parce qu'ils avaient compris que c'était de leur peau qu'il s'agissait et qu'ils n'avaient pas envie d'entrer dans l'histoire. Ne sont restés à leur poste à Paris que le Premier ministre Pompidou et le Préfet de Police Grimaud. Le soir, Charles De Gaulle partait dormir au Grand Trianon de Versailles ! Dans sa fuite à Baden Baden, il avait pris femme et famille pour ne pas les laisser au milieu des dangers. Cela pour dire qu'il n'est pas besoin d'entrer dans le jeu démocratique républicain pour faire avancer le schmilblick.

Aujourd'hui la preuve est renouvelée de l'incapacité du système à résoudre une crise relativement mineure parce qu'il sécrète naturellement l'incompétence au bénéfice des proches, des relations, réseaux et recommandations. Tout indique que la sortie de crise Covid-19 va être très dure pour le gouvernement. Mais que vont faire les gens ? voter et rentrer chez eux ? sans doute pas. Marcel Gauchet prédit que « une immense violence couve dans ces insatisfactions accumulées. Si elle éclate, elle confèrera aux manifs de gilets jaunes le statut de plaisanteries d’après-banquet.» ((Marianne et JP Brighelli). Les rues pourraient se remplir à nouveau de mécontents en grand nombre si l'on n'oublie pas que 84% de l'opinion soutenaient les GJ au début, avant la captation des manifestations par l'extrême gauche et ses slogans d'un autre siècle.

Or pour s'insérer dans l'alternative, l'offre politique royaliste n'est pas prête. Elle doit tenir en vingt pages, avec des diagrammes, des interactions entre les étages de pouvoir et l'administration des territoires. Pour faire "simple", il faut extraire le régalien strict à la dispute et le remettre au pouvoir permanent en échange de quoi les territoires s'administrent de manière autonome par la démocratie directe ou représentative selon le choix de chacun. Terminé l'uniformisation, le jacobinisme, le caporalisme. Cent républiques libres sous le paratonnerre royal. Le damier est brisé, c'est le moment, c'est l'instant, en voiture ! Il n'y a pas de voiture ! On n'y arrivera pas à travers des élections, ni par la prière. Alors quoi ?



lundi 23 mars 2020

Des lendemains tumultueux !

Un ami me signale que tous les "instituts" phosphorent sur la prospective post-Covid_19 afin de sortir le dossier que tous les gouvernements s'arracheront. Sans être collapsologue patenté, Royal-Artillerie rejoint la meute et vous livre la substantifique analyse d'un futur à connaître. Les gouvernements étrangers pourront cliquer sur la barre de traduction en tête de gondole (fin de la blague).

L'idée était de faire un dossier de quatre articles sur la spécialisation à outrance des fabrications qui impacte les chaînes de production partout comme on l'a vu lors du tsunami de Fukushima ; sur le rôle de l'Etat-stratège dans une société libérale ; sur le combat croissance-réchauffement climatique, et aussi, sur la fracture millénials vs. boomers. Mais le premier brouillon a laissé comprendre que la mondialisation était la mère de tous ces sujets et qu'il fallait creuser. Cela tombe à pic. Royal-Artillerie a fait plusieurs articles impliquant la mondialisation (37). Des bases existent qu'il faut actualiser et développer.


Ayant participé, de loin mais quand même, à des travaux du GATT*, je témoigne que la libéralisation des échanges par l'abaissement des barrières douanières et normatives avait deux buts : la planétarisation de la prospérité occidentale accroissant les productions et leurs marges, les échanges et leurs bénéfices, dans le cadre général d'une division internationale du travail (vieux thème testé par le COMECON). Le second but n'était rien moins que de gagner du temps sur un conflit sud-nord qui, en pleine guerre froide, semblait plus que probable sur les générations montantes quand exploserait la marmite démographique. Qu'en est-il résulté ?
*General Agreement on Tariffs & Trade, ancêtre de l'Organisation mondiale du commerce OMC

Un marché-monde s'est construit peu à peu avec pour chaque objet fabriqué une fourchette de prix étroite qui ciblait rapidement où cette chose devait être produite. En fait, comme on le verra des niveaux de vie, il y eut entropie des valeurs marchandes, sauf surtaxation locale de biens indésirables (comme les automobiles à Hong Kong). Un objet aussi international que le rasoir Philipshave vaut partout le même prix à +/-20%. Avant taxes c'est pareil pour les voitures selon le segment. Et cela va jusqu'aux fruits et légumes ! La mondialisation permet de profiter de l'inversion des saisons entre les hémisphères et offre à beaucoup de consommateurs pas forcément riches de goûter des curiosités comme en Europe les épices, les mangues, dorians, kumquat à des prix incroyablement bas qui réveilleraient les morts de la Compagnie des Indes néerlandaises. Le marché de chaque produit s'élargissant comme il ne le fut jamais même dans les empires coloniaux (les premières mondialisations), les producteurs s'enrichirent et les commerçants avec eux, jusqu'à engrener la roue d'une entropie des niveaux de vie. Et c'est déjà le défi que nous allons affronter en réduisant la mondialisation des échanges : nous ralentissons la progression des revenus du tiers-monde alors qu'il continue de croître en nombre de bouches à nourrir. En 2012, un billet titré La globalisation ou la guerre expliquait bien cela et se terminait ainsi :
Démondialiser c'est freiner l'activité économique du Tiers-Monde, voire stopper l'espoir. Quelques milliards de gens connaissent l'espoir, pour eux ou pour leurs enfants. Stoppons-le et verrons-nous sourdre alors dans notre village global des insatisfactions telles que l'injustice ne pourra être apaisée que par la violence du Sud contre le Nord. Et le monde prendra feu. La globalisation fait accéder le monde entier à la vitrine magique des belles choses. Il est facile de comprendre qu'à l'égalité des envies doit répondre, sinon l'égalité des conditions de leur satisfaction, du moins l'espoir d'y parvenir. L'espoir fait vivre... en paix.


Ceux qui chez nous veulent claquer la porte du village global ne voient pas qu'ils fournissent le carburant d'une confrontation sud-nord. Elle sera bien différente de celle que les bureaucrates du GATT redoutaient. Entretemps, le Sud s'est acheté la bombe atomique ! Non pas tant pour nous la mettre sur la gueule que pour nous dissuader de leur balancer la nôtre. Chine, Inde, Corée du Nord, Pakistan et l'Iran bientôt s(er)ont équipés. Les pouvoirs politiques du Sud ne s'y trompent pas : quand Donald Trump a lancé sa démondialisation, son premier contempteur au forum de Davos fut le président chinois qui se fit l'apôtre du libre-échange, pas pour prendre la pose, mais parce que la mondialisation est vitale pour tous les pays émergents, vitale au sens de vie ou de mort. Et encore la Chine maîtrise-t-elle sa démographie - ses problèmes sont ailleurs - mais l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, le Mexique, le Nigeria, l'Afrique australe grouillent de populations impatientes ! La réponse académique est bien sûr de développer ces pays afin qu'ils répondent aux attentes de leur peuple, mais l'expérience montre que les figures imposées tardent à produire leurs effets, par le coulage de la corruption d'Etat principalement, alors que l'aspirateur à biens et services favorise rapidement les économies productrices, donne du travail, des salaires, l'espoir d'une vie meilleure pour les gosses.

C'est au moment du triomphe de la belle démonstration que s'élève la petite voix de Greta Thunberg. La croissance va étuver la planète. Si on ne peut laisser crever les masses oisives du tiers-monde, en décrétant que la croissance est un péché mortel, il va bien falloir à somme zéro, transférer des moyens de subsistance des pays développés vers les autres. Ceci revient à accélérer l'entropie des niveaux de vie et forcément laisser baisser le nôtre ! On va écouter une courte vidéo de propagande chinoise visant à mater les riverains de la Mer du Sud pour prendre le temps d'assimiler le concept d'empire revenu.


©China Global Television Network


Si les chefs d'Etat du monde n'arrivent pas à s'entendre sur l'entropie nécessaire pendant la journée, l'espèce humaine qui baise pendant la nuit va nous foutre la guerre ! Oh bien sûr, nous masserons nos chars en frontière et nous coulerons les barques des pouilleux assaillant le camp des saints pour sauver une économie en voie d'effondrement rapide, nous nous enfermerons sans grands moyens et sans voir les intentions mêmes pas cachées des empires revenus, les vrais, pas les conglomérats de la filandre comme l'Union européenne, non, ceux qui ont un agenda : la Fédération de Russie qui veut récupérer son glacis occidental afin de tenir sur l'Amour sans être prise à revers ; la République populaire de Chine, légataire universel de l'empire des Hans qui revient sur le limes impérial en captant toute l'eau des piémonts orientaux de l'Himalaya et ne laissera personne sur la ligne de crête, qui veut faire de la Mer du Sud un lac intérieur et gagner l'accès à l'Océan en reprenant Taïwan ; l'Inde qui a envie de tout vitrifier à l'ouest de l'Indus et repousser l'islam le plus loin possible ; et l'Iran ! Se souvient-on de ce que fut l'empire perse ? Bref, la démondialisation ouvrira l'appétit et tout le monde attaquera tout le monde ! Ce que justement redoutaient les pères du GATT pour les générations montantes. Cela vaut-il le coup ? Ne vaut-il pas mieux réparer la globalisation ?


Passons en revue les problèmes causés en Europe occidentale par le coronavirus de Wuhan et signalons après des pistes de réparation :

- Le premier choc fut d'apprendre que les génies qui gouvernent cette république endormie ont dégonflé les stocks stratégiques de masques respiratoires, comptant se refaire sur les usines chinoises alors que la Chine est un foyer épidémique permanent et donc que les productions nationales seront réquisitionnées en cas de crise sanitaire. Celui qui a signé la décision doit être déporté aux Kerguelen, à défaut injecté au chlorure de potassium.

- Le deuxième choc fut d'apprendre qu'avec une toute petite épidémie en métropole (regardez bien les chiffres c'est peanuts pour une population de soixante millions d'habitants), nous n'avions pas la moitié des lits de réanimation nécessaires et qu'à part de déclencher le Plan Blanc (pour faire quoi) nous n'arrivions pas à augmenter suffisamment ces équipements. Il semble que le ministère ait été tétanisé par Bercy pour passer les commandes en temps et en heure avant le tsunami redouté par Mme Buzyn. Faut-il encore trouver des producteurs locaux puisque chaque pays se réserve ses productions nationales.

- Le troisième choc fut de constater l'amateurisme des pouvoirs publics (du moins l'exécutif politique) incapables de décider les mesures d'urgence sanitaire qui marchent ailleurs. Nous sommes bien sûr tellement supérieurs aux asiatiques juste bons à fabriquer des poignées de porte ! Mais cinq pays ont fait face au coronavirus de Wuhan avec succès sans stopper les machines. Ils ont contrôlé leurs frontières et imposé une hygiène individuelle et publique de haut niveau, quasiment psychotique. Je cite Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, Singapour et Hong Kong.

- Le quatrième choc n'a pas eu lieu : Depuis l'attaque au sarin du métro de Tokyo en 1995, les services de sûreté se méfient des opérations de guerre asymétrique en zone confinée. En passant, les treize membres de la secte ont été pendus en 2018. Mais l'attaque au gaz n'est pas grand chose comparée à l'attaque biologique, parce qu'on la décèle immédiatement, après quelques victimes quand même ! L'attaque biologique, elle, est sournoise car sa létalité est différée dans le temps et l'espace et ne peut être décelée que par une forte mortalité de cas identiques aux Urgences. Or nous savons maintenant que les pouvoirs publics ne sont pas prêts, pour ne pas dire pire. Quelques décès du coronavirus et on remue ciel et terre, on déplace des avions-hôpitaux, un porte-hélicoptères, on appelle l'industrie au secours... on est morts ! N'imaginez même pas une attaque à l'anthrax aux quatre coins de l'hexagone : un carnage !

La première décision à prendre - mais pourquoi les annonces tardent-elles, elles rassureraient les gens - est de reprendre les fabrications stratégiques sur le territoire national immédiatement en économie de guerre. D'éventuelles coopérations de proximité avec nos voisins peuvent légitimement s'envisager mais nous devons être sûrs. Notons que l'Allemagne a refusé d'aider l'Italie. Il faut ensuite remonter au niveau requis les structures de lutte hospitalière, quitte à les mettre sous naphtaline en attente de mobilisation. L'ancien hôpital du Val de Grâce est tout indiqué pour Paris et sa petite couronne.



La deuxième décision sera bien plus dure à prendre : il faut détruire toute la chaîne de commandement qui part du ministère et finit aux Urgences. Le scandale des masques et des respirateurs qui doivent doter le personnel soignant impose un acte fort dont se souviendront d'autres services tout aussi incompétents et arrogants dans notre belle république corrompue. Tuons le poulet pour effrayer le singe.

Rien ne sera plus comme avant, clament les pythonisses à plateaux. L'Etat, l'Etat, l'Etat, même le président encense l'Etat-providence qui avait disparu malgré 56% de dépenses publiques dans le PIB français. L'Etat est central en stratégie, partout au monde, et pour cette raison, le nôtre est en même temps coupable, du moins les politiciens qui se succèdent à sa gestion. Nos précautions sanitaires ont été désarmées au prétexte d'économies que la classe politique ne sait pas faire sur le futile et le clientélisme. On dépensera une fortune sur les PMA comme sur l'IVG et cent autres postes du coulage social, mais on réduira les moyens de réanimation pour compenser. Les exemples feraient dix pages. Le moment est venu de reconstruire l'appareil étatique en le concentrant sur ses missions essentielles qui devront être sacralisées, quoiqu'il en coûte aux bénéficiaires actuels des largesses incontrôlées - combien de millions de cartes vitales en circulation ?
C'est là que prend tout son sens un projet de société comme le rebrasse Frédéric Winkler, reconstruit sur les fondamentaux du pays, ce qui est valable pour d'autres pays bien sûr.

Reste maintenant le dernier point, la fracture inter-générationnelle
. C'est l'état des lieux qui pose problème. Que la crise climatique soit ou non le fait de l'espèce humaine ne doit pas masquer le constat que la terre est sale, les océans sont sales, la pollution de l'air, des eaux et des sols est partout. C'est un grand chantier international de nettoyage dont il s'agit, et les atermoiements, excuses et explications de la génération aux commandes la disqualifient de continuer à gérer. On ne parle pas là du climat mais de la merde !

L'autre poste du passif est le niveau d'endettement absolument phénoménal des nations, endettement et déficits encore accrus par la lutte contre le coronavirus de Wuhan. Je me pose la même question que Marc Fiorentino, mot pour mot : « Mais à la fin qui paie ? Quand toute cette crise sera terminée, on aura oublié la "solidarité" et on reviendra aux contraintes budgétaires et chacun viendra réclamer son argent, l'Etat, les banques, les bailleurs. Et il faudra rendre les "cadeaux". Peut-être pas ! Si à terme ce sont les banques centrales qui détiennent les dettes des Etats qui elles-mêmes contrôlent de fait les banques centrales, pourquoi n'assisterait-on pas au niveau mondial à un "abandon de créances" massif, une annulation pure et simple d'une partie de la dette ? »
La génération montante est condamnée à purger ce passif d'une façon l'autre, mais le clearing de Fiorentino est la bonne idée.

Au bilan il y a quand même de l'actif :
D'abord et bien qu'on nous l'annonce chaque année comme imparable, notre génération a bloqué la troisième guerre mondiale à la fois par la terreur nucléaire et par le développement des grands pays émergents qui ont intérêt à la paix. L'expansion des zones de libre-échange, un produit typiquement occidental, a arraché à la misère des centaines de millions de pauvres gens condamnés à une misère endémique par tous les géographes des années cinquante, spécialement en Asie. C'est ça de moins à faire. Et pour finir, nous avons numérisé la planète, apportant les moyens de communiquer à grand débit jusqu'aux fins fonds du monde ! Il y a fallu beaucoup d'intelligence et beaucoup de câbles et équipements de routage et stockage, on n'y pense jamais. La jeunesse n'abandonnera certainement pas cet héritage-là. Pray for millenials !

Chaque jour redonne une chance...

(C'était un peu long sur la fin, mais c'est la faute au confinement)

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