mercredi 28 avril 2010

Le Lien 32 est paru

Henri IVIl y a trois jours, je me disais que c'était la saison du Lien, mais affligé des pitreries royalistes parisiennes autour de la fête de sainte Jeanne d'Arc, je me suis laissé surprendre par la livraison de ce matin. Le 32 était là. Pour les quelques lecteurs qui ne sont pas encore abonnés à ce bimestriel de qualité, je fais une brève recension de ce numéro qui ouvre sur l'année Henri IV. Roi de l'apaisement, roi du compromis mais surtout roi de ses peuples - la poule au pot n'est pas qu'une image d'Epinal - le Navarrais aura surtout l'intelligence de sa fonction dans toute son acuité, alliée à une pugnacité cachée dans l'édredon de ses empathies.
Je passe pour y revenir plus bas sur le coup de brosse à reluire concernant ce blogue-ci et suis heureux de voir apparaître dans les colonnes du Lien le blogue Café Royal de notre ami Muscadin qui désosse les élections régionales dans le camp de la victoire, celui du désintérêt général exprimé par un taux d'abstention record.

Puis on chevauche la genèse de la légitimité de Saint-Simon, le duc, à Chateaubriand. Ça se lit d'un trait, avec une belle photo du prince Alphonse déposant sa gerbe de lys au rocher du Grand Bey à Saint-Malo ! C'est du Guillotel. Impeccable.

rené de chateaubriand
Les "propos du lecteur" de Jacques Rolain restent dans l'axe de l'année H-IV et je m'intéresse toujours à suivre l'actualisation de ses souvenirs à la permanence de la doctrine, même s'il n'a pas saisi qu'Henri IV soit "le seul roi qui pourrait être élu président de la République". On atteint là les limites de conception de certains légitimistes qui fondent tout sur l'adoubement divin et s'amusent de la maxime célèbre de La Tour du Pin, "le droit du prince naît du besoin du peuple" ; ou dit moins savamment, la monarchie est populaire sinon rien ; ou comme le dit aussi Royal-Artillerie : c'est un régime de consensus populaire.
Bon, on ne va pas s'empoigner, mais de l'avoir oublié jadis a ruiné l'ouvrage. Bourbon aurait-il privilégié ses peuples en tout - à finir par Charles X et un suffrage "rural" pour nommer à la chambre basse - qu'il serait toujours là.

M. Rolain termine sur "l'affaire Benoît XVI", les textes qu'il choisit autant que ses propres commentaires sont remarquables, et c'est un agnostique qui le lui dit. Il faut avouer que j'ai un immense respect pour le pape Ratzinger qui est bien celui qui va avec nos temps de liquéfaction morale, contrairement à ce que prétendent les cuistres de sa propre église qui n'y voient goutte et ameutent contre lui. Un seul regret, qu'il ait posé la hache en revêtant le pallium. Elle lui servirait aujourd'hui à couper le bois mort, et je ne pense pas qu'aux salopards. Retrouvez l'article de Denis Tillinac dans Valeurs Actuelles 3815 du 7 janvier 2010 qui dit aussi tout ça bien mieux.
Jacques Rolain termine par une longue analyse des propositions de l'Alliance Royale qui ont sauté ses préventions premières, et le convainquent suffisamment pour qu'il en fasse une juste articulation. Il se convertit lentement, ce qui prouve la pertinence de l'approche politique de ce parti, mais ne le lui dites pas.

Jean d'Orléans à LimogesPuis patatrac ! "Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur" nous dit le Figaro (et Beaumarchais). Je ne comprend pas l'acharnement sur Jean d'Orléans et sa famille, de la part du baron Pinoteau. Nous avions bien ri de Gaston Ier dans la livraison précédente, mais les meilleures sont les plus courtes. Et même si faute avouée est à moitié pardonnée, les assertions du précédent billet d'humeur étaient en partie fausses. C'est grave. Le Lien légitimiste est destiné à un lectorat de qualité qui n'a pas l'habitude de croiser les informations qu'il y trouve. La confiance est de mise.
Mais au-delà de cette charge, quand même imméritée depuis que l'on sait que le prince Jean promeut la Monarchie de Juillet de son aïeul et pas la Monarchie "légitime" ou traditionnelle, je déteste vraiment l'attaque au faciès : « ... une des clés de la personnalité du prince est sa curieuse physionomie, et des spécialistes en la matière de plusieurs pays (peut-être même ceux de certaines officines) en savent plus que nous sur le véritable caractère de Jean d'Orléans.»
A quoi je répondrai de manière ramassée : "qu'est-ce que ça peut vous fiche, Baron, qu'il n'ait ni charisme ni aisance ? On fait de la politique, pas de la physiognomonie¹ !".
Cette querelle incessante des positions, faits et gestes de la famille d'Orléans, minutieusement renseignée aux meilleures sources, n'apporte rien à la cause du roi ; à se demander si les légitimistes existeraient encore si l'avion de la Maison d'Orléans s'écrasait sur Smolensk ! Sacrebleu, la Légitimité aurait-elle besoin d'Orléans comme Dieu a besoin du Diable ?

SS Benoit XVI
Page 11, les Mélanges à propos de choses diverses qui courent ici ou là nous présentent (sur trois colonnes) le prochain colloque des Amis de Guy Augé à la fac de Droit-Panthéon le 29 mai prochain qui va remettre sur le pupitre le Cujus regio, ejus religio" du traité de Westphalie. Le thème en sera La Religion et La Cité.
Notre société a les deux pieds dans le problème (pour rester poli) et c'est tout bonheur qu'un aréopage de ce niveau² débatte de ces questions en public. Un extrait de la revue La Légitimité nous fait vivre cette journée par anticipation (n°60). J'en extrait une question de Claude Polin : "Sommes-nous arrivés à cette fin de l'Histoire et de la pensée où le pluralisme religieux fondera, sur les reculs de notre identité et les brassages incontrôlés de populations, une cité tolérante et pacifiée ?" Et de nous jeter au visage l'encyclique Dignitatis Humanae.
A partir de 10 heures, le 29 mai à la fac de Droit, 12 place du Panthéon à Paris 5°.


Le 32° Lien se termine (mais pas nous) sur l'affaire de Thiberville, j'allais dire la lamentable affaire de Thiberville (diocèse constitutionnel de l'Eure). On y comprend un peu mieux la chaîne de commandement de l'Eglise catholique et la puissance des féodaux historiques que sont les évêques. Mais ceux qui ont étudié les prémices et le déroulement de la Révolution Française savaient déjà bien des choses. N'est-ce pas ? Souhaitons au curé Michel d'avoir enfin l'oreille en dernier recours de La Signature Apostolique. Sans doute gagnera-t-il et je le souhaite.
Ceci dit, je ne vais pas récrire les 12 pages du numéro 32 pour les inconséquents qui se privent de ce lait nutritif, mais il y a l'in cauda.

louis de bourbonEn page 2 de cette livraison, Gérard de Villèle reprend le billet de clôture "Archivons!" de Royal-Artillerie (20.01.10). Bien qu'il ait été récrit trois fois pour atténuation parce que je me doutais un peu qu'il serait un jour ou l'autre cité, ce billet reste sévère avec les structures qui animent la cause royaliste en France. On peut le lire ici. J'aurais aimé un rebond plus qu'un coup d'encensoir, et plus particulièrement sur l'absence étonnante du prince Louis au moment où le pays va affronter ses pires jours de l'après-guerre. Nous nous ruinons littéralement à courir derrière un modèle invérifié qui a coulé un des empires les plus puissants du siècle passé, ce pays n'est pas une île isolée du Pacifique mais un très beau pays au carrefour de toutes les collisions occidentales, et Dieu sait qu'elles accourent, et les Français se sentent bien seuls sous le sceptre en formica de Zébulon Ier.

Côté princes, je ne vois que la promotion des idées assez convenues du dauphin qui fait un succès d'estime en province en s'exposant lui-même plus que ses idées. En a-t-il ? Mais Silence radio du côté de Caracas ! Tout ce qui m'est parvenu est l'annonce faite par la duchesse d'Anjou à un correspondant local, de son futur accouchement à l'hôpital Mont-Sinaï de Miami et tout le bien qu'elle pense de cette clinique de gringos. Qu'en dit Chavez ?
Rien du prince Louis depuis un bon moment, pas mêmes les voeux traditionnels de nouvel an au sortir de la crise financière mondiale dont il est un expert pourtant. C'est léger, à croire même que depuis qu'on a répété à l'aîné des Capétiens qu'il "était" tout simplement le roi par le droit monarchique, quoiqu'il en pense ou dise, il a fait le choix du hamac canonique et ne s'inquiète plus de rien, si tout est décidé en dehors de lui. Espérons que la naissance des jumeaux (à Miami) recentrera ses inquiétudes à notre endroit et le fera sortir de sa réserve. Mais je n'en mettrais pas ma main au feu.

Pour finir, je rappelle aux privés de bonheur l'adresse où envoyer leur chèque de 10 euros pour un an (6 numéros) de version électronique ou 20 euros pour le modèle Gutenberg :

Le Lien Légitimiste
Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint-Martin


Note (1): http://fr.wikipedia.org/wiki/Physiognomonie
Note (2): Jean-Pierre Brancourt (de Louis XIV à Louis XVI), Thierry Buron (Michael von Faulhaber, théologien bavarois), Pascal Gourgues (la théocratie), Claude Polin (l'oecuménisme), Claude Rousseau (humanisme et divin grec), Philippe Toulza (Bossuet vs. Louis-le-grand).

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mercredi 14 avril 2010

Off-limits

Paquet de cigarettes Zhongnanhai
Depuis quinze jours (mardi 30 mars 17h) le moteur de recherche Google renvoie une erreur 404 à toute demande effectuée en Chine. Il est probable que ce blocage confirme les instructions récentes du Département Central de La Propagande de Pékin de n'utiliser dans la presse aucune autre source qu'officielle sur le sujet de plus en plus délicat, au regard des réactions très négatives des secteurs économique et universitaire. C'est la liberté de faire tout et n'importe quoi en Chine qui est bridée par le pouvoir un peu grippé par le vent du grand large.
Voici un article paru dans le n°2791 de l'Action Française 2000 datée du premier avril 2010, qui passe en archives Royal-Artillerie.

L'hydre capitaliste est-elle sans âme ? La firme de Mountain View avait accédé en 2006 au premier marché mondial en passant sous les fourches caudines de la Censure chinoise lui demandant de filtrer les requêtes adressées à ses serveurs. Après quelques piques de mauvaise humeur, la communauté internétique l'avait alors absoute au motif premier que le développement du moteur global sur l'immense marché chinois était imparable. De simples questions d'éthique – améliorables dans le futur - ne pouvaient brider Google Inc., tous les acteurs majeurs étant passés par là (Microsoft, Yahoo, Amazon...). Il faudra qu'en janvier dernier les services chinois de basse police fassent pirater les serveurs afin d'accéder aux données personnelles des dissidents ciblés, pour que les Américains se fâchent et, comme toujours à la fin de l'envoi, tombent du bon côté. Sacré scouts !

flic pékinoisMais la morale de l'affaire est tout autre et les chevaliers ni si noirs ni si blancs. Le succès phénoménal des intuitions techniques de Google (Pagerank, Googlemap, Adsense, G-mail, Chrome...) a indiqué la voie de monstrueux profits aux acteurs chinois d'un marché presque comparable en taille bientôt à celui du reste du monde. La capitalisation boursière de la société avoisine actuellement les cent soixante-quinze milliards de dollars et la firme a fait un chiffre d'affaires (cf. http://investor.google.com/fin_data.html) de plus de vingt-trois milliards de dollars en 2009, laissant un bénéfice de vingt-huit pour cent !
La monétisation du « mot-clé » serait-elle réservée au jeune lion ? En apparence, tout est tellement si simple quand c'est fait, que les moteurs nationaux comme Baidu ou Sinacorp se sont sentis capables de prospérer pour peu que l'expansion du géant américain en Chine soit découragée. En Chine, c'est l'Etat qui « décourage » ! Il le fait sans émotion aucune. Par exemple, il a carrément fermé Internet au Xinkiang après les émeutes d'Urumqi de 2009, n'ouvrant certaines lignes professionnelles que sur demande expresse et justifications au grand dam des usines locales.

fleurs de sympathieAu delà de la fonction « moteur », l'enjeu le plus important est de nourrir les plateformes mobiles de moult applications dont tous les internautes ont entendu parler, même si tous ne les utilisent pas encore. Or China Mobile, première compagnie de téléphone du monde avec cinq cents millions d'abonnés, doit décider ces jours-ci d'une alternative à Google avec lequel elle est sous contrat. Ce sera le signal qui dictera la posture de tous les autres, attendu qu'il est très dangereux de braver l'Etat central dans un domaine aussi sensible que les télécommunications nomades. TOM Online, la téléphonie mobile de Li Ka-shing¹ sur le continent, a déjà succombé à la peur et se proclame depuis mardi dernier débranché de la pieuvre américaine. Pacific Century Cyberworks (Hong Kong) de son fils Li Tzar-kai devrait suivre.

Les moteurs chinois sont-ils capables de surpasser Google, est la grande question « nationaliste ». S'ils y parviennent – et les développeurs chinois ne sont pas des manches – l'Etat chinois aura le contrôle parfait de l'information étrangère destinée à l'empire. S'ils échouent, en ce sens que de nombreux internautes particuliers et professionnels rouspèteront, noieront les services officiels de réclamations véhémentes ou enverront leurs recherches à l'extérieur du pays faisant perdre la face aux dirigeants, alors les têtes de la Censure tomberont tant le pays est obsédé par le comblement de l'écart entre lui et l'Occident. A noter que cet écart est de notre faute, ancienne certes mais toujours vivace (Merci à la reine naine d'avoir passé ses nerfs sur la Guerre de l'Opium).

la Cité interdite à vol d'oiseau
S'il y a matière a s'émouvoir des restrictions imposées par la Chine à ses ressortissants résidents au pays, on peut aussi prendre un joker et ne pas se joindre au concert de protestations. Non parce que la bataille au fond est terriblement capitalistique – on oublie trop souvent le paramètre « fric » dans la gestion de l'Etat chinois – mais surtout parce que de mémoire d'homme, nul n'a vu quiconque gouverner un empire de mille trois cent cinquante millions de citoyens, égaux en droit² qui pis est, et qu'à ce niveau de défi, les vieilles recettes libérales sont peut-être dépassées.


Note (1): la HKSAR est divisée entre différents magnats spécialisés qui ne s'affrontent pas. Les plus connus sont Li Ka-shing, les frères Kwok, Lee Shau-kee, Cheng Yu-tung, Stanley Ho, Yeung Sau-shing et Jimmy Lai. Le classement Forbes compte quarante millardaires chinois à Hong Kong !
Note (2): sauf les 55 minorités ethniques régies par leurs coutumes et qui forment 9% du total.

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jeudi 25 mars 2010

Le petit reître est "mort"

NSSarko est mort. Je ne sais qui l'a tué, de la Rolex ou du vulgaire, mais le camelot de trottoir qui ouvre devant le grand magasin son parapluie de cravates, n'arrête plus personne. Passe le passant sans tourner la tête ; même au mégaphone il ne percute plus. Histrion démocratique de la trempe d'un Berlusconi mais sans les sous du cavaliere, le jadis président de la République n'est que l'hôte encombrant d'un palais dont on va chercher à s'enfuir pour éviter les stigmates. Les deux années restantes seront une sorte d'agonie.

Les députés bientôt sortants donc inquiets ont donné le la, les traîtres au Centre en tête, qui cherchent à désolidariser leur propre image de celle très abîmée du pouvoir parisien. Sarkozy c'est le plomb dans l'aile, le catalyseur à mécontents, mais d'un côté aussi, le bouc émissaire inespéré pour une assemblée de godillots qui lui passa tous ses caprices pendant trois ans.

Croyant rameuter des catégories d'électeurs qui lui semblent proches – mais c'est une illusion d'optique – il affiche aujourd'hui ses cinq priorités¹ avec des airs de matamore qui font penser à ces grandes gueules du Quai de Rive Neuve : « Arrêtez-moi ou je fais un malheur ! ».
Et personne n'arrête !

beau mouton noir
Ainsi va-t-il charger, sus à la réforme de l'Europe agricole, pour préserver les voix de la FNSEA. Les paysans s'assoient sur le tracteur et attendent qu'on leur joue toute la pièce, en connaissant l'issue d'avance car ils savent le texte par coeur, ce qui n'est pas le cas du ludion de service, surgi de nulle part, allant vers nulle part. Historiquement, les nations du Nord sont ouvertes aux échanges intercontinentaux par la division internationale du travail, et elles jugent que la politique agricole commune renchérit les prix sur les étals (ou dans les barquettes filmées). La Grande Bretagne associée aux Pays-Bas et au Danemark mène la fronde. Ce sont trois pays agricoles exportateurs dans le mouton, le porc transformé, les fleurs, la volaille et les huiles. Ils ont l'oreille de la Suède et de … Malte, et de quelques autres qui se cachent !
Jusqu'à la commission Delors, la PAC était le sas d'entrée dans le Marché commun franco-allemand (agriculture contre industrie) et tout le monde achetait le concept un peu extravagant de la sécurité alimentaire, oubliant volontairement que tous les pourvoyeurs étrangers de nourriture vers l'Europe étaient dans la zone OCDE (pays neufs austraux) ou sous influence (colonies économiques). L'embargo des pistaches iraniennes ou des noisettes chinoises n'était déjà pas une vraie menace.
Depuis lors, par impéritie de gestion, par arrogance de vieux noble ruiné, par camelotage de parvenu, la France a perdu son chic d'intelligence, son aura européenne et les moyens de pression qui découlaient de sa position de chef de file. On voit bien comment l'équipe Sarkozy est baladée par tout le monde dans la crise grecque. Notre influence est nulle sinon epsilon. Comment dès lors protéger la PAC ? Par l'obstruction systématique des discussions qui détruira le peu de prestige que certains aveugles nous accordaient encore, ...jusqu'à ce que nous nous couchions à la vingt-cinquième heure : « Je suis prêt à aller à une crise en Europe plutôt que d’accepter le démantèlement de la politique agricole commune et de laisser la spéculation fixer de façon erratique des prix agricoles qui ne permettraient pas à nos agriculteurs de vivre décemment du fruit de leur travail » (N. Sarkozy, a capella le 24.03.2010).

séniors boulistes
La seconde priorité est la réforme des retraites françaises, patate chaude que se lancent les gouvernements depuis vingt ans (19 exactement depuis le Livre Blanc de 1991) et qui alimente la chaudière de l'opposition démagogique. Il n'y a que deux étages d'intervention : (1) régler l'arithmétique comptable tout de suite, (2) reconstruire un système sain sur des bases sociales rénovées (désoviétisées).
Il ne faut pas six mois comme l'annonce Sarkozy pour régler la comptabilité. Tous les chiffres sont archi-connus. Il faut une heure d'explication au tableau noir devant les téléspectateurs et une autre pour les décrets ! La condition sine qua non est la justice intégrale « au marc le franc » pour les pensions, et la destruction de tous les régimes spéciaux, à commencer par celui des parlementaires qui est une vraie insulte à la population. Remettre l'âge légal à 65 ans comme chez nos voisins², relever les cotisations des salariés, plafonner les pensions de la caisse nationale vieillesse, sont les réponses « simplistes » dont nous avons besoin.
Viendront ensuite les mesures de finition accotées à la redéfinition des solidarités intergénérationnelles qui sont aujourd'hui une épouvantable escroquerie. On peut prendre quelques mois pour discuter entre gens de bon sens du régime à prestations définies, à cotisations définies, à annuités, à points, à comptes notionnels, etc. L'Institut Montaigne a fait une étude l'an dernier (clic) qui conclue au big bang ! A lire tranquillement avant le désastre.
Mais dans cette affaire où doit s'imposer la volonté de préserver l'intérêt général, Sarkozy reculera in extremis pour quelques pourcentages électoraux, comme il le fit sur les régimes spéciaux fin 2007, qui furent réformés facilement …par leur remplacement par de nouveaux régimes spéciaux ! Chirac, lui pas mort !

La troisième priorité est de récupérer les voix de la médecine de ville, à qui on va confier la clientèle laissée sur place par les structures hospitalières regroupées au chef lieu. Ce que vient faire cette affaire dans le plan de résurrection est un mystère. Le président du Conseil de l’Ordre va donc conduire une mission pour « inventer un nouveau modèle de soins de premier recours ». On est dans le burlesque étatique puisqu'il n'est pas nécessaire d'inventer quoique ce soit, l'offre et la demande s'ajustant aisément après une courte phase d'observation. Si le terme de « marché » est un gros mot, il faut alors carrément revenir aux dispensaires de quartier, dont personnellement je regrette la disparition. Ils concurrençaient dangereusement la médecine conventionnée !

racailles devant le lycéeLa quatrième priorité électorale est... la sécurité. Nul ne pouvait faire plus mal. Nous avons élu en 2007 le chef de la police pour voir croître l'insécurité. Nous sommes bien un pays latin. Au lieu de frapper fort avec le gourdin disponible, on rédige de nouvelles lois et règles d'engagement, on ballade des équipes mixtes de diagnostic et pourquoi pas la cellule psychologique qui traitera de « l'insécurité ressentie » mais pas réelle ! Les Français, qui ont vu passer sous leurs fenêtres tout et son contraire en matière de sécurité publique, sauf l'affrontement décisif des forces de l'ordre et des bandes urbaines, ne croient plus à rien et achètent de la 3-en-1. Le programme d'investigation proposé ne lui gagnera pas une voix ; c'est trop tard. Il est jugé comme Tartarin de Tarascon (qu'il n'a pas lu), chasseur de lion apprivoisé !

La cinquième et dernière grande priorité nationale vise à rassurer les parents d'élèves, en sortant des classes normales les enfants inadaptés, parfois bien grands, que l'on dirigera vers un système bizarre de sections spéciales. Qui encadrera les monstres ? Sans doute pas le personnel de l'Education nationale qui se prend des gifles en tendant l'autre joue. Des karatékas peut-être sous le contrôle de Chantal Jouanno ! Mais comme la chose n'est pas susceptible d'attirer l'électeur en masse, il est probable que les SS ne trouveront pas de budget.

On voit très bien dans le choix que fait Sarkozy pour renaître dans les sondages, qu'il n'y a plus de projet pour la France. On est dans la gestion d'image et de buzz au dixième de point, gestion bridée par un affaissement des ressources fiscales et par des promesses faites à des corps sociaux dangereux (syndicats publics) ou mourants (PME perfusées aux exonérations que l'on ne peut stopper). Il n'y a aucune marge de manoeuvre, en écho au manque d'enthousiasme général.
Ce pays qui détient encore quelques atouts, devrait se reprendre en main en détruisant son Etat. L'Ordre sans l'Etat ! Une utopie à méditer tant le second nous a fait de mal.

port au Français
« Liberty Ships » pour les Kerguelen, on sait déjà qui sera nommé commandant de la flotte sans retour, et les autres ici se tiendront tranquilles.



Note (1): c'est le découpage retenu par La Croix.
Note (2): Age légal homme dans l'UE : Allemagne (67), Autriche (65), Belgique (65), Danemark (67), Espagne (65), Finlande (65), France (60),Grèce (65), Hongrie (62), Irlande (65), Italie (65), Luxembourg (65), Pays-Bas (65), Pologne (65), Portugal (65), Tchéquie (62), Royaume-Uni (65), Slovaquie (62), Slovénie (63), Suède (65)

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mercredi 17 mars 2010

Französisch Schweine

Mercedes BenzBrick and mortar ! Cette expression américaine inventée pour séparer les entreprises de fabrication des entreprises virtuelles de grand vent, la Deutschland AG se l'applique en réponse aux critiques des suceurs de roue qui pédalent dans la choucroute de l'euro. Dans la même veine que celle des récriminations occidentales à l'encontre de la Chine qui manipulerait son yuan pour avantager ses exportations, on prête aux Teutons d'écraser délibérément les salaires et donc le pouvoir d'achat populaire pour maintenir ses positions extérieures, privant ce faisant ses voisins d'un marché solvable.
A quoi le patronat germanique répond d'un coup de batte de baseball :
« Notre secret, ce n'est pas le prix. Nos principaux arguments de vente, ce sont la qualité et l'innovation. Avec le seul argument du prix nous ne pourrions concurrencer des pays à bas coûts comme la Chine.» Et vlan !

Le problème est que l'écart de compétitivité structurelle entre voisins ne peut être résolu par une énième réévaluation du deutschmark puisque toute la zone périphérique est passée en zone deutschmark ! Donc, au lieu de prendre le taureau par les cornes ici, on préfère critiquer le cousin germain d'en faire trop à son propre bénéfice. Ces enfoirés ne s'occupent que d'eux ? Mme Lagarde n'éprouve aucune honte à faire ces demandes¹, mais nous, si, car c'est l'aveu public de notre impéritie. Il en aura fallu du temps pour quêter à Berlin !


hambourg
Même ceux qui ne fabriquent rien comme les Anglais hurlent avec les caniches et critiquent le cavalier seul du uhlan qui les privent de vendre du vent aux Allemands. « Que devrions-nous acheter au Royaume-Uni ? Ceux-ci leur répondent-ils. Les services de courtiers en devises qui attaquent l'euro ? Des financiers de "private equity" qui désossent des entreprises traditionnelles locales ? Des spécialistes de dérivés de crédit qui parient sur le défaut de paiement de la Grèce ? » (Financial Times Deutschland)

La théorie des vases communicants soutenue par des arithméticiens primaires ne tient pas compte de l'environnement planétaire où circulent ces flux. Si demain l'Allemagne devait aller vers une balance commerciale zéro pour favoriser ses voisins incapables, le déficit énergétique global de la zone euro pèserait sur la devise unique et tout le monde s'appauvrirait.
La vraie question est surtout qu'il y a des pays qui n'auront jamais aucune possibilité de convergence dans le cadre du Pacte de stabilité, et qui devraient passer en zone sterling ou dollar. Les PIGS² en premier.

porscheQuand aux autres, ils n'ont d'autre choix que de suivre le modèle allemand (désolé, Marie-France) et de prendre la voie prioritaire d'une recherche de puissance à tout prix. Puisque nous prouvons depuis cinquante ans notre incapacité à réussir « seuls ou en réunion », profitons de l'émulation de nos vaincus. Je vais pétitionner de ce pas pour qu'on mette en décharge le soldat inconnu de l'Arc de Triomphe (qui pourrait bien être un schpountz) et qu'on le remplace par les ossements du maréchal Pétain ! La place reprenant son nom d'origine, l'Etoile, l'améliorant même en : Sept Etoiles. En l'état de décrépitude de ce beau pays où venaient vivre les dieux et les huns, mon résistant de père comprendrait qu'il faille un signal fort.

Puissance ? Nous avons déjà détaillé les mesures qui devraient être forcées pour y réussir dans plusieurs articles dont "Souverainisme". Nous ne donnons que la liste sans développer :

- Simplification drastique de l'Etat politique par suppression du bicamérisme, réduction de l'assemblée nationale à trois cents sièges, suppression d'une assemblée territoriale, limitation des cabinets ministériels, suppression des subventions aux partis politiques, aux agences périphériques, aux think tanks et à toutes associations à but politique, économique ou social.
- Simplification de l'Etat administratif par suppression de toutes redondances entre le gouvernement central et les collectivités territoriales, suppression des subventions aux conseils, commissions et agences périphériques spécialisées, suppression des chambres de commerce locales sous un certain seuil.
- Simplification de l'Etat social par suppression des subventions syndicales, rééquilibrage des comptes de la sécurité sociale en séparant complètement médecine publique et privée, réforme des retraites par abaissement des plafonds de la Caisse nationale vieillesse, contrôle strict des prestations aux étrangers, et justice sociale effective au marc le franc.
- Réduction des déploiements extérieurs en repliant la moitié de notre réseau diplomatique à l'exception des Alliances françaises, application exacte du Livre Blanc de la Défense, et cessation de la Coopération à fonds perdus.

Les fonds dégagés – si l'on n'accompagne pas tout de suite ce repli de l'Etat d'allègement fiscaux généralisés – pourront être mis en soutien de nos universités, dans la recherche et développement, dans la réhabilitation et la création d'industries de demain, et dans tout ce qui fera le futur de ce pays, à travers de structures sanctionnées par leurs résultats.

Certes, notre prestige sera fortement entamé, mais comme il se déployait sur une baudruche gonflée au souvenir de nos gloires enfuies, nous aurons les capacités de tenir notre rang, notre vrai rang, et ne nous épuiserons plus à courir dans des brodequins de 45 où mettre nos petits petons de 41.

machines textiles allemandes en batterie
Hélas ! Le régime démagogique actuel d'essence démocratique interdisant toute réforme de bons sens en France, nous devrons attendre la mise sous tutelle du Fonds monétaire international qui nous fera crever comme un pays du tiers monde. La crise grecque n'est que le prototype de ce qui attend les « pays cochons¹ » dont nous sommes le porte-grogne. Si par « bonheur » nous y échappions et pouvions continuer l'agonie présente indéfiniment, je suggèrerais que nous posions bientôt notre candidature à l'Union Africaine, où nous deviendrions - c'est certain par notre nouvelle composition démographique - le « primus inter pares » du grand siècle revenu.
Les lecteurs assidus de Royal-Artillerie savent que ça ne me gênerait pas tant que ça.

Et le roi dans tout ça, comme disait jadis de la mort Jacques Chancel à ses invités ? D'abord, je n'en ai entendu aucun sur le sujet. Quatrevingt-dix pour cent du discours sont un rapport à l'histoire qui ne va pas beaucoup servir pour la suite, car le pays et son environnement ont radicalement changé. Ce pays a conservé son ancien nom mais n'a plus rien à voir avec La France. Je le regrette plus que d'autres car plus enraciné que d'autres, la trompe de chasse en ré peut-être(?). Une exception quand même concernant Henri d'Orléans qui a essayé de sortir du registre compassé et a su explorer une « écologie divine » avec quelque talent. Royal-Artillerie en a fait un billet en son temps : Le Prince et la Gnose.
Pour ses concurrents, nous ne disposons pas d'éléments probants et les conseils qui sont censés pourvoir aux projets futurs ne m'apparaissent pas « futuribles ». Historiens et juristes forment tout le « shadow cabinet » qui s'occupe d'abord de dézinguer la concurrence en grignotant la paix d'Utrecht, le vice de pérégrinité et autres fadaises ! Donc pour moi, dans le pays où je peux vivre encore un peu, toute option est la bienvenue, même en dehors de la tradition qui m'apparaît de plus en plus comme un refuge incapacitant mais douillet.

excavatrice à lignite
On me dit dans l'oreillette qu'il serait temps de conclure car certains veulent rentrer se coucher. Soit ! Il ne fait aucun doute que l'état de délabrement matériel et moral de ce pays gavé d'atouts, trouve son origine dans la social-démocratie qui n'est que l'organisation des nuages de criquets. La capitalisation des richesses produites a toujours cédé devant l'urgence des cautères sociaux et la corruption des oligarques et de leurs fondés de pouvoir.
Le peuple est gravement intoxiqué à la redistribution forcée comme nous le montrent les troubles sociaux sans raisons graves, en oubliant qu'il n'y a plus de captifs fiscaux dans le monde moderne. Ou bien nous replions notre Etat, déployé aujourd'hui à la taille d'un empire mondial, et nous durcissons nos atouts en coupant tout le bois mort, atouts dont l'intelligence française n'est pas le moindre, ou bien nous subirons à terme le dictat des empires émergés qui feront la loi pour un siècle, avant de succomber eux-mêmes au désastre planétaire d'une terre surchargée. Sympa !
Vive le roi quand même.



Note (1): Mme Lagarde au Financial Times dimanche dernier :
"Il est clair que l'Allemagne a réalisé un travail remarquable dans les dix dernières années. Elle a amélioré sa compétitivité. Elle a fait durement pression pour abaisser le coût du travail. Quand on observe le coût de l'unité de travail en Allemagne, de ce point de vue, l'œuvre réalisée est admirable.
Je ne suis pas sûre cependant que ceci puisse constituer un modèle durable, ni une exemple généralisable à l'ensemble du groupe. Nous avons évidemment besoin de plus de convergence".
C'est vrai que les coûts salariaux sont maintenant similaires des deux côtés du Rhin.
A quoi répond le chancelier Merkel :
"Nous n'allons pas abandonner nos atouts au prétexte que nos produits sont peut-être plus demandés que ceux d'autres pays. Cela serait la mauvaise réponse à apporter à la question de la compétitivité de notre continent. Un gouvernement économique européen doit s'aligner sur les États membres les plus rapides et les meilleurs, pas sur les plus faibles". (signalé par l'Insolent)
Et toc !
Note (2) : Portugal, Irlande, Grèce et Espagne (Spain)

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vendredi 5 mars 2010

Le Piège de Goldsmith

Jacques marseilleJacques Marseille est mort hier. Formé à l'école marxiste, il avait exploré la caverne idéologique jusqu'au fond, et n'ayant trouvé que mensonges et manipulation, il en était ressorti intégralement libéral. Sa dernière flèche visait les plans de sauvetage bancaire des gouvernements socialistes de la planète, au motif qu'ils annulaient « l'alea moral » de la spéculation. La social-démocratie, qu'il avait en horreur, ne comprendra jamais que son interventionnisme à contretemps, toujours à contretemps puisque réagissant aux symptômes déclarés, ne réduit aucune fracture du corps social, draine le capital accumulé dans les bonnes périodes et sauve les malfaisants d'une faillite méritée, le tout sur fonds publics empruntés à l'étranger ! J'appris la nouvelle de sa mort, plongé dans Le Piège.

Par pur hasard, j'avais fait cette semaine du Piège de Goldsmith mon livre de cheval, entendez celui dans lequel je me force à oublier mon trajet quotidien dans l'inconfort des Transports Hubuchon, qui seront reconduits pour six ans par le veau francilien ! Je hais les cons et la plèbe ! J'adore les esprits clairs qui me changent du mien. Le bouquin a dix-sept ans et Jimmy Goldsmith est mort depuis belle lurette (1997). L'un et l'autre n'ont pas pris une ride, le second surtout !
Goldsmith, Marseille, même combat, ...tous les deux morts à 64 ans.
Libéralisme fatal ? tant pis !

Ce livre¹ se trouve en bouquinerie, mais aussi à la Fnac. Il nous parle du gros mensonge nucléaire, du cauchemar d'un pays sans usines et d'une agriculture malade des laboratoires. D'actualité donc ! Goldsmith était un libéral anti-maastrichien et anti-GATT (OMC) de l'école de Hayek, qui voulait que la libre pratique commerciale et industrielle soit périmétrée à un espace de développement homogène qui dans son esprit englobait toute l'Europe occidentale (ndlr: avec quelques "erreurs", mineure comme le Portugal ou majeure comme la Grèce). Il promouvait un marché commun des pays de l'Est adossé à un système d'échange bloc à bloc organisé pour hausser le niveau de vie des nation libérées, sans concurrence sauvage des ouvriers de part et d'autre.

Sir JimmyFarouche ennemi du Léviathan fédéral américain, véritable détournement du projet fondateur, et adversaire du copié-collé que préparaient les eurocrates, il brandissait l'intangibilité du principe de subsidiarité dans la CEE jusqu'à créer un Sénat européen qui ne veillerait qu'à ça. Sachant que « les législateurs légifèrent continuellement et que les bureaucrates, d'ailleurs publics ou privés, ont la particularité d'adopter comme objectif l'agrandissement et la perpétuation de leur bureaucratie », il préférait s'en prémunir au sommet, n'ayant pas confiance aux politiciens portés aux responsabilités par la démocratie d'images & communication. Un sénat libertarien en quelque sorte !
Personnellement j'échangerais bien ce sénat, "frein-électrique" de la Commission, contre notre digestoir gérontologique, ce qui viderait un beau palais pour mon roi et ses conseils.
Tout ce qu'il a prédit (avec bien d'autres) est arrivé. "Le piège se referme" est le titre d'un livre écrit par son frère Edouard en 2002 (Plon).
Trois exemples parmi d'autres : - la monnaie, - l'économie tertiaire, - la politique agricole commune.

1.- Le carcan de l'euro : Ne croyant pas à la vertu génétique des démocrates, il disait qu'une monnaie unique serait un carcan qui interdirait les ajustements monétaires comme sanction des insuffisances économiques locales. L'Allemagne (et toute sa zone deutschmark) a pensé a contrario qu'elle "forcerait" ses voisins (latins) à la gestion vertueuse de leurs finances publiques et leur transfèrerait en douce le surcoût de la reconstruction de la défunte RDA. L'Espagne, le Portugal et la Grèce subissent le carcan. La France et l'Italie vont suivre. L'Allemagne a étalé les milliards de DM de la reconstruction des länder orientaux sur tout le marché commun du serpent monétaire européen.
pièce allemande, porte Brandebourg
Personnellement et malgré le risque d'effondrement de la Grèce - qui me chaut peu -, je pense qu'il n'y a pas d'autres choix pour forcer les démagogues à meilleure gestion que l'épouvante de la banqueroute et la mise en tutelle du FMI conséquente qui dévastera la haute fonction publique. Quand des gens sérieux auront accédé aux manettes, nous pourrons rediscuter de l'autonomie financière des nations. Pour le moment, l'euro reste une sauvegarde, il n'y a pas sérieusement d'alternative.

2.- L'illusion de la croissance par les services qui faussent le PIB. Remplacer les activités de production de biens (industrie, agriculture) par des activités dépensières (santé, cadre de vie, tourisme), ou des activités financières (bancassurance) en acceptant la théorie ricardienne de spécialisation internationale et sa loi des avantages comparatifs, nourrit les statistiques économiques avant les élections, en masquant la paupérisation de la nation induite par les échanges internationaux.
Les écarts de niveaux de vie entre pays annulent ces lois de globalisation, car être forcé d'exporter biens et services à faible contenu de main d'oeuvre contre biens et services à fort contenu, revient, sans diminution de la population résidente, à importer massivement du chômage, et quand il devient structurel, de la pauvreté. Ce flux de pauvreté importée participe de l'entropie globale, les niveaux de vie nationaux à la fin de ce siècle devant être comparables à quelques nuances près pour l'équilibre global.
Lloyds de Londres
Si les délocalisations annoncées par le schéma ricardien semblent irrépressibles, il faut constater qu'elles détruisent tout notre tissu industriel de moyenne gamme, celui qui donne du travail, et ne sont remplacées par rien de durable. Et encore, Goldsmith n'a pu assister à l'émigration massive du tiers-monde non émergent vers nous, au moment où le pays marche à la banqueroute. Il serait mort deux fois.
Un grand pays doit produire lui-même la plupart de ses besoins, in situ ou ailleurs, en ajustant leur fourniture par le commerce international. Mais s'en remettre tout entier au marché, comme le fit l'Angleterre qui ne produit que du vent (parfois de l'ouragan) et des invisibles, présuppose la paix des bisounours. Heureusement pour elle qu'il lui reste le pétrole et Windsor. Ceci implique de laisser vivre chez nous les productions essentielles et donc, de les protéger en frontière. Reste à le faire intelligemment, voire à le faire tout court ! Sans en parler.

3.- PAC delenda est. L'intention initiale de produire intensivement sur place à prix garantis la nourriture dont l'Europe avait besoin, a ouvert un boulevard à l'amélioration de la productivité par la diffusion des résultats du génie génétique et de la chimie, succédant à la mécanisation à outrance. Au bout du compte ? désertification des campagnes et rupture du tissu social, dégradation en profondeur de l'environnement, animaux artificiels "malades de la peste", politique de compensations au bénéfice d'acteurs agricoles insatiables. Un grand désordre et une qualité générale de nourriture en baisse suivant la courbe des prix, sauf pour quelques happy few de la branchitude et les rescapés des communautés hippies des années soixante-dix.
le Causse
La pression écologique va heureusement renverser la logique productiviste en privilégiant les productions naturelles de proximité, pour amorcer une renaissance des campagnes. Il faudra matraquer dur le veau national pour qu'il cesse d'acheter de la merde. Peut-être ira-t-on, comme pour les cigarettes, jusqu'à imprimer sur certaines boîtes : "Peut nuire gravement à la santé ".
Les perdants, industries chimiques, labos de biotechnique et leurs innombrables experts indépendants, se défendront comme de beaux diables dans les vapeurs du chaudron de la nouvelle Inquisition, mais à terme nous aurons renoué avec le bon sens qui est de nos jours la denrée la plus rare. Il sera plus facile ensuite de promouvoir le Bien commun et sa garantie suprême.

Le troisième volet traité par le bouquin de Goldsmith est celui de l'électricité nucléaire. La question mérite son propre développement. Que choisir entre deux maux ? l'éternité de la radioactivité des éléments de centrales démantelées ou les foucades d'un bédouin de Cyrénaïque.

Tout ce que n'a pas prédit Jimmy Goldsmith mais que l'on déduisait logiquement de ses brillantes démonstrations, ...n'est pas arrivé. Il devait se méfier in pectore.

Selon la formule thatchérienne, l'aide au tiers-monde revenait à faire subventionner les riches des pays pauvres par les pauvres des pays riches. Elle avait tort. Sûr que les pauvres d'ici ont payé et paieront encore le tiers-monde pour une illusion de tranquillité, mais des pauvres d'ailleurs, beaucoup ne le sont déjà plus. Certes la loi Sevran de la bite des Noirs consomme beaucoup de fonds de développement, mais l'exemple de la Chine et des tigres asiatiques fait la facile démonstration de l'émergence d'une classe moyenne solvable au tarif OCDE, enterrant ce faisant les rapports² de la Banque Mondiale de 1992 qui les voyaient submergés par leur démographie en sous-estimant leur génie national.
Faire le riche, placer ses enfants, préserver ses vieux jours, devint le but de deux milliards de gens à l'esprit libéré des idéologies et canalisé dans la réussite personnelle. Le résultat est terrible pour nous et nos prospectivistes, mais magnifique pour eux. Ils pouffent à nos gémissements. On ne peut que souhaiter la même aventure à l'Afrique et à l'Amérique latine.
Chongqing
Mais n'oublions jamais que cette entropie générale subie par les "peuples développés" qui vont s'appauvrissant en termes relatifs, n'est que le prix à payer pour stabiliser une planète pleine à craquer, dès lors que les empires émergents disposent aujourd'hui du feu nucléaire ? Je défends cette thèse "communiste" réactualisée : plutôt pauvres qu'incinérés.

Autre prédiction qui ne cadre plus : Goldsmith fondait sur la France ses espoirs de redressement de la situation européenne, entre une Grande-Bretagne omnibulée par le dogme mondialiste qui la dévitalisait et une Allemagne confinée à la domination industrielle européenne mais protégeant la bonne santé de son marché naturel, dont son premier client et fournisseur, la France. La France d'alors lui paraissait en pleine mutation politique, abandonnant aux musées universitaires les vieilles lunes socialistes qui l'enchaînaient, et capable d'inventer une troisième voie qui ne soit pas la triste lubie gaulliste de la fusion des économies libérale et planifiée.

une mine de UK CoalOr la Grande Bretagne résiste bien. Elle reste encore le second compétiteur mondial en matière de finances et la Crise systémique n'a fait que redistribuer les cartes tirées d'un jeu neuf ; et puis, on l'oublie toujours, elle demeure un acteur pétrolier mondial incontournable, et même détient d'excellentes mines de charbon³ (fermées par le gouvernement Thatcher pour avoir la peau de la National Union of Mineworkers).
L'Allemagne est devenu un acteur industriel global bien plus mercantile que prévu, qui met sa politique étrangère en remorque de son économie, qui ne se soucie pas plus que ça de la santé de son pré carré, qui vend de la technologie sensible au tiers monde (TGV Pékin-Shanghaï), et peut même détruire certains fleurons industriels voisins si elle y trouve son avantage à court terme. Les soubresauts de la coopération germano-européenne parlent d'eux-mêmes. Daimler va lâcher EADS à qui veut payer.

Hélas pour l'espoir, la France, empêtrée pour longtemps dans ses trois déficits - en 17 ans ils ont explosé -, chargée d'une dette publique abyssale gagée sur rien d'autres que l'épargne populaire intérieure, sans rentes ni de situation, ni minière, sans idées ni projet, a décroché du peloton des décideurs mondiaux, même si le barouf élyséen cherche à masquer notre "inutilité". Les pays baltes et la Géorgie ne nous ont-ils pas "interdit" hier de vendre des bateaux de commandement à la Russie ? Ça en dit long.

Jimmy Goldsmith était également sympathique, hors-sujet. "Epouser sa maîtresse crée une vacance de poste", disait-il, mais plus sérieusement : la démocratie forcée à toute la planète associée à l'impérialisme culturel anglo-saxon est un viol des nations qu'elle déstabilise, avec des conséquences graves pour la paix stratégique. On y est en plein.
BelcastelUne nation saine doit être riche de villages, d'artisanats, d'une multitude de petites et moyennes entreprises couvrant un large spectre de métiers, ainsi bien sûr, que de grands groupes industriels ; mais le socialisme déteste la diversité et privilégie les grands ensembles dans lesquels il peut jouer sa partition en agitant le triangle de pouvoir "Etat-Patronat-Syndicats". Dling, dling, dling... Le socialisme internationaliste accouplé à la globalisation est le plus sûr chemin du déclin. On le savait, la preuve est maintenant là, au bout de soixante ans de gestion des deux partis de gauche dominants, dont l'un s'appelle "la droite" !

En conclusion, le Piège de Jimmy Goldsmith est un recueil de bon sens, écrit par un homme d'affaires crédible puisque milliardaire, qui aurait pu propulser le parti de Philippe de Villiers un peu plus loin que les 300 mosquées de Roissy. Mais la Providence en a jugé autrement ! En 1997, nous n'en avions pas assez bavé ! Peut-être nous ramassera-t-elle bientôt, dès lors que Le Piège s'est refermé ?

Note (1): Editions Fixot (Hachette) - isbn 2-87645-209-X
Note (2): Daly-Goodland (Département de l'environnement, Banque mondiale, 25.09.92)
Note (3): Pour les experts, le charbon est indispensable à tout bouquet ou scénario de transition énergétique à moyen et long terme. Les procédés modernes fournissant un combustible propre permettront de réactiver les mines anglaises (et galloises) d'anthracite.



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samedi 27 février 2010

Le Lien 31 est paru

le Duc d'AnjouRoyal-Artillerie offre à ses lecteurs ce beau portrait du duc d'Anjou, mis en ligne sur la page Facebook de l'Institut de la Maison de Bourbon. Cette 31° livraison du Lien Légitimiste qui ouvre le carême manque un peu à la charité de circonstance, mais n'est pas piquée des hannetons. Ceux qui ne se sont pas abonnés au Lien perdent vraiment quelque chose. On dit que des orléanistes patentés le reçoivent chez des amis pour connaître heurs et malheurs de la "Maison de France". Cette fois-ci, la "fête à Gaston" les rembourse de leur (modeste) investissement. Malheureux faux-dauphin à peine né et déjà impliqué dans la querelle dynastique des grands. Mais son prénom n'est pas non plus "cadeau" qui remonte au frère déloyal de Louis XIII, sinon résonne quelque part dans le "téléfon ki son". Le signe du scorpion le sauvera !

Temps pourris... titre Villèle à la une du Lien, et de nous donner d'entrée le goût des néologismes de sens. Je découvre la "parasélite" qui précipite les vocables parasite et élite. C'est bien trouvé et sa définition est encore mieux :
Parasélite désigne les individus appartenant aux classes sociales favorisées, dirigeantes et médiatiques, n'ayant ni le goût ni la compétence à gérer le Bien Commun. L'élite étant la fleur d'une société, la parasélite forme un clan de notables usurpateurs, idéologues, portés par l'ambition personnelle. L'oligarchie au pouvoir s'illustre dans la parasélite.

On effleure alors le futile débat bessonnien de l'identité française qui se limite in fine à l'exaltation des valeurs républicaines. Si 1793 fut l'an I de la République, il ne fut pas l'an I de la France ainsi que le laisse croire les gens en place qui captent l'héritage, comme nous le montre plus loin la récupération du quadricentenaire d'Henri IV par la cellule "Com" de l'Elysée. Finement analysée, elle fait dire à Gérard de Villèle que « dans nos interventions extérieures au milieu royaliste, il faudra pouvoir faire des comparaisons et donner des explications inversement tendancieuses à l'aperçu du poulet présidentiel* et aux diverses manifestations républicaines et laïques que devra subir la mémoire de ce roi ». Gageons que d'aucuns, anarchistes voire libre-penseurs, promouvront en revanche la mémoire de Ravaillac qui les débarrassa de ce roi consensuel. Quel mescladis à venir !
* On y reconnaît la patte de Guaino, Sarkozy étant incapable de synthétiser tout ça.

TremoletMais le meilleur suit. Le baron Pinoteau a failli s'étouffer à la chronique des gaffes en série de maître Trémolet de Villers, transporté d'extase dans Présent, par l'avènement d'un Gaston Premier dont « le couple (Jean et Philomena) menace les Français si leur cause arrive à ses fins ». Pinoteau est en verve, qui nous en fait deux pages et demi, écrit serré, et m'apprend incidemment qu'Henri d'Orléans portait à Senlis la décoration de la Légion d'Honneur qui ne lui avait pas été encore remise par le Chef d'Etat qu'il entend remplacer. Personnellement, j'avais plutôt noté le port du makila, arme déplacée au mariage de son propre fils. Je partage aussi l'étonnement du baron à l'instrumentalisation récurrente de la mort du sous-lieutenant François en Algérie pour asséner l'esprit de service à l'auditoire, et déplore l'amalgame que fait son frère entre cette fin tragique et la peine de coeur que nous savions. Tant de familles ont été dévastées sinon terminées par les deux guerres mondiales sans jamais prétendre à l'exception. Il y en eut trop !

Comte de Paris à SenlisOn sort de chez Pinoteau un peu secoué, en regrettant seulement qu'il utilise par deux fois l'argument d'autorité, qui affaiblit toujours la meilleure démonstration. Qu'il reçoive le Boletin de la Real Academia matritense de heráldica y genealogía en tant qu'académicien correspondant étranger coûte quatre lignes à l'article pour rien ; de même que doubler explicitement son courrier à Trémolet de Villers d'une copie à la rédaction avec prière d'insérer au motif que « je connais son illustre mentor depuis plus de 40 ans, et que je lisais sa prose il y a 59 ans à Cherchell pour devenir aspirant » fait ... petit joueur ; car l'avocat dithyrambique n'en mérite pas tant, se ridiculisant de lui-même.
L'humeur vindicative n'excuse pas non plus le cuir morganatique à l'endroit de Mlle de Tornos y Steinhart, parce que « par les temps qui courent » et ont couru, l'épouse du prince Jacques-Henri n'était pas de sang royal, il s'en faut de beaucoup, et encore moins celle du prince Alphonse son fils. Mlle Vargas y Santaella, aussi charmante qu'elle soit ne descend pas non plus d'un conquistador royal. Il y a évolution des moeurs pour renouvellement des plaquettes.

C'est Yves Méra qui fait l'interlude à mi-chemin. Non seulement c'est un teigneux de la plus belle eau mais en plus il a du style. L'opposition royaliste en mairie d'Héricourt restera dans les mémoires et les minutes. Il a fait condamner le maire par le tribunal administratif de Besançon pour l'y forcer ! Une page de pur bonheur.

abbé MichelJe passe sur l'analyse pertinente du numéro précédent, mais qui a maintenant quatre mois, par le fondateur du journal, Jacques Rolain. Apparemment il s'est mis à Internet et semble s'y plaire. Je passe pour aller comprendre l'affaire de Thiberville décrite en détails (croustillants) par l'ancien cérémoniaire pontifical du cardinal Veuillot, Claude Timmerman. On est au coeur de la lutte sourde entre l'épiscopat progressiste français emmené par le cardinal Vingt-Trois et le Vatican du motu proprio, et on comprend pourquoi c'est le second qui va gagner parce que beaucoup plus retord que ne l'anticipaient les prélats gallicans. Ratzinger a fait ses classes à la Sainte Inquisition, rebaptisée pour plaire aux gentils, ils l'ont oublié. Timmerman nous en met deux pages et demi que l'on relit aussitôt pour emmagasiner toute l'histoire.

logo ARAprès Gérard Guillotel qui entame la genèse du concept de légitimité par la déclaration de Philippe V d'Espagne au pape Clément XI en 1720 (dont post-Utrecht), le 31° livraison se termine par une explication du schéma institutionnel prôné par l'Alliance Royale. C'est le déroulé de la plateforme politique qui est en ligne sur le site du parti. Si j'aurais aimé un rewriting plus pédagogique - le texte original est affaibli en portée par un ton de décret-loi un peu difficile pour les esprits simples - je persiste à mettre en cause l'assemblage Premier ministre - Ministre d'Etat - Garde des Sceaux dans les structures concurrentes que sont le Gouvernement, le Haut Conseil et le Ministère d'Etat. Les textes organisant les compétences respectives sont clairs mais insuffisants pour la bonne raison qu'ils seront mis en musique par des hommes, naturellement enclins à pousser les marches de leur "empire" et à favoriser la primauté de leur influence auprès du roi. Il sera intéressant d'en débattre à l'occasion, tranquillement entre deux élections.

Le présent billet n'est qu'un aperçu du Lien Légitimiste. Abonnez-vous si ce n'est encore fait. Un tarif de dix euros pour six éditions électroniques, c'est vraiment donné, vu la masse d'information et la rigueur de traitement.

Le Lien Légitimiste
Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche - Saint Martin

(votre chèque à l'ordre du Lien légitimiste)


les ducs d'Anjou


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jeudi 11 février 2010

Actualité de l'Ancien droit

logo RFIJ'ai décidé d'archiver ce texte sur Royal-Artillerie après en avoir reçu l'autorisation de l'auteur. Ce texte est désormais diffusable librement sous réserve d'en révéler la source par un lien actif vers http://www.lys-de-france.org/ (et non pas vers Royal-Artillerie !).
Le 21 janvier 2010, le Président des Lys de France était l’invité de RFI (Radio France International) pour débattre sur « le prétendant à la Couronne de France ». Son interlocuteur, Jean-Sébastien Robine, rédacteur en chef du magazine « People & Gotha » et conseiller du Comte de Paris, faisait reposer son argumentaire sur sa reconnaissance présidentielle et affirma que la fonction essentielle d’un prince était d’être « le gardien de la mémoire historique de la France ». C’était ignorer les lois fondamentales du royaume et l’idéal du prince justicier, l’histoire du Droit se confondant avec l’histoire de la monarchie. Plus de deux siècles après la fin de l’Ancienne France, la monarchie est toujours d’actualité. Certaines lois votées récemment en attestent.
lys aux lauriers des LDF
Ainsi, le 26 janvier 2010, l’Assemblée nationale a voté une loi reconnaissant l’inceste¹ comme un acte criminel. Pourtant, les légistes des Lumières, rédacteurs du Code Pénal de 1791, l’avaient aboli au nom de la liberté individuelle car ils estimaient qu’il s’agissait d’un crime « religieux » au même titre que le blasphème, le suicide, l’adultère, la bestialité ou le sacrilège : ces infractions relevant uniquement de la morale religieuse issue de la chrétienté. Bien entendu, cette « laïcisation » du droit était conforme à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui en son article 4 proclame que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Ces dépénalisations seront confirmées en 1810 par le Code Pénal voulu par Bonaparte, fils de la Révolution. Quant à la bestialité (ou zoophilie), il faudra attendre 2004 pour voir le législateur, au nom de la protection des animaux (!) la réinscrire dans le droit pénal.

cour d'appel de DouaiDepuis l'ordonnance criminelle de 1670 de Louis XIV, le Parlement connaissait l’appel du jugement pénal condamnant l’accusé à une peine corporelle (condamnation à mort, galères…). Ce double degré de juridiction sera aboli à la Révolution. Les réformateurs ont alors institué la cour d’assisses avec un jury populaire qui désormais, « Au nom du peuple français », rend un jugement incontestable : le peuple souverain ne pouvant pas se tromper. Mais, en 2000, sous la contrainte de la Cour européenne des droits de l’homme, la France a rétabli le double degré de juridiction en instituant pour les condamnés la faculté d’interjeter appel. En 2002, après 15 ans d’emprisonnement, Patrick Dils a été le premier condamné à exercer un recours devant la cour d’assisses d’appel, il sera acquitté et indemnisé pour l’erreur² judiciaire subie.

Jean ChouanAinsi, nous réalisons que derrière les « beaux » principes d’humanisme et de justice se cachent de réelles dérives républicaines. Tandis que la Révolution française affirmait défendre les libertés individuelles, un décret en 1791 déportait les prêtres réfractaires. Puis, la loi des suspects (1793) condamnait ceux qui « n'ayant rien fait contre la Liberté, n'ont rien fait pour elle ». Que dire aussi de cette loi démocratique qui appelait « les soldats de la Liberté à exterminer les brigands de la Vendée », une « spécificité » française car ni les nationaux-socialistes ni les communistes ne légiférèrent sur l’extermination.
Le 21 février 2007, Lionel Luca déposait une proposition de loi relative à la reconnaissance du génocide vendéen. Depuis, le Premier ministre, citoyen de Solesmes, ne l’a toujours pas inscrite à l’Ordre du jour de l’Assemblée. Il serait attristant d’en déduire qu’il s’agissait d’une sordide manoeuvre électoraliste prise à quelques semaines de l’élection présidentielle afin de s’assurer le soutien de l’électorat du vendéen Philippe de Villiers !

carmélites à l'échafaudEnfin, les Lumières voulaient bannir l’arbitraire³ dans les affaires criminelles. Au contraire, la loi du 22 prairial supprima les droits de la défense et tous les justiciables découvrirent le sens du mot « égalité » lorsqu’ils entendirent la seule sentence possible : la mort. Ainsi, les treize Carmélites de Compiègne seront condamnés à monter « à l’autel des martyres » après avoir été reconnues coupables « de former des rassemblements et des conciliabules contre-révolutionnaires, d'entretenir des correspondances fanatiques et de conserver des écrits liberticides. ». Lorsque sœur Henriette de la Providence demanda ce qu'il fallait entendre par le mot de « fanatique », elle reçut cet aveu qui devait les remplir d'une joie indicible : « J'entends par là votre attachement à ces croyances puériles, vos sottes pratiques de religion ». A ce jour, malgré les nombreux martyrs de la foi reconnus par l’Eglise, la République française, pourtant responsable de ces crimes, n’a toujours pas fait acte de repentance... Au contraire, elle continue sa politique christianophobe (loi sur le travail du dimanche, suppression du caractère férié du Lundi de Pentecôte - rétabli à la veille des élections municipales -, politique « raciale » ou de la « diversité » au dépend des chrétiens…).

Note (1): dans les travaux préparatoires, François Zocchetto (Centriste) a souligné qu’un viol qui serait commis par un fils sur sa mère ne serait pas qualifié d'incestueux. Dans ces conditions, il a souhaité que le paragraphe inséré dans le code pénal soit intitulé « De l'inceste commis sur des mineurs ».
Note (2): Francis Holmes sera convaincu du double meurtre d'enfants.


louis d'or du roi
Voilà ! Ce texte, s'il n'est pas fon.da.men.tal, est très juste de ton et porte très bien l'intention de l'invité à l'émission radiophonique. On aimerait toujours voir autant d'aisance et de clarté dans les interventions royalistes sur les médias. Merci au président de Lys de France, Nicolas Chotard qui ne compte ni peines ni soins à la défense du roi en France, du Roi de France.

L'émission elle-même doit être archivée chez Radio France. On accède à un podcast par le lien copiable ci-dessous que je donne en clair, mais je n'ai pas réussi personnellement à le charger (un pb de lecteur chez moi) :
http://www.rfi.fr/contenu/20100121-monarchie-quel-pretendant-le-trone-france

Ndlr (3): on peut se référer aux retentissants procès voltairiens, Calas, Laly-Tollendal, Sirven, etc...


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lundi 1 février 2010

Billet du mois : l'opportunisme

tract CRAFLa pénibilité de l'agit'prop royaliste devrait valoir aux militants une retraite anticipée, au moins des points de bonification. Cent ans de combat de société mené de main de maître par la crème intellectuelle du temps, relayé sur le terrain par des militants opiniâtres, courageux et bien formés, aboutit à l'enfouissement en décharge politique de l'idée de restauration monarchique qui, à entendre ci et là le niveau des questions posées par le vulgum pecus, n'est familière à quasiment personne dans ses principes les plus évidents. Les monarchies qui nous entourent nous évitent heureusement les quolibets sur la tyrannie du prince ou la mise en coupe réglée du pays par l'aristocratie nobiliaire. Mais que de clichés quand on nous aborde ! Sauf qu'on ne nous aborde pas si souvent.

tag VLRLes esprits forts débinent la démarche de l'Alliance Royale au motif que la monarchie ne reviendra qu'à la faveur (façon de dire) d'une rupture politique grave, consécutive à une crise majeure économique ou sociale ou pire, et jamais par l'élection. Les chapelles se préparent-elles à prendre leur avantage au moment critique de sauver la nation ? Beaucoup le croient. Avec quel prince, quel volontaire, pour une sorte de "coup d'état", et selon quel processus, est une autre affaire, qui nous dépasse.
Ce projet indéfini apporte au mouvement une culture de la crypte qui est néfaste parce qu'elle empêche par essence la recherche d'un consensus populaire sur le retour du roi. Comme il faut bien occuper les jeunes qui, à cet âge, sont normalement impatients, on compense le déni de propagande de masse par l'action de quelques brigades urbaines qui collent et tractent, et produisent du matériel de très bon niveau sur Internet, même si l'outrance fréquente, inséparable du genre, amoindrit un peu la pertinence du message.

tract UDTMais il n'y a pas que les jeunes qui soient impatients. Les vieux monarchistes aussi sont en droit de s'interroger sur la justesse de la voie d'accès tracée finalement en dehors d'eux. Les chapelles peuvent-elles se remettre en cause sur leur démarche militante, sur leur projet politique, au simple énoncé de leur nul effet à ce jour ? Il ne semble pas. Nous n'irons pas jusqu'à dire que la direction d'une chapelle est somme toute plus confortable que celle d'un plus grand mouvement politique, avec ses courants, ses ambitions personnelles, ses problèmes pécuniaires et forcément l'acharnement de ses ennemis, mais nous l'avons dit !
Or les Contes de la crypte, depuis si longtemps que nous en tournons les pages, n'ont pas de happy end. Il n'est pas besoin d'avoir poussé à "bac plus dix" pour subodorer qu'en ce XXIè siècle, le retour du roi passera par un plébiscite ou autre voie de consentement du peuple, obtenu soit préalablement, soit après un accès d'aubaine. Soutenir autre chose est tromper son monde, et je pense d'abord aux jeunes militants qui se donnent à fond dans la propagande royaliste. C'est sur cet axe réaliste d'acclimatation de la monarchie que se situe la frêle Alliance Royale qui ces jours-ci est à la peine. Elle est handicapée par sa taille, par le schéma étatique complexe qu'elle promeut, et par son "indépendance dynastique", mais la ferveur demeure. Il y a néanmoins une autre voie.
La suite du billet qui va décoiffer un peu, excusez-nous d'avance, est quelque part par ici.
[Billet "La Couronne d'argent d'abord" du 28.02.07]


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