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mardi 27 septembre 2011

Projet de Projet pour la France

Un pays qui n'équilibre jamais ses échanges depuis dix ans est un pays qui saigne. Quand nous achetons cent dollars de quoique ce soit nous n'en vendons que pour quatrevingt-cinq. Les quinze qui manquent pour faire bouillir la marmite, nous les empruntons au-dehors, à tel point que la masse salariale de la fonction publique n’est pas complètement abondée par l’impôt. Une partie du traitement de chaque fonctionnaire est empruntée à l’étranger. Pourquoi se moque-t-on de la Grèce ? Normalement en droit naturel, prodigalité et oisiveté conjuguées sont passibles d'un grand coup de tomahawk sur le crâne après la prière de routine ! Notre génération babyboom est à tuer !
Avant que l’on distribue du Soleil-Vert à tout le monde par tirage au sort des numéros SS, nous devrions faire cadeau à nos héritiers d'un Projet qui remette ce pays dans l'axe de son influence traditionnelle, et quoiqu'en pensent les disciples de Charles Maurras, tout commence par l'économie.
De l'économie vient la puissance. L’intendance ne suit pas !
Les vaincus de la Seconde Guerre mondiale ont été politiquement nanifiés, ce qui a libéré leur énergie économique. Qui en 1945, sur les ruines fumantes de Berlin et de Tokyo, aurait prédit que ces deux nations deviendraient les deuxième et troisième puissances économiques mondiales dans le temps d'une seule génération ? Deux générations plus tard, ce sont les masses grouillantes du vieil empire céleste qui, à force de travail, redonnent à leur pays sa prééminence ancienne et sa richesse ancestrale. Au triptyque fameux… le travail vient d’abord. Souvenons-nous en !

Le Projet dont nous parlons aujourd’hui pour la France est, en résumé, de réduire et refonder l'Etat, pour distraire des ressources fiscales vers les domaines d'avenir parmi lesquels l'instruction publique et la recherche sont à privilégier. Peut-être devrons-nous mettre un mouchoir sur notre fierté et chercher chez nos voisins des modèles déjà testés qui marchent bien, cela nous fera gagner du temps, dont on n'a pas de reste. La Réforme peut se faire dans une loi-programme de dix ans après la rupture initiale de régime, à moins que l’on importe le nouvel Hercule, quelque Poutine ou Thatcher, auquel cas nous irons plus vite, avec un peu plus de morts (ou de déportés aux Kerguelen).

Ramenons dans un premier temps l'Etat central sur son périmètre régalien et renforçons-le afin que ces fonctions soient assurées réellement, sans être à la merci des alternances et caprices politiques, mais aussi des crises extérieures.
Il faut commencer par la justice. Le procès avorté de Dominique Strauss-Kahn a mis en lumière le vieil adage de cavalerie : si vous faites une connerie, faites-la vite ! Et le procureur de New-York jugeant l'impasse n'a pas tergiversé. Pas plus d'ailleurs quand il fallut entendre la plainte d'une femme de chambre peuhl. Cette justice populaire américaine nous a montré son équanimité et son souci de la dépense, et nous a fait douter de la nôtre qui n'en finit plus d'avancer sur les dossiers. Citons… ou ne citons rien il y en a trop, des années de procédure à se demander si les chargés de l'instruction y comprennent quelque chose. La Suisse dépense 140€ par an et par tête de pipe pour la juger, l'Allemagne dépense 106€, le Grande Bretagne 75 et la France 58 ! (source). S’il faut une meilleure organisation c’est d’argent dont on parle d’abord. Inutile d'épiloguer.

Vient ensuite la police. Comparable en effectifs à celle de nos voisins, elle est sous-équipée, mal commandée et démotivée. Elle subit sa condition d'enjeu politique, surtout depuis que le chef de la police est entré à l'Elysée. Les critiques fusent de partout pour l'atteindre lui à travers elle, et la réplique, faite d'effets d'annonce, est pire encore. C'est dans cette fonction que l'on peut le mieux juger de la pertinence de l’extraction d’une institution centrale hors des joutes politiques et donc du domaine public. Efficacité à coût constant. Il faut rééquiper notre police nationale, hausser le niveau de recrutement en même temps que celui des missions, et faire le ménage dans l'encadrement, accaparé par la carrière et les statistiques. Et bientôt lui faire confiance dès qu’elle aura retrouvé sa fierté.

La guerre est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux militaires. C'est un peu vrai à voir les "monstres" que nos ingénieurs de l'armement produisent au jus de crâne, mais qui restent sur étagère car personne n'en veut. Les armées sont des organisations de temps long très mal gérées par les cabinets politiques de temps court. Les lois-programmes sont contournées par l'altération des crédits de paiement, le report des tranches, les transferts entre crédits d'investissement et crédits de fonctionnement, etc... Elles sont gérées sur une onde porteuse de pénurie dans le grand style des gouvernements rad-soc d'avant-guerre. On déclame à la Chambre et derrière on ne paie pas ! La fonction polémologique (dès fois qu’on me proposerait à l’Académie) doit être retirée à la dispute parlementaire, et l'armement défini par le combat et non par des rêves de grandeur. Nous savons tout faire et rien vendre. Une défense libérée des bégaiements ministériels et des injonctions industrielles pourra être durcie à coût constant afin d’atteindre un jour le cœur de cible qui est d’inspirer la peur. On pourra y revenir à l’occasion mais le Livre Blanc de Morin était une bonne base.


Reste la diplomatie. Nous avons une belle diplomatie que nous aimerions plus active, si encore les lobbies de tous ordres ne la doublent pas en permanence, comme le disait Jean-Christophe Rufin, de l'Académie française, ancien ambassadeur de Kouchner au Sénégal, débarqué pour inassouplissement de l’échine. Pour lui, Wade est une crapule, je partage. Avouons aussi qu'il n'est pas facile d'être l'ambassadeur de la Vulgarité quand vous avez un Balkany qui est chez vous chez lui, ou que votre action est filtrée par des Sirven, Falcone ou Papamadi Mitterrand pour ne pas entrer dans les dossiers en cours où nous croiserions tout le Levant des Echelles. Réhabiliter l'autorité de nos ambassadeurs est aussi important que d'éradiquer la corruption de certains consulats (?!).
Le ministre à la tête du Quai doit être compétent et passionné, connaître la trajectoire propre à son pays et avoir une prescience des évolutions. Le mettre en tutelle d'un conseiller élyséen en soupente est le plus sûr moyen d'épandre un certain autisme par tout le réseau et de saper l’autorité. Un pays un peu plus ambitieux que les autres mais disposant de moyens limités doit avoir l’excellence pour de vrai à la tête de sa diplomatie. Par chance nous ne sommes pas trop démunis.

Normalement arrivé à ce point, on fait un paragraphe sur la souveraineté monétaire. La monnaie étant sortie du champ public français pour cause de gabegie éhontée, nous économiserons l'espace et reviendrons sur le sujet dans vingt ans.

Le contre-pouvoir
Il y a une contrepartie à tout ça, que l’on appelle le contrôle des pouvoirs et les contre-pouvoirs. L’histoire a démontré que le despotisme éclairé est aussi rare que le génie. Le domaine régalien ne peut être la clôture des carmes déchaux. Si le domaine est dirigé, comme nous le dirons plus bas, par un cabinet d’hommes d’Etat pénétrés de leur fonction, il est financé sur l’impôt et donc par les contribuables. Il n’est pas envisageable de ne pas le contrôler a posteriori. La jauge la plus honnête est une culture du résultat, l’honnêteté des comptes étant assurée par la cour éponyme.
Il y a un vrai contrat moral à passer entre la Société et l’Etat régalien. La première remet entre les mains du second l’essence même du vivre-ensemble et se promet de ne pas le perturber par les caprices de l’Opinion, à charge pour lui de rester à sa place. C’est beaucoup demander à la Société, sachant surtout que la convalescence de l’addiction à l’Etat-nounou sera longue. Il est donc préférable que ce domaine régalien ne soit pas muré dans ses certitudes mais parle à dates convenues avec des représentants de la société qui lui transmettront leur vision de choses de l‘extérieur. Ce pourrait être la fonction d’un Sénat, représentant des territoires, ramené à des proportions compatibles avec le budget disponible. Le Sénat américain n’a que cent sièges. Arrêtons-nous à cent sièges.


Qui gouverne ?
L’exécutif « régalien » est organisé dans la plateforme politique de l’Alliance Royale. La construction date d’une époque moins bridée par les contraintes financières. Autant faire simple. Les ministères régaliens et les institutions transversales primordiales* doivent être coordonnées par le cabinet d’un ministre d’Etat. Et de plus, rien n’est besoin.
(*) Banque de France, Budget & Fisc, Cour des comptes, Conseil d’Etat, Insee…
La plateforme politique de l'AR est accessible par ici.

Ceci étant clair – quelle chance de faire des réformes par blog ! – comment en profiter ? La société civile libérée peut alors développer tous les atouts de notre économie (voir le billet correspondant en cliquant ici), l'Etat central assurant sans faiblir ses fonctions régaliennes dont il a déchargé le domaine public. Ce niveau « subalterne » est réglé par le principe de suppléance chaque fois que les individus, familles ou corporations ne peuvent faire avancer les choses de leur mouvement propre et remontent l’appel à solution à l’étage supérieur. Principe équilibré par le principe de subsidiarité qui recherche le plus bas niveau possible pour l’action publique dans un esprit de non-intervention. Tout le contraire de ce que nous subissons aujourd’hui où l’Etat est partout jusque dans les alcôves.

Le domaine public
On aura compris que la Société civile va dès lors s’autogérer dans son champ de responsabilités que l’on définirait ainsi : tout ce que nous voulons faire tous ensemble en dehors du domaine régalien. Nous l’appellerons « domaine public ». Dans ce domaine tout est à construire ou à finir de construire puisque le chantier de nos infrastructures administratives reste ouvert ad eternam : la décentralisation est en mouvement perpétuel. On oscille entre la satrapie régionale, la banque du défaut social de l’Etat central, la chambre d’investissements sans crédits, la seconde chance des battus de première division. L'arrivée de la Gauche au Sénat va bloquer la simplification du mille-feuilles, ou en bâtir un autre.
Il faut choisir entre la länderisation effective du territoire et l’uniformisation napoléonienne qui a fait aussi ses preuves dans l'édification d'un état moderne. Sans m’être fait une religion, je pencherais pour la seconde en l’état, à voir l’importance des doublons et des gaspillages, pour ne rien dire de la corruption locale et du népotisme généralisé. On ne peut annuler ces dérives que en remettant tout à plat et en régionalisant le budget et les impôts. Que le contribuable soit appelé à juger du développement de sa région dans les urnes plutôt que de s’exprimer sur la politique étrangère du pays !
Si a contrario l’Anschluss se précisait, un territoire ländérisé serait de meilleur assemblage avec notre cousin germain. Donc, ça reste ouvert.

Les infrastructures administratives du domaine public étant choisies, il serait à mon sens bienvenu de faire une large place à la démocratie directe, comme en Suisse. Rapprocher les pouvoirs élus des citoyens est un gage d'usage de cette denrée indéfinissable qu'est le bon sens. C'est toute l'histoire de notre déclin qui aurait pu être économisée, en termes de dettes sociales, valeurs civilisationnelles, gabegie évidente à tous étages (rapport annuel de la Cour des Comptes) sans parler du ridicule de certaines postures et lâchetés de classe qui emplissent les gazettes.

Dans ce domaine public "autogéré", il est deux exigences impérieuses à respecter pour l'avenir de ce pays en concurrence féroce avec toute la planète. C'est l'amélioration de l'Education générale et universitaire, et le renforcement de la Recherche & Développement. Nous ne partons pas de rien. Il est d'excellents points d'appui en France, mais nous sommes encombrés de bien trop de tabous hérités d'une part de la bolchévisation de la filière, et d'autre part de la suffisance des grandes écoles, qui exposées au grand jour du grand monde ne le sont pas tant que ça. En fait, c'est tout le but de ce projet de Projet, privilégier l'esprit qui pour le moment est notre seule rente.

En résumé, le Projet consisterait à bien délimiter et durcir le domaine régalien que l'on arrachera aux joutes démocratiques pour le confier à une autorité légitime indépendante des partis. Ces fonctions essentielles étant dès lors assurées quoiqu'il arrive, il ne s'agira plus que de libérer les domaines économique et public de toutes entraves politiciennes en faisant confiance au génie propre de cette "race", mais dans le cadre d'un contrat de résultat entre la Société dans son ensemble et les parties vives de la Nation.
Ce blogue promeut la solution monarchique pour faire précipiter ce domaine régalien en un composé homogène, sans s’appesantir à nouveau sur les avantages de ce régime (continuité du projet national, dignité, autorité morale naturelle, consensus minimum, représentativité de la nation). Tout le reste du pays étant livré à une bienheureuse anarchie.
L'autorité en haut, les libertés en bas (Ch. Maurras).

samedi 20 novembre 2010

Assises royalistes... ce que nous en ferons

Le Groupe de Liaison Royaliste peaufine son programme pour les Assises printanières à venir. Après un débat qui s'est déroulé sur le forum de SYLM pour savoir de quoi il retournait depuis tout ce temps où l'on parle d'Assises, un communiqué est annoncé par un responsable du GLR, qui sera édité en décembre si tout va bien, par les Manants du Roi, organe officiel du groupe. On espère que la "convocation" sera la plus large possible, sans exclusive, jusqu'aux sensibilités légitimistes et providentialistes, et que les royalistes inorganisés seront nombreux à venir - ils sont et de loin les plus nombreux !
Il sera utile à tous les intervenants que l'enquête produite par SYLM à ses frais, L'Etat des Lieux du Royalisme en France, soit versée au débat dès le départ afin d'ancrer les discussions dans les réalités présentes. On peut espérer aussi que nous ferons l'économie de conférences "historicisantes" - grande spécialité d'un microcosme à rétroviseurs - c'est le futur devant le pare-brise, la vie, qui nous inquiète, la Chronique de la Maison des Morts pourra attendre un peu. On lira avec profit le communiqué de SYLM du 6 novembre 2010 (pour ceux qui ont le code).

Si les Assises concluaient à une queue de trajectoire commune, quels que soient voies et moyens d'y parvenir, le mouvement royaliste aurait fait un pas en avant historique. Nous ne nous entendrons jamais sur ces voies et moyens - il y en a tant -, mais nous pouvons converger sur un PPCD (plus petit commun dénominateur) qui pourrait être à mon sens le retour d'un roi dans le domaine régalien, investi d'un, de deux, trois, quatre ou cinq pouvoirs du dit-domaine. Le type de régime d'habillage importe moins que le but ultime, et chacun promouvra le meilleur, tout en respectant la "solution" d'autrui dès lors qu'elle converge. Comme avait-dit Anna de Noailles à propos du Martégal : «Qu’importe que l’on diffère d’opinion sur les hommes, les événements, les idées, si l’on est d’accord sur les dieux».

C'est un peu comme la sphère bouddhique. La bouddhéité est cachée au centre de la sphère et chaque point d'entrée à l'extérieur de l'enveloppe est légitime si l'on décide de ne suivre que le rayon droit qui va au centre. Il est réputé inutile de sauter d'un point à l'autre sur la sphère, il faut entrer. D'où la signification de "pagode" dans le lexique bouddhique comme "lieu de passage" (way place ou Stargate :)

Un roi dans le domaine régalien ne choquerait pas le vulgum pecus, littéralement abruti par les délires du culte démocratique de la personnalité. Michel de Poncins a sorti un article remarquable (entre autres tout autant remarquables) sur la vacance du pouvoir, qui devrait être affiché comme un dazibao sur la porte des mairies ! Suffit-il de démontrer ces délires en évitant au début de prononcer le mot tabou ? La farce démocratique ?  Il y a une thématique à créer pour ramener le bois flotté de la démocratie en faillite, nos concitoyens, vers la rive royaliste. Cette thématique active serait plus utile que les rouspétances éternelles qui n'intéressent plus personne au-delà d'un cercle de ronchons.
Elle consiste à adapter le discours à notre époque, prendre en compte les connotations défavorables, se couper du passif - sorry, le Maréchal n'est pas vendeur - , et à enchasser les principes moteurs du royalisme dans la société multiculturelle française d'aujourd'hui. Cela fait beaucoup de mises à jour à créer, car les penseurs de jadis sont trop souvent inassimilables par les lecteurs ou les auditeurs de maintenant.
Il faut donc créer. En attendant que nos penseurs de demain éditent la nouvelle doctrine, quel est-il ce domaine régalien ? Quel est le niveau d'implication attendu du chef permanent de l'Etat ?

(A) Il y a cinq pouvoirs régaliens dont quatre sont aujourd'hui disponibles :
- Justice haute
- Armées
- Police nationale
- Diplomatie

Le cinquième est de battre monnaie.

(B) L'implication du chef permanent de l'Etat est simple à définir : il nomme les présidents des cours et tout ou partie des ministres "régaliens", et il s'arroge le droit de remontrance et de veto. Il ne s'implique jamais dans les affaires courantes pour préserver sa dignité, son statut de référence au dessus de la mêlée partisane et celui de juge du dernier ressort.
Reste à mettre l'équation en image avant de décider l'opinion à laisser passer le roi. Le schéma politique de l'Alliance Royale est le seul qui ait osé faire cela. A mon avis il est trop compliqué mais c'est une base unique en son genre.

La création de cette image du pouvoir suprême doit tenir compte des tabous en vigueur, ce que le GLR appelle "la réalité que constituent nos concitoyens". Mais c'est à partir de là que les divergences de notre bord prennent des proportions insurmontables. Du régime théocratique des ultrabrites du légitimisme incandescent à la souveraineté gaullo-marxiste de la NAR, rien n'est miscible, tout est groupusculaire, frôlant le ridicule. En plus, la petite forêt des théories s'est pétrifiée, faute d'exploitation concrète. Moins a-t'on de monde à convaincre, plus raide est l'intransigence.

Une solution hunnique serait d'éradiquer les sources d'émission de ces divergences, c'est-à-dire les chapelles créées par la parthénogenèse des grosses têtes, chapelles qui ne représentent plus qu'elles-mêmes, à ce que nous montre le sondage préalable de SYLM, et que confirment les effectifs¹ squelettiques réunis aux diverses universités d'été et dans bien des manifestations "limitées" à cinquante - c'est magique ce chiffre indépassable.
Un projet monarchique minimum commun serait alors proposé aux fidèles inorganisés, sans passer par le crible des pharisiens qui n'y chercheront que le diable, et la concrétisation de leur assentiment serait recherché dans une cotisation à une structure constituante neuve chargée d'encaisser, et d'aboutir sur une construction de structure permanente oecuménique abritant les outils de communication du projet précité.

Maintenant la question à dix dollars taïwanais : celle que pose immédiatement l'Opinion convoquée à bader notre génie naturel de physique sociale : qui est le prince ?
Si je chausse les lunettes de l'Opinion, je ne vois personne, hormis pour certains lecteurs de Point de Vue l'éternel prétendant d'Orléans qui meuble de péripéties familiales l'ennui de sa "fonction". Les Assises 2011 du royalisme français ne trancheront pas la question dynastique car la Querelle est un moteur puissant pour faire tourner les chapelles. Eradiquez l'orléanisme et Orléans, et les chapelles légitimistes s'abîmeront dans les psaumes de la Transcendance et de la Révélation jusqu'à disparaître de la scène publique par l'attrition naturelle de ses cotisants. Retirez le Bourbon franquiste de l'échiquier virtuel et les gaullo-marxistes bien en cour - on comprend pourquoi dans notre beau pays soviétisé - prendront tout l'espace AF derrière le "prince rouge" revenu (hilarant). Gaz !

Les efforts (toujours méritoires) qui suivront la première session des Assises pourraient rester donc vains, car s'ils aboutissent même à une pacification du territoire royco, la sacralisation du préciput d'aînesse demeurera et les revendications concurrentes resteront appuyées sur des arguties d'autant plus intouchables qu'elles seront moins fondées. Chacun creusera un peu plus sa tranchée, et l'Alliance Royale, qui veut zapper le choix dynastique au motif de ratisser plus large sur les seuls principes, se brisera sur cette question préalable. Elle a miné la pré-campagne présidentielle de Yves-Marie Adeline, avant qu'il ne déraille sur les parrainages.

La Querelle pourrit tout.
Mais une monarchie "dogmatique", portée uniquement par ses principes, sans visage et donc sans affect, n'a jamais existé nulle part. C'est le régime le plus personnalisé qui soit, carrément voué au culte de la personnalité, ce qui soulève de bien difficiles questions de la part des sceptiques non abonnés à nos revues. Toutes les dynasties françaises ont été créées par l'ambition d'un homme ou d'une famille capable de gouverner, en position d'accéder à l'instant T et y réussissant. A l'inverse des Républiques, aucune dynastie ne fut numérotée, elles n'étaient pas portées par un dogme immanent qui les aurait laissées se succéder au fil des accidents de l'Histoire, puisqu'on ajustait les Lois² à chaque rupture. De Mérovée à Capet, elles portent toutes le nom de leur fondateur. Le roi tire le char ou disparaît. Le scalp de Childéric III, la décapitation de Louis XVI, la berline de Gand et le cortège de Cherbourg, sont là pour nous en faire souvenir. Un chef, des fidèles. Aujourd'hui c'est pareil.

Bien que le principe prime le prince et se suffise à lui-même selon le "dogme", le prince qui a l'ambition d'accéder doit avoir une attitude volontaire, une créativité innée et l'autorité naturelle pour la faire aboutir. Il doit être un homme de demain sinon même d'après-demain. C'est du moins le minimum syndical pour les premier et deuxième accédants (les suivants pourront être moins "doués"). Avis sans frais à leurs thuriféraires, les "observateurs" du temps qui passe n'auront pas d'avenir dans le nouveau métier de roi, moins encore que les prosateurs inlassables de leur autobiographie. C'est un volontaire et pas un velléitaire qui sera convoqué, un athlète politique, pas un Chambord.

Les Assises du royalisme français se tiendront donc au printemps 2011, si tout va bien. Il faut saluer la persévérance des organisateurs, le Groupe de Liaison Royaliste, les Manants du Roi, la CMI/SYLM et quelques autres plus discrets. Elles seront ce que nous en ferons. N'anticipons pas les travaux qui s'y tiendront, mais au niveau individuel déjà nous pouvons dire que, même en notre absence physique, si nous traduisons dans notre comportement quotidien de royaliste les recommandations auxquelles elles auront abouti, la situation du mouvement s'améliorera par capillarité. Pour nous mettre chacun dans l'axe d'une aimantation commune, il ne faudra pas attendre la fusion des chapelles, trop d'ego, trop d'histoires, pas non plus que les princes arrangent leurs affaires, ce qui ferait un bien fou à la Cause. Convergeons simplement vers un roi et quel que soit le résultat de ce consensus, nous pourrons chacun nous dire, j'ai fait de mon mieux, c'est ma part du succès, ou bien, j'ai fait de mon mieux, cet échec me dépasse.

Reste l'in cauda.
Nous avons gardé l'important pour la fin. Les royalistes ne feront de pas décisif vers la notoriété que s'ils assument les aspects triviaux de la politique au quotidien. Il n'est pas de propagande aboutie sans moyens préalables, de gros moyens. On ne fait rien avec cent cotisations et la quête du dimanche ! D'où le choix d'illustration de ce billet fait de huit nouvelles pièces régionales de 10 euros en argent massif !
Tout projet politique d'envergure nationale convoque beaucoup d'argent à sa réalisation. A titre d'exemple, les budgets des sites de réinformation comme Médiapart, Bakchich ou Rue89³ sont des affaires à plusieurs centaines de milliers d'euros. Leur audience est large, efficace et progresse. Faire plus petit ne sert qu'à faire reluire les idées entre soi. Nous le savons tous mais nous faisons l'autruche par respect pour les vieux chefs, par lâcheté un peu aussi, par pingrerie. Quelle que soit l'affection que l'on porte aux chapelles du royalisme, il faut convenir que leur modèle scout (...la bite et le couteau) est obsolète et ne produira jamais plus de fruits, si tant est qu'il ait beaucoup fleuri un jour.

Ou bien le mouvement royaliste mobilise les fonds nécessaires à sa propagande - c'est un objectif autour d'un million d'euros pour démarrer quelque chose qui se voit - ou bien nous nous replions vers la commémoration, l'exemple donné aux tiers de nos moeurs impeccables, une fierté gratuite, la qualité de nos relations ducales ou comtales, une orthographe irréprochable et la diction pointue de reconnaissance à la nuit tombée sous le chèche et le loden, en entretenant la mémoire enjolivée d'un âge d'or disparu, quelque sorte de religion civile avec son clergé, son droit canon, voire des cercles pleureurs endogames et cooptés. C'est bien aussi, pour le quatrième âge, mais il faudra cesser d'embrigader la jeunesse dans un petit projet impossible, car on lui fait perdre son temps, elle qui a tant à préparer de bagage et de courage pour des lendemains qui ne chanteront pas.
Donnerez-vous une pièce, deux pièces, cinq pièces... ?
(à suivre).
Note (1): A ce que nous montrent photos et comptes-rendus, les universités d'été n'ont aucune réuni plus de 50 personnes à un moment donné, ce qui est très faible rapporté à la "ressource" trouvée par le sondage SYLM. Mais si l'on sait que le Bloc Zids n'a fait que 75 campeurs à la Ti-Breizh, on peut arguer que le vecteur UDT est désuet au plan quantitatif.
Note (2): Lois fondamentales du royaume qui régissent la permanence de l'autorité.
Note (3): On trouvera sur ce lien quelques indications sur le modèle économique de Rue89, qui va sortir son mensuel en kiosque bientôt.

Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mercredi 2 novembre 2011

Nos temps viennent

Les temps sont proches où le capitalisme occidental va être mis en cause par toute la Planète, du moins jusqu'à la fin de la cicatrisation du système à plaie ouverte que nous voyons se déchirer aujourd'hui. Cette période sera celle d'un grand brassage d'idées autour des modèles sociaux les plus à même de protéger l'espèce humaine. Les royalistes ont quelque chose à dire, s'ils osent se libérer de leur propre gangue doctrinale pour revaloriser un concept éternel qui a fait ses preuves, celui de la monarchie, mais qui exige de nombreux réglages pour être utile au monde actuel, monde tellement différent de tous ceux que l'histoire a accumulés dans la mémoire des hommes (RA-30.09.2008).

Le recours au peuple du Premier grec par référendum semble très mal perçu par tous les "démocrates" en poste de l'Union européenne, qui s'en méfient comme de la peste. Un peu de peuple, ça va, beaucoup de peuple, bonjour les dégâts. La démocratie est un principe, pas un mode réaliste de gouvernement, semblent-ils nous dire. Et bien c'est justement ce que nous nous tuons à vous expliquer, chers démocrates, quand nous réfutons la pertinence d'une démocratie d'opinions pour conduire un grand pays. Que les gens soient consultés sur toutes les questions de proximité est la vraie base de la démocratie, et en France, nous en sommes très loin à voir comment naissent et perdurent toutes nos satrapies locales, mais dans le domaine régalien c'est bien plus délicat. Que veulent dire les 51% approuvant Maastricht le 20 septembre 1992 ? Que 49% des votants plus les abstentionnistes (31%) ne sont pas pour. Et que bien peu de choses va faire bouger dans le futur le un-pour-cent qui fait la balance. Comment maintenir le cap à ce compte ? Elémentaire, mon cher Watson. En sortant le domaine régalien de la Dispute démocratique et en revenant au régime qui a fait ses preuves dans la construction de ce pays : l'autorité en haut, les libertés en bas. Comment faire ?

Œuvrer à l'acclimatation du roi en France revient à ensemencer l'Opinion car le peuple a un grand rôle à jouer dans le modèle monarchique. Lorsque le lien consensuel est créé entre le roi et son peuple, celui-là devient inexpugnable. Les dangers pour le roi sont l'entourage et les puissances économiques. Qui n'a jamais entendu ce cri "avec un roi, nous aurions au moins quelqu'un à aimer" ne comprendra jamais que l'affect puisse primer bien des arrangements compliqués. Pourquoi parler de ça aujourd’hui ? Simplement parce que la crise systémique qui nous menace va balayer la classe politique dès les élections passées, et des deux bords. Le caravansérail du G20 de demain à Cannes va tourner à la bouffonnerie selon Jacques Attali qui ne savait pas encore le référendum grec (Slate), et sans être polytechnicien, on peut abonder dans son sens. La ruine de l'Etat se profile derrière la théorie des dominos. Restera le peuple. Et M. Papandréou l'a parfaitement compris. D'ici qu'il rappelle le roi !

Revenons au 30 septembre 2008 : Notre modèle [royaliste] présente les avantages recherchés désormais : stabilité des axes politiques par la pérennisation de grands référents, sobriété des états qui doivent être remusclés dans leurs domaines régaliens, libertés populaires vraies dans les Etats subordonnés, comptes sincères, justice minutieuse et partage plus fraternel par la DSE.. Nous y sommes en plein. C'est quasiment le programme imposé au candidat à la présidentielle de quelque bord qu'il soit, sauf peut-être Jean-Luc Mélenchon. Nous devons prendre date publiquement.

Battons-nous donc sur le domaine régalien, sur une vraie Justice et sur une réforme fiscale généreuse mais intransigeante, battons-nous contre la dette et nos trois déficits et donc contre l’usine à gaz sociale qui l'a creusée. Evitons d’un autre côté les sujets sociétaux où toute la presse de progrès nous attend, ne soyons que politique, et donc novateur dans le domaine institutionnel !

Refondre l'Etat sur son noyau dur et réduire son périmètre et ses moeurs financières commence par le rétablissement des comptes publics quoiqu’il en coûte, jusques et non comprise la réduction de la consommation qui est pour quelque temps encore le dernier carburant de la croissance française. A périmètres comparables, le think tank socialiste Terra Nova¹ nous dit que notre Etat nous coûte deux cent quarante milliards de plus que celui des Allemands, et cent milliards de plus que celui des Suédois, le plus égalitaire au monde ! Il n'y aurait rien à faire, rien à voir, circulez ? Rapportées au déficit courant 2011 de 90-92 milliards, les marges de progression sont carrément énormes. Aussi énormes que la responsabilité de la classe politique qui a voté et fait voter d’année en année les termes de cette effarante gabegie. En réaction de quoi les gens aux affaires seront discrédités dans l’Opinion, si ce n'est pas plus grave aux becs de gaz de nos avenues éteintes, sans qu’elle ne veuille substituer au pouvoir chassé une opposition grosse de promesses infaisables. L’espace politique peut se libérer. Des partis marginaux s’y préparent. Le Front y croit.

Les Français savent que la barque coule d’après les sondages qui tombent ces jours-ci et qui placent en haut de la liste de leurs soucis, la Dette (IFOP octobre 2011). Veulent-ils couler dedans au chant de "Plus près de Toi mon Dieu" ? Bien sûr que non, les Français, latins de mauvaise humeur, ne sont quand même pas titaniciens. Aussi œuvrons à séparer déjà dans les esprits l'Etat et la Nation - l'Etat est en faillite, pas la Nation - pour responsabiliser les citoyens en proposant des solutions où ils deviendront parties prenantes directes. Par exemple, la flat tax de Vauban est une excellente idée (clic) puisque dans un pays moderne et "démocratique" tout le monde et chacun devraient payer l'impôt direct, même d'une faible cotisation. C'est ce geste civique explicite qui fait le contribuable citoyen, celui qui finalement pose les bonnes questions au pouvoir et ne se laisse pas enfumer par une redistribution sociale de préaux. Remettons à plat les budgets municipaux pour commencer et faisons-les approuver par référendum local. Rapprochons les rôles fiscaux des circonscriptions de dépenses, etc... Les gens ont le droit de dire leur mot sur ce qu'ils paient.

L'inculture économique populaire est telle qu'on peut faire avaler aux contribuables qu'un budget en déficit de 3% de notre Pib finira par rembourser une dette souveraine de 90% du même Pib ! Terra Nova n’est d'ailleurs pas très explicite, car passer de zéro (leur but en 2017) à plus-trois est encore aujourd'hui impolitique. Ils (les mitterrandiens) ont vendu le déficit de moins-trois à Maastricht, ce serait se déjuger d’avouer maintenant aux gens qu’il fallait lire plus-trois. Si nous pouvons dérouler sous leurs yeux le film de la reconquête de nos équilibres, nous pouvons provoquer une adhésion de bon sens. La quantifier aujourd’hui est difficile mais en sortant du diptyque « mémoire et récriminations » pour entrer dans la « technique de gouvernement » nous pouvons gagner en visibilité au niveau déjà des pourcentages et naître sur le marché politique. Quel horrible destin, diront les jeunes scouts légitimistes.

Le candidat de l’Alliance royale empruntera-t-il la voie d’une propagande technique, assorti d'un schéma institutionnel simple et crédible ? c’est tout le mal que je nous souhaite.

M. de Villenoisy a été présenté dans un billet du 24 octobre 2011 (cliquer ici).

(1) On lira avec grand profit la synthèse et la note intégrale publiées par Olivier Ferrand et Thomas Chalumeau sur le site du think tank (CLIC)

lundi 24 janvier 2022

Quinte floche royale : un projet politique

Suite à pique et dés noirs
| Justice | Guerre | Sûreté | Diplomatie | Trésor | + 12 | 

Spécial royco ! Comme nous l'avons souvent dit, l'offre politique monarchiste ne percera que si elle est compréhensible du plus grand nombre. Non tant qu'il faille en convaincre beaucoup, que pour désarmer les foules ameutées jusqu'à l'hystérie par les milices de la bourgeoisie régnante contre tout projet la menaçant. Parler du roi lèvera le vacarme d'un retour des tyrans orchestré auprès des médiats de masse par les profiteurs du régime actuel, aussi conviendra-t-il d'être fort et clair en toute compagnie ! Il n'y aura pas de place ni le temps pour les biais dialectiques, les arrières-pensées qui passent devant, les complots en chemin, pis que tout, le combat des grimoires.

Dans l'état de calamités avancé où se trouve notre pays - ce qui n'empêche pas un président à crédit d'aller faire le coq à Bruxelles - il sied de sauver l'essentiel pour qu'il ne soit pas emporté par la crue des taux d'intérêts que les banques centrales annoncent, au milieu de tous les déficits qui plombent déjà notre société avachie et son économie déglinguée. L'essentiel, comme son nom l'indique, c'est le "régalien". La nation française demeure par son Etat. En France c'est comme ça. Ce sera peut-être la rupture de paradigme du siècle : il faut sauver l'Etat dans sa quintessence, soit les cinq domaines qualifiés que sont la Justice haute, la Guerre, la Sûreté, la Diplomatie et le Trésor.

Ces cinq domaines doivent être arrachés à la dispute démocratique qui clive la nation et derrière laquelle se cachent des intérêts catégoriels puissants, souvent antagonistes, afin qu'en cas d'embolie économique et financière, il reste un socle solide d'où repartir. Le meilleur gardien des domaines régaliens est un roi en ses conseils, parce qu'il est détaché de toute contingence partisane capable autrement d'influencer le choix du référent et le gouvernement quotidien des hommes. On a pu penser mettre un conseil permanent de sages comme autorité suprême, voire un président one-shot, pour sept ans comme dans les constitutions de 1875, 1946 et 1958, mais il est prouvé que ces clefs de voûte sont friables, influençables, quelquefois vénales, parfois inadaptées (et la voûte tombe comme en 40!).

C'est d'un pacte qu'il s'agit.

Un deal à passer entre le peuple et le nouveau pouvoir royal. Aux uns le domaine public, aux autres le domaine régalien. L'accord doit être tranché par un référendum à majorité qualifiée (2/3 ?) et doit comporter une clause de non-ingérence réciproque afin que la souveraineté des uns et des autres soit pleine et entière dans leur champ d'application. Et c'est pourquoi le domaine régalien préservé doit avoir un périmètre fixe délimité strictement et non invasif. Si jusqu'ici on a compris ce qui revenait à la monarchie, qu'en est-il du domaine public gouverné par le peuple en ses parlements, voire directement à l'helvétique ? Tout le reste, aussi loin que se portera l'envie de collectiviser la nation ! Voulez-vous que l'Etat se mêle de tout ? Cotisez, cotisez tous, puisque la Providence est morte, le socialisme l'a tuée. Payez vos impôts en chantant et que soient affichés aux portes des mairies les rôles fiscaux de tous les contribuables comme on le fait ailleurs ! Et commencera la dispute sur l'étendue du champ d'application des politiques publiques. On peut faire une courte liste qui additionne les deux dés de l'image :

  • Assurance maladie nationale, privée, hôpitaux généraux, hôpitaux spécialisés, dispensaires publics, cliniques privées
  • Assurance vieillesse nationale, privée, fonds de pensions, allocations et secours
  • Instruction publique nationale, régionale, départementale, municipale, privée
  • Universités, recherche fondamentale, grandes écoles, écoles techniques, apprentissage
  • Justice basse, tribunaux d'instance et justice consulaire, cours d'arbitrage, adm. pénitentiaire
  • Ecologie pratique et météo, polices municipale, cantonale, des voies, des marchés et des sols, monopoles du quotidien (postes, tabacs...)
  • Aménagement du territoire, ponts et chaussées, ports et canaux, transports (Plan, pas plan...)
  • Recherche et sécurité énergétique (production, surveillance et transport)
  • Recherche et développement industriel, aérospatial, militaire, arsenaux d'Etat
  • Recherche agronomique et gestion des espaces agricoles
  • Gestion des zones économiques exclusives et de la pêche
  • Gestion du budget de la nation, fisc
Ces douze ministères sont responsables devant le parlement national (pour moi, monocaméral) qui élit périodiquement un premier ministre sur la base des résultats électoraux. Nous reviendrons décrire les cinq domaines régaliens plus tard. Il ne reste plus qu'à rédiger un projet de constitution, en évitant de l'encrasser de réminiscences anciennes, et surtout en se gardant qu'il se mêle de tout après avoir constaté la ruine du modèle total antérieur. Le temps de la philosophie politique est passé. On rentre tout sur six pages ? Et on détaillera dans des "capitulations" séparées. Chiche ?

Il ne restera qu'à verser le liant du pacte dans le nouveau moule pour le péréniser. Le seul ciment qui tienne est l'affect des peuples pour leur roi, leur reine. C'est un facteur indispensable dont la définition dépasse les capacités analytiques du Piéton. Dans cette équation nouvelle pourra entrer l'héritier d'une dynastie anciennement régnante, s'il en a le talent et la permission du Ciel, puisqu'il sera toujours à lui lié.

Quelques mots des cinq domaines régaliens - on en a beaucoup parlé sur ce blogue déjà.

  • La Justice haute : essentiellement des cours d'appel auxquelles s'adresseront les cours régionales : Cassation, Cour d'appel de Paris, Conseil d'Etat, Cour des Comptes, Cour d'arbitrage, CSM, la direction des cultes. La fonction de garde des Sceaux attachée à l'Etat régalien prendra tout son sens.
  • La Guerre : le pays devra être prêt en toutes circonstances à soutenir une guerre contre lui. Il ne s'agit pas de gérer une crise, mais de riposter de manière décisive tant sur le théâtre métropolitain que sur les théâtres d'outremer. Nos armées ont été concues pour entrer en premier sur des territoires en crise ne disposant pas de la parité tactique. Pour faire la guerre, la vraie, il faut doubler le budget militaire selon le général Lecointre, ancien chef d'état-major ; le but étant toujours de faire peur !
  • La Sûreté : douanes, gendarmerie et police nationale seront déployées en symbiose sur des missions bien définies pour préserver la paix civile et mener les enquêtes criminelles.
  • La Diplomatie : ayant un des premiers réseaux diplomatiques au monde, nous n'aurons aucune difficulté à le maintenir, s'il reste dans les clous de nos intérêts propres. Elle déploiera les agences d'influence actuelles, Alliance française, COFACE, Business-France, FranceAgriMer, etc.
  • Le Trésor : avec les grosses banques et caisses publiques de développement comme la BDF, la CDC, la BPI etc. Même si l'émission de monnaie et la fixation des taux de pension sont fixés collectivement par la Banque centrale européenne où nous devrons prendre toute notre part après être redevenus sérieux, il restera à financer les budgets votés, et à gérer les effets d'une dette centenale sur les politiques publiques, en réduisant le poids du service de la dette qu'assureront les générations montantes. France-Trésor est un bel outil, qui devra être réorienté.

Voilà l'ébauche. Il y a des trous, des redondances mais on peut phosphorer dessus ad libitum. Chacun peut prendre un domaine et l'emplir de ses observations, sans perdre de vue qu'il s'agit d'un nouveau pacte national : le régalien héréditaire est détaché du domaine public rendu au peuple en ses Etats. Est-ce assez clair ? Vos commentaires bienvenus.



LE REGALIEN AU ROI

LES ETATS AUX GENS

LA COURONNE AUX DIEUX




Ce billet est le troisième d'une séquence "Rénovation" qui forme la deux millième contribution du Piéton du roi au blogue Royal-Artillerie. Elle se compose des trois articles suivants : NB: Le dossier sera bouclé par une note d'ordre (un canevas de consultation) à la fin du mois.

lundi 1 mai 2017

Où le roi montre sa pertinence


Aurions-nous garé à part le domaine régalien - sécurité & diplomatie - que nous n'appréhenderions pas autant les résultats du second tour de l'élection présidentielle. Le régime est à bout, restreignant le choix des électeurs entre sa démolition et sa dévolution. Le souverainisme anachronique étroit du camp dit-national attelé à un programme économique bolivarien le dispute au fédéralisme savamment construit du yuppie ubérisé, champion de la gérontocratie régnante mais plus intelligent qu'elle. L'exercice concret du pouvoir exécutif, contraint par la conversation institutionnelle obligatoire d'une république parlementaire, mettrait certes trois fois plus d'eau dans la jarre que de vin en volume, et sans doute les candidats comptent-ils sur ce frein-moteur pour passer entre les gouttes des pluies acides des cent premiers jours ! Mais quand même !

Une monarchie protégeant l'essentiel de l'Etat sous l'autorité naturelle d'un roi en son conseil pourrait laisser la société démocratique s'ébattre dans la querelle idéologique sans graves répercussions sur nos fondamentaux géopolitiques et civilisationnels. Sortir de l'arène la police nationale, la gendarmerie, les trois armées, les services secrets, le quai d'Orsay, les cours de justice et conseils supérieurs, libérerait l'esprit de l'électeur qui saurait alors que son choix ne risque pas de tout détruire. Resterait dans le champ du débat primordial de nombreuses fonctions étatiques et territoriales comme la santé, l'instruction, la douane, les impôts, l'économie, l'écologie et l'aménagement du territoire, l'industrie, l'agriculture et la pêche, les justices basses et consulaires et d'autres secteurs secondaires que le pays souhaiterait maintenir dans le giron public, comme la culture, le travail, la vieillesse, la francophonie, le logement, la famille, les colonies et les anciens combattants.

Ainsi en pleine campagne électorale, le roi, arbitre des différends, et le chef de cabinet du ministre des outremers auraient eu tout loisir de résider dix jours à Cayenne pour entendre les revendications locales, les peser, ouvrir un dialogue d'inventaire et de développement du territoire, trouver ensemble voies et moyens de hisser la Guyane à terme au premier rang des nations atlantiques et passer l'accord du dernier jour sous les acclamations. Les Guyanais auraient parlé au pouvoir permanent et pas à trois miquets en soins palliatifs qui ont d'abord tout refusé pour tout lâcher à la fin, à charge de leurs successeurs.

La police ferait respecter les lois sans obéir aux consignes du parti aux affaires, les antifas, le black block seraient matés, la gendarmerie retrouverait sa fonction de pacification et sûreté intérieure du territoire, le parquet, coupé de Matignon, poursuivrait en toute indépendance dans le strict respect des textes, les états-majors feraient la guerre sans interférences subalternes et dans le cadre de lois-programmes d'équipement pérennisant la qualité des moyens, le Conseil d'Etat ne serait pas sonné comme un valet au milieu de la nuit pour interdire le spectacle d'un gros bouffon noir au Zénith de Nantes. L'Etat retrouverait sa dignité perdue.

Dans le domaine public, les choix économiques et leur traduction budgétaire ne seraient encadrés que par les lois de saine gestion qui existent déjà et l'interdiction des déficits publics dans le fonctionnement de la nation. Le curseur du libéralisme, le niveau de dévolution des souverainetés, les investissements lourds, les coopérations étrangères seraient ajustés à chacune des élections législatives et le gouvernement issu de majorités unicolores ou coalisées mettrait en musique la partition écrite pour la législature. Demeurerait quoiqu'il arrive la garantie des pouvoirs régaliens permanents arrachés au désordre, qui permettrait de maintenir l'essentiel au niveau requis par le pays, son histoire et son rang.


C'est sur cet axe de communication que Royal-Artillerie promeut la monarchie de ce temps : le domaine régalien, strictement régalien et rien d'autre. Le mouvement monarchiste raisonné devrait se recentrer sur une épure politique possible et simple à comprendre en proposant de faire vivre côte à côte un Etat essentiel permanent et une démocratie vivante dans tout le domaine public, depuis les conseils municipaux jusqu'au parlement de Paris. Tant que l'offre politique royaliste ne sera pas audible et compréhensible par tout un chacun, agitation et propagande tourneront dans le microcosme sans effets induits autour de lui. Les démarches courageuses d'aujourd'hui sont stériles, il faudrait en prendre acte et revoir le produit et sa commercialisation. Le marketing de la monarchie ne peut choquer que ceux qui la repousse au fin fond des rêves impossibles, si délicieusement impossibles qu'on les habille de n'importe quoi, quand on ne les utilise pas pour nourrir ses propres frustrations. Les étendards du roi n'avanceront pas en chantant le vexilla regis mais par la raison pure. Le roi se démontre.




mardi 16 juin 2020

Camp Maxime Real del Sarte 2020

Départ pour Roanne dans deux mois !

Forte érection cette année au Camp Maxime Real del Sarte. On va reconstruire un État. La mise en bouche, publiée sur le site de l'Action Française, prédit un Etat fort et ramassé sur ses prérogatives régaliennes, bienveillant avec les républiques municipales que Charles Maurras appelait de ses vœux. En voici le drop à suivre up and under :
« Il faut rappeler les missions premières de l’État. Les retrouver sous les cendres d’une histoire contradictoire, à la fois trop jacobine et trop diluée par l’Europe bruxelloise. Cela ne va pas ! Cela ne va plus ! Les Gilets jaunes, par leur émotion spontanée, l’ont bien rappelé avec une juste vigueur. Le Camp Maxime Real del Sarte 2020 remet l’État au cœur de nos discussions, et le place au cœur de ce qu’il n’a jamais cessé d’être, depuis mille ans, une condition d’être de la France : Refondons l’ État sans étatisme !»

Mais reconstruire l'Etat est-ce bien raisonnable ? Ne vaudrait-il pas mieux le laisser crever ? L'anarchie plus Un ! L'Etat moderne est un facteur de ruine en ce qu'il met en son pouvoir une société sûre et solidaire pour régner sur les esprits et guider les moutons. Pour ce faire il déconstruit la cellule de solidarité élémentaire et donne à chacun un droit personnel de sûreté. Des philosophes comme l'allemand Hans-Hermann Hoppe l'accablent de tous les vices, traître à son peuple (les exemples abondent), belliciste et pervers. Le pire étant bien sûr sa propension hégémonique qui grandit au fil du temps. Il est parti des caisses publiques de prévoyance bismarkienne pour arriver aujourd'hui à contrôler les comportements individuels qui pèsent sur les résultats financiers de ces mêmes caisses. La solidarité des forces et des faiblesses de l'espèce humaine imparfaite a secrété progressivement des tables d'analyses assurantielles qui gèrent les gens en fonction du big data et secrètent naturellement boni et mali comme en matière de circulation automobile. Tomber dans les griffes de la société sûre est sans retour, si l'on ne parvient pas à s'en arracher au début de sa vie active quand on dispose de la plénitude de ses propres forces. L'Etat dont nous parle Maurras est celui des "Bureaux". Combien de fois use-t-il de ce mot pour désigner les hommes de l'Etat !

Il s'agit de reconstruire un Etat régalien et de détruire les Bureaux. C'est ça le slogan ! Libertés en bas, autorité en haut. Le deal maintes fois proposé sur ce blogue monarchiste est de remettre le domaine régalien stricto sensu aux gens d'un pouvoir permanent dirigé par un monarque détaché des contingences politiques de la nation (c'est ce que veut dire "absolu") et de rendre toute liberté aux citoyens dans l'organisation et la gestion du domaine public de proximité. Nous ne développons pas de nouveau les termes de l'échange mais suggérons aux participants du CMRDS 2020 de jeter un œil au Projet civilisationnel du GAR...... et s'il leur reste cinq minutes de lire celui-ci : Du dialogue entre la Nation et son Etat.

Dans l'un et l'autre et vingt autres publiés dans ce blogue - il suffit de taper Etat ou régalien dans la barre de recherche - il n'est pas question d'annuler la démocratie, mais de la remettre à l'étage de ses meilleures performances. En vérité, il n'est de vraie démocratie que celle du marché. C'est le comportement individuel de l'électron humain compté dans sa masse qui donne une vérité exprimée en "nombre". Ceux des fournisseurs qui l'acceptent font des profits, ceux qui s'entêtent dans leurs idées, des pertes. (Ecole autrichienne d'économie). Dans le domaine politique au sens grec, satisfaire le plus grand nombre à l'étage de perception des enjeux est le meilleur levier de gestion de la circonscription considérée. tant que le citoyen est capable d'appréhender les enjeux, il peut exprimer son choix et le faire compter. S'il ne le peut plus - il vaudrait mieux qu'il ne le désire plus - il ne doit pas interférer dans le champ régalien d'expertise.

Reconstruire un Etat fort et cantonné au régalien ne peut se faire sans appréhender les réalités de terrain, même les réalités déplaisantes. Faisons attention que le "pays réel" si souvent cité dans le mouvement ne soit qu'un "pays rêvé". Il faudra prendre en compte l'addiction de la population au bonheur d'Etat, l'abrutissement général à la démocratie parlementaire qui fait haïr la classe politique et la remet en selle en même temps, la forte proportion de population exogène, chances et malchances confondues, la déchristianisation des consciences, l'islamisation endogène et d'importation, les capacités réduites du pays dans tous les domaines comparées aux atouts français du début du XXè siècle, les déficits généralisés ! Mais pour faire cesser le chantage institutionnel de l'Etat invasif pour notre bien à tous, le premier problème à résoudre est bien celui de la société sûre parce que plus personne en France n'acceptera une société du risque. Nous sommes descendus au Bas Empire, tenons-nous le pour dit, et faisons avec. Assurance-maladie et pensions de vieillesse sont les deux défis prioritaires auxquels une réponse technique et décentralisée doit être donnée en dehors de l'Etat. C'est moins glamour que le roi monté derrière les étendards qui avancent déployés au son du vexilla regis, mais il va falloir phosphorer dur et ne pas s'en remettre aux recettes du passé lointain ; les temps ont changé, la page est blanche, l'avenir est à écrire.

Il reste deux mois aux lecteurs étudiants ou jeunes actifs pour s'inscrire au Camp Maxime Real del Sarte du mois d'août près de Roanne. On y apprend beaucoup, on s'y fait des amis. N'hésitez pas, et ce n'est pas onéreux.


jeudi 11 octobre 2018

Du dialogue entre la Nation et son État

Dans Le Figaro de mardi dernier (clic), le prince Jean d'Orléans propose sa critique de la Constitution amendée de 1958 en souhaitant revenir au texte originel qui privilégie la fonction arbitrale du chef de l'Etat en appuyant le projet économique et social conçu pendant la Résistance et mis en œuvre à la Libération. D'autres que lui célèbrent le Conseil national de la résistance comme le Saint Graal à mesure que les dirigeants d'aujourd'hui s'approchent du libéralisme économique classique. Si la fonction arbitrale est aujourd'hui absente, ce n'est pas le cas du projet appuyé qui demeure encore de nos jours une calamité. A cause de ce paradigme marxiste de 1945, de tous nos voisins, nous sommes les derniers. Ce qui n'était pas le cas sous la Monarchie de Juillet que le prince-héritier a toujours en exemple, seul exemple d'ailleurs. Il a raison de plaider pour sa paroisse, le roi est l'arbitre idéal, venant de loin, au-dessus de la mêlée et des contingences subalternes, il va loin. Il est en fait le bonhomme Temps, le sage, le savant, le sphinx, le repère, l'amer, le moyeu de la nation ! Jean d'Orléans a bien raison d'en redemander, reste à prouver qu'il soit lui-même la plus sûre main à entrer dans le gant !

A cet article, le Piéton a répondu sur le site Noblesse & Royautés que « la constitution de la V° République induit le césarisme alors que son texte déploie les pouvoirs du premier ministre. Les conflits que cite le prince Jean sont génétiques à cette organisation (trop) minutieuse des pouvoirs. Aujourd’hui encore, le président sort de ses clous, et l’indépendance des pouvoirs est bafouée chaque jour. La survie de la constitution n’est pas un objectif en soi mais s’en soucier dévoile une inquiétude. Par contre la survie de l’Etat est une question autrement grave. Si les pouvoirs publics, faisant fi du clientélisme démocratique, ne réduisent pas le périmètre de l’Etat au domaine régalien avec deux ou trois exceptions, il continuera à être attaqué dans toutes ses interventions périphériques pour défaut d’efficacité ».
Fin du prologue.




Il se dit que la France aurait inventé l'Etat-nation. C'est faire bon marché de toutes les nations qui se constituées en "Etat" avant elle, en particulier les nations guerrières d'Asie, les nations précolombiennes et plus près de nous, les royaumes ethniques centralisés de Suède, Danemark, Prusse, il y en a plein sans parler de la Chine impériale ! Mais notre sujet n'est pas de débattre de l'Etat-nation mais du rapport de l'un à l'autre et de la France spécialement.

La couronne de France a décidé d'un Etat central pour sortir des complications d'un régime féodal abâtardi, et à la limite dangereux pour elle. La Fronde décida le jeune roi Louis XIV à reconstruire un Etat du modèle césariste romain, centralisé dans son droit et dans les obligations réciproques des peuples et des gens de l'Etat. A dire vrai, l'Etat central ne fut pas choisi par la nation, il lui fut imposé, puis "vendu" par les penseurs commis à sa perpétuation. De fait, la nation* subit depuis toujours l'Etat plus qu'elle ne l'a appelé à son service, et à partir de la Libération on lui a survendu l'extension de l'Etat par le confort nouveau que son débordement apportait. Il est au fil des lustres devenu la baleine morte crevée sur la plage que personne ne peut plus déplacer. Sauf à la dynamite !

(*) on parle souvent de nations au pluriel mais pour simplifier l'épure de ce billet nous en resterons à la bataille de Denain

Sauf qu'aujourd'hui l'Etat hypertrophié vit pour lui-même en pressurant la nation qui, anesthésiée, ne sait plus réagir que par la révolte sporadique et ne discute plus. Les gens de l'Etat, se sachant critiqués, ont le souci premier de la défense des avantages acquis et de la préservation d'un statut anachronique qui remonte à la bureaucratie tsariste. On sait comment tout cela a fini là-bas, il y a cent ans.

Rapporté à la nation qu'il gouverne, l'Etat français est démesuré. Ses effectifs actuels lui permettraient de gouverner l'empire de jadis dans le plus infime détail. Comparés aux autres Etats de l'OCDE, nous avons en moyenne deux millions de fonctionnaires de plus. Ceci ne veut pas dire que nous avons deux millions de surnuméraires ou de fainéants (bien que la caste défende vigoureusement sa torpeur et ses privilèges) mais que le périmètre de l'Etat est trop grand. L'Etat se mêle de tout et sa légendaire inefficacité que ses agents réfutent parce qu'ils n'ont jamais connu la vraie vie, génère des coûts insupportables dans un pays grevé de déficits énormes sous une dette souveraine qui le suce. La mauvaise gestion de l'État actionnaire, «souvent peu généreux pour cause budgétaire, parfois prodigue pour les industries en déclin ou les secteurs à la mode», fut de tout temps dénoncée par les grands commis eux-mêmes comme ici par Raymond Levy (ex-RNUR) qui parvint à privatiser Renault.
Qui pis est, c'est le domaine traditionnel de l'Etat, qu'on appelle "régalien" en souvenir de la Couronne, qui est le plus mal tenu. La nation n'a pas un rejet pavlovien de l'Etat dans ses fonctions principales mais elle commence à comprendre qu'à s'occuper de tout, jusqu'au slip du citoyen, l'Etat ne fait plus face à l'essentiel et se défausse dans des activités sociétales visibles et valorisantes comme l'égalité homme-femme, le startupping, la procréation médicale assistée pour les paires stériles et jusqu'à la consommation des drogues, des acides gras insaturés et des filles de joie !

Si le retrait de l'Etat est dramatique dans ce qu'on appelle maintenant les zones périphériques, le citoyen décentré ne réclame pas un théâtre, un juge de paix cantonal, une salle omnisport, un bar-tabac, le banquet des seniors, une salle de shoot ou le conseil municipal des enfants. Mais une Poste, une école primaire, une permanence de sécurité ouverte 7/24 (police ou gendarmerie et pompiers), un cabinet médical avec pharmacie, des édiles accessibles sans rendez-vous. Toute la vie publique n'est pas strictement du ressort de l'Etat mais l'essentiel est sa raison d'exister. Il doit faire face au défi qui monte sur son cœur de métier et répondre aux attentes basiques du citoyen à peine de s'en faire un ennemi. Et en Gaule, cela n'est pas recommandé !

Par contre lancer des mesures pour faire revenir les commerces de proximité n'est pas de son ressort mais celui des corporations et chambres de métiers ; légiférer sur l'urbanisme jusqu'à la dernière virgule, fixer le prix du gasoil, régir les conditions d'exploitation des taxis "Uber" ou la vitesse des routes départementales qui comme leur nom le suggère échappent à son autorité, non plus ! Les gens appellent l'Etat dans des missions utiles sinon primordiales, mais l'Etat n'entend pas, même s'il parle beaucoup quand on le presse. Il se pavane dans des domaines qu'on ne lui a pas confiés mais qui améliorent sa communication électorale et il s'excuse dans les autres au motif de la dureté de notre époque. Quand deviendrons-nous adultes dans ce pays ?

Le domaine régalien dont l'Etat doit être responsable sans renforts extérieurs peut être cerné assez facilement. Les dirigeants de ce pays seraient bien inspirés de se recentrer et de cesser se mettre leur vanité et leur bêtise partout, à commencer par cette addiction pathologique aux strates administratives superfétatoires que sont les communautés urbaines enchaînées de procédures et les intercommunalités plus encore liées de règlements.

Domaine régalien

Fonctions de souveraineté :
- Haute administration d'exécution
- Justice haute et maisons centrales
- Trésor public
- Armée et arsenaux
- Renseignement extérieur
- Diplomatie et agences de propagande (Alliance française, Francophonie, AFD, SOPEXA etc)

Fonctions neutres d'administration centrale :
- Cours de contrôle et conseils
- Instruction publique obligatoire du premier cycle
- Réseau sanitaire de base (dispensaires de proximité, hôpitaux généraux)
- Police criminelle et renseignement intérieur
- Recherche fondamentale
- Etablissements culturels de prestige (Opéra de Paris, Louvre, château de Versailles etc)
- L'Institut et ses académies.

Doivent sortir du périmètre de l'Etat central ceux dont les noms suivent :)
- Justice basse (juge de paix, tribunaux de première instance)
- Régime de pensions sauf caisses militaires
- Sûreté quotidienne
- Culture subventionnée
- Collèges
- Information et réseaux de communications
- Réseaux de transport
- Assurance maladie
- Assurance chômage
- Formation professionnelle et agences d'emplois
- Marchés agricoles
- Logements sociaux
- Recherche appliquée
- Universités et grandes écoles
- Think-tanks dédiés aux caprices du jour et subventionnés
- Instituts sectorisés, commissariats à..., hautes autorités de..., agences pour..., fondations de..., comités théodules, et...
- Monnaie, si l'on adopte les monnaies privées ou le free banking (mais c'est un autre débat).

A titre d'exemple, sont sortis du périmètre étatique et s'en portent bien les activités "nationales" suivantes :
- Grandes banques
- Industrie aéronautique
- Armes et recherche létale
- Industrie automobile
- Pétrole et parachimie
- Armement maritime
- Spatial
- Télécommunications
- Industries énergétiques, en partie
- Autoroutes
- Chantiers navals
-...

Ont disparu aussi les dinosaures inadaptés au temps que furent les charbonnages, la chimie lourde et la sidérurgie classique laissant parfois la place à des industries de spécialités.


justice et balance


Dès lors que cet Etat central aura ramassé dans sa main les pouvoirs essentiels à la nation, il les durcira par inclination naturelle de tout pouvoir central, et les acteurs économiques organiseront les secteurs dévolus en régime de concurrence, sans doute de manière efficace et rentable puisqu'il ne pourront plus compter sur les secours étatiques tout en faisant face au jugement des usagers et de leurs groupes de pression.

Le débarquement de deux millions de fonctionnaires est une entreprise à mener sur la base des départs en retraite pendant plusieurs années. Il nécessitera des transferts d'agents dans la période de recentrage.

Notre Etat réparé retrouvera à l'extérieur le prestige que nous avons perdu par la gestion calamiteuse des pouvoirs publics français. Nous pourrons parler fort et clair dans les enceintes de décision et ne risquerons plus des invectives humiliantes comme celles adressées cette année au président Macron par le Premier néerlandais qui dans le débat sur les solidarités Nord-Sud, l'a renvoyé à sa gabegie honteuse. Nous pourrons faire à nouveau la roue !


paon


Epilogue

La version originale de la Constitution de 1958 élit le chef de l'Etat au Congrès.
C'est la procédure la moins défavorable à une ré-instauration de la monarchie constitutionnelle. Jean d'Orléans le sait.
Outre l'ensemencement de l'opinion à l'idée du roi, il ne faut pas négliger l'entrisme dans la classe politique d'étage national comme le pratiquent certains crypto-monarchistes, en attendant Godoy.



vendredi 20 mars 2020

Un projet civilisationnel (G.A.R)


Chose promise, chose due, la recension critique du projet de société édité par le Groupe d'Action Royaliste est achevée au premier jour du printemps (avec un peu de retard). Dès l'abord, la confection de cet ouvrage de quatre cents pages est soignée, agréable, riche et sa maquette en couleurs sans doute chère à fabriquer. Le bouquin est à mettre dans toute bibliothèque royaliste. L'analyse de Frédéric Winkler est fouillée, articulée, la logique est partout présente, les citations pertinentes sont nombreuses et beaucoup sont tirées des réflexions du prince Jean d'Orléans et de celles des penseurs sociaux royalistes du siècle passé. Il y a aussi nombre de punchlines particulièrement utiles pour la dialectique du militant. C'est pourquoi dans une édition future, je suggère de dériver de cet ouvrage un tirage économique au format poche, sans images ni annexes, taille de police diminuée, un vademecum destiné aux camelots du roi et à tous les royalistes actifs, le fameux livre dans la poche près du poing américain.

Ceci dit, j'ai reçu la boîte de briques à plots comme un Lego sans le plan de montage, et la meilleure façon d'en faire l'inventaire est de tenir la rampe de la table des matières en donnant un avis si nécessaire. Le livre est construit de façon très classique en deux parties, le constat d'accident de notre société, le comment s'en sortir.
Le constat en Partie I est articulé en neuf chapitres que nous ne développerons pas puisque tout lecteur de Royal-Artillerie est parfaitement au fait des graves dysfonctionnements de notre société, agravés par le poids d'un Etat total qui se mêle de tout et le plus mal possible. Voici les neufs titres, on lira les chapitres sur Calameo ou après avoir acquis le bouquin auprès de l'Action sociale corporative ASC (voir notes en bas de page) :
A. Bilan du "Meilleur des mondes" (Huxley 1931)
B. Jeunesse et université ou la fin d'un monde
C. La République d'absurdie ou la démocratie
D. L'art ou la dissociété
E. La cité et la "communauté de rêves" de Malraux
F. Social et économie
G. Santé et environnement
H. Décentralisation et autonomie régionale
I. Comment en est-on arrivé là ?
- l'ensemble augmenté de trois annexes (brève histoire sociale, critique du libéralisme, l'épuration de 14-18)

C'est le comment en sortir qui nous intéresse ici. Il n'est pas moins question que de refaire une société nouvelle, et si l'auteur se refuse à la tabula rasa dénoncée par Edmund Burke, il sera vite rattrapé par l'impossibilité de faire en France des réformes de fond à froid. Une marche à suivre sera donc indispensable. La Partie II qui commence page 237 comporte sept chapitres :
J. Libération
K. L'Art
L. Ecologisme intégral
M. Francophonie
N. La monarchie de demain
O. Stratégie vers la monarchie
P. Notre arche d'alliance
- l'ensemble augmenté de quatre annexes (libertés économiques, pensée & action, révolution intérieure de chacun...)

On ouvre le combat d'escadre par les républiques royales qui devraient refonder les Etats régionaux dotés de la plus grande autonomie possible. Naîtront ainsi "la république familiale où ils naissent, la république municipale où ils vivent, la république provinciale de citoyenneté, la république professionnelle où ils travaillent". Il ne s'agit que de s'émanciper du jacobinisme déconcentré actuel au niveau pertinent pour le maximum d'efficience de la gestion publique sous réserve de dévolution au-dessus pour les affaires qui se traitent à plusieurs.

Mais rien ne sera réussi sans la réhabilitation du premier cercle humain, la famille. Tout doit être fait pour non seulement protéger la famille de la conception au décès, réparer les accidents de la vie, mais surtout dans une construction politique, en faire la première marche d'une société citoyenne. La famille devient la cellule-base des Etats généraux régionaux qui devront organiser les nouvelles républiques. C'est assez osé politiquement mais il faut choisir une brique de base.
Tout ceci concourt à une forme de libération de l'espace et des mœurs ! Néanmoins, à bien observer le pays réel dans son ensemble, on distingue à l'horizon 2040, une France globicéphale avec un Grand-Paris et ses riches marches de la taille d'un pays moyen européen et, sauf la métropole lyonnaise de taille approchante, des provinces qui porteront les stigmates d'un certain déclassement européen, autonomes en droit mais impécunieuses et qui resteront à la merci d'un Etat central attendant sa revanche. Sans doute les régions futures devront-elles englober plusieurs de nos provinces historiques pour être viables. Aparté : il est assez amusant de voir un groupe de réflexion d'Action française promouvoir l'organisation impériale à la limite de la confédération, mais ce n'est pas pour déplaire au Piéton du roi, qui, originaire du Bas-languedoc, est rétif à la centralisation des Francimans depuis Paris.

On touche ensuite au premier motif de ce projet avec le chapitre "Libération": la libération des professions et leur organisation en corporations. Le Groupement d'action royaliste a la fibre sociale depuis le début, dans la droite ligne des La Tour du Pin, Le Play, de Mun, Bacconnier, Bancel, tous ces gens dont les travaux furent à la base des lois sociales du Front populaire. Le livre fait la part belle à ce défi qui est à la fois central et complexe en évitant les slogans racoleurs. On y traite du syndicalisme ouvrier, de la sécurité sociale, de l'autonomisme local jusqu'à l'anarchie douce d'une vraie décentralisation. Plus que des mots, le combat affronte des titans bien vivants : capitalisme et socialisme qui se disputent encore la planète et l'asservissement des esprits. La France seule pourra-t-elle tenir à distance ces idéologies mortifères ? Peut-être mais à quel prix ? Car, à la fin de la réorganisation de l'outil France il nous faudra rester compétitifs et disons-le tout net, bien plus compétitifs qu'aujourd'hui où ce défaut majeur français est le premier vecteur de notre déclassement international (voir les études de Xavier Fontanet, un praticien de ces questions).
Il va sans dire que la libération du pays traversera nos universités dont l'autonomie sera pleine et entière.

Le chapitre suivant traite de "l'Art". Aucune incongruité dès lors que l'art et l'architecture sont deux piliers de la civilisation française et qu'à refaire une société nouvelle, il faut prendre en compte ces élégants soucis. Les Français de demain devront personnellement s'impliquer dans les arts afin que de la nation se lève une régénérescence ayant l'ambition de rayonner à nouveau sur les autres nations. Pays du luxe avec une bonne production littéraire, nous aurons moins de mal dans ce chapitre que dans celui de l'industrie.

Vient ensuite le chapitre de "l'Ecologisme intégral". On l'aura compris, l'intégral fait écho au "nationalisme intégral" de Charles Maurras, en ce sens qu'il ne laisse aucune activité humaine en dehors de lui. Les étages d'intervention s'empilent sans difficultés tant que demeure une conversation politique entre la nation et l'Exécutif. L'écologie humaine, régionale et nationale est gérable en tenant compte de la crise climatique réduite à sa dimension énergétique. Le projet réfute la pertinence de l'énergie nucléaire contre les énergies renouvelables, spécialement solaire. Il manque des chiffres de production opposables à la consommation et, bien que ce soit un autre débat, les causes et les moyens d'atténuation du réchauffement climatique font défaut. Le GAR englobe ce défi dans son travail sur l'écologie mais peine à déborder de l'hexagone. Au-delà il faut collaborer et donc "négocier" avec les intérêts parfois divergents de nos voisins. C'est finalement le seul vrai défi écologique : intégrer un ensemble de pays qui partagent les mêmes soucis et sont en capacité de déployer les mêmes moyens. Le Projet n'en parle pas. A preuve, la politique de la mer à qui on donne deux pages s'arrête à la ressource française alors que le Brexit nous apprend que la gestion halieutique est typiquement un problème international. A revoir donc ! Dans le chapitre écologique on ne peut éviter l'agriculture. Le Projet, qui promeut une agriculture traditionnelle respectueuse de la nature et des consommateurs sur l'axe de la Confédération paysanne, fait l'impasse sur l'agriculture commerciale française. Nous sommes un des grands acteurs mondiaux dans les oléagineux (graines à huile), les céréales (orge, maïs, blé dur, triticale, avoine, froment et même sorgho), laits et produits laitiers, sucre, vins, viandes. On parle de soixante milliards d'euros. A revoir donc en urgence !

Un chapitre important du Projet est la "Francophonie". C'est l'affaiblissement de l'usage mondial de la langue française qui a créé la Francophonie, à l'initiative de quatre chef d'Etat de pays décolonisés, Senghor, Diori (Niger), Bourguiba et Sihanouk au début des années 60. Il aura fallu deux conférences francophones à Niamey pour mettre le train sur les rails. La France, blessée dans son orgueil (déjà !) traîna les pieds et c'est le renfort du Canada qui viabilisa l'affaire. A l'instar du Commonwealth britannique, la Francophonie institutionnalisée est un soft power sans doute peu spectaculaire mais influent, à l'exception de l'Indochine maintenant anglophone et sinophone pour des raisons de développement économique assurant la survie d'une population grouillante. Ce qui rattache bien l'expansion d'une langue à la prospérité économique qu'elle permet, au-delà des grands auteurs ! On en revient toujours au binôme politique-économie dans n'importe quel ordre qu'on l'écrive. Une mention pour le Vietnam dont le gouvernement communiste s'accroche de manière ardente au club français pour prendre l'air que ne lui offrent ni l'ASEAN ni la Chine populaire.

On en vient au cœur du sujet : "La monarchie de demain" et l'introduction nous indique qu'il faut construire quelque chose et [ndlr: pas seulement courir les messes mortuaires, les galettes des rois et le camp viril] : "le problème des institutions se pose comme la condition de tout, comme l'obstacle contre lequel viennent buter toutes les nécessités, tous les besoins vitaux de notre société". Le projet part du constat que les libertés basses exigent le démontage d'une république massifiée, unifiée jusqu'au dernier bouton de guêtre (un exemple en passant du totalitarisme au jour d'écriture de cet article : les pharmaciens sont désormais autorisés à confectionner eux-mêmes du gel hydro-alcoolique anti-bactérien pour pallier la pénurie - gag soviétique : on n'a pas produit les flacons).

Après la doctrine comme souci, aurait dit Boutang, on en arrive à l'action : "Stratégie vers la monarchie". La libération de l'esprit par les bons auteurs et les cercles de réflexion débouche sur la pratique en commençant par le réseautage. Infuser la pertinence sociale de la monarchie exige une solide formation militante fondée sur des idées structurantes plus que sur des mots-clés. Réseauter c'est influencer, convaincre... convertir ! Le but est d'obtenir dans un espace donné une masse critique de gens convaincus ou attentifs auxquels on vendra le roi contre la liberté revenue. Ceci s'adresse évidemment à tous les entravés de la société actuelle et ils sont légions, les entrepreneurs, agriculteurs, innovateurs, commerçants, plus généralement les individualistes qui comptent d'abord sur eux-mêmes, les chefs de famille aussi, les cadres de grande entreprise et jusqu'à la technostructure dont certains éléments ont analysé la tyrannie gratuite avant de passer à l'ennemi, nous. Ce travail d'influence active fut maintes fois démarré mais n'a jamais abouti jusqu'ici puisque chez les encartés (ou abonnés) du mouvement royaliste il y a un trou énorme dans la pyramide d'âges entre 25 et 65 ans, c'est-à-dire entre la période de formation intellectuelle et la sortie des responsabilités professionnelles qui s'accommodent mal d'une compromission socio-politique, folklorique parfois. Mais nous le savons, nous ne pouvons pas lutter contre les allumés et la chevalerie, le royalisme en sécrète à jet continu parmi des populations accidentées de la vie qui viennent y chercher la rédemption de leurs échecs ou l'oubli de leur grisaille.

S'insère alors vers la fin de l'ouvrage le contrat passé entre les membres du Groupe d'Action royaliste, nommé "Notre Arche d'Alliance". La queue de trajectoire de cette association n'est pas moins que la survie de notre peuple. Elle motive tous les efforts d'étude du meilleur des régimes possibles dans son adéquation au pays de France, la propagande inlassable de cette espérance, la construction d'une perspective bénéfique aux gens du commun dans la promotion croisée des valeurs d'un humanisme chrétien avec le souvenir des Français d'exception qui nous ont précédés, de Beaudouin IV de Jérusalem à Jeanne d'Arc, de Cavelier de La Salle à Monsieur de Charrette et cent autres, de tous ceux qui firent la réputation mondiale des Français. Est-il besoin de rallier l'une des boutiques dynastiques pour y atteindre ? Frédéric Winkler nous dit carrément non :

« Nous nous adressons à ceux qui veulent avancer, concourir au retour d'une société organique. Nous reprendrons nos libertés que le système a non seulement confisqué mais que nous avons, par lâcheté et hédonisme laissé prendre. Nous laissons aux princes gérer leurs problèmes de dynastie car il nous importe d'abord de travailler à préparer le pays à leur retour. Peu importe le nombre, nous avançons et agissons, cela seul compte. On ne dira pas de nous que nous avons laissé l'avenir de nos enfants se perdre dans le néant du matérialisme. Le travail effectué depuis des années montre combien une poignée déterminée peut avancer. Ce message s'adresse à ceux qui non seulement peuvent être royalistes, attachés aux vieilles alliances celtiques, à la francophonie, mais à tout Français simplement conscient du combat profond qui se livre pour sauver l'humanisme [sens chrétien], face aux périls d'une société robotisée. Bref une nouvelle aventure qui, historiquement ne peut être que capétienne, nous évitant de sombrer dans l'abîme du libéralisme financier. Tiocfaidh àr là !»


C'est très bien. Ce qui va manquer dans le Projet de société du GAR, mais chacun a compris que l'agenda n'est pas publiable, c'est la transformation du mécontentement général - Macron nous fait un sacré cadeau de ce côté-là - en insurrection générale portant le projet monarchique dans le panier des solutions. J'ai coutume de dire que l'accédant ne sera pas le premier à Reims mais le dernier debout sur les ruines des institutions à Paris. C'est aussi pour cela que je privilégierais pour mon pari un athlète à un penseur. Mais il est temps de dépasser l'insurrection pour brosser le portrait de la monarchie revenue sur ses terres. Tout ce que nous avons dit anticipe donc une monarchie décentralisée. Jusqu'où et comment, c'est ce que nous allons essayer de comprendre sans refaire le constat de notre meilleur des mondes que nous connaissons trop.

Décentralisons, ancrons sur nos racines, procédons par ordres successifs à partir de la cellule familiale, exaltons la transcendance spirituelle, même si la déchristianisation profonde du pays range ce paramètre au rayon de l'utopie en terme de rendement. Comment tout cela s'articule-t-il ? Le projet de société de Frédéric Winkler n'est pas retranscrit sur une épure constitutionnelle et nous pensons avoir compris pourquoi. L'épine dorsale de l'analyse est dans le livre d'heures du prétendant Jean d'Orléans titré Un Prince français dont moult extraits rehaussent le texte. Or il est de notoriété publique que depuis Henri l'Ancien (1908-1999), la constitution de 1958 est le manteau royal qu'il suffira d'enfiler pour accomplir la promesse d'un retour de la royauté en France. C'est un régime parlementaire en droit, présidentiel en fait, qui laisse au chef d'Etat un domaine réservé sensé accroître son prestige et pérenniser l'action politique sans les cahots des majorités de la Chambre basse : défense et diplomatie. Mais ce régime qui ne détruit ni les partis ni les satrapies, moins encore l'Etat profond, ne peut assouvir l'ambition du projet de société du GAR. Vers la fin du livre, on reste donc sur sa fin car il manque la diagramme de synthèse qui va bien et permettrait de "visualiser" le nouveau régime monarchique.


Ne reculant devant rien, Royal-Artillerie remet au feu de la forge le régime nécessaire et possible que le Piéton a souvent proposé. De bas en haut (mais l'inverse marche aussi), des républiques autonomes territorialisées sont établies en métropole, basées sur les provinces. Leur circonscription n'est limitée que par leur viabilité économique puisqu'elles vont lever de l'impôt. Les régions de programmes existantes et précédentes produisent des statistiques utiles pour organiser leur liberté. Pour le gouvernement des pouvoirs dévolus à l'étage supérieur, ces provinces délèguent au sénat de Paris leurs représentants. L'Etat central est formé du domaine régalien et du domaine public commun. Le domaine régalien stricto sensu est remis au roi qui le commande lui-même et l'administre par son garde des sceaux. Le domaine public commun est gouverné par le premier ministre proposé par le sénat et nommé par le roi. Qui est dans quoi ?

Le domaine régalien strict comprend le Quai d'Orsay, le ministère des Armées, la Direction générale de la sécurité extérieure, la Banque de France et le Trésor public, le ministère des Finances, le services centraux de police et sûreté, la Gendarmerie nationale, la chancellerie, le conseil supérieur de la magistrature, la cour de cassation et la cour d'appel de Paris, la coordination européenne du domaine régalien.

Le domaine public commun comprend la cour des comptes, le conseil d'Etat, les parquets spécialisés et ceux de province, la coordination nationale de l'instruction publique (la fonction est décentralisée), le ministère des universités et de la recherche, la protection des instituts (ex-ministère de la culture), le ministère des solidarités (ex-Travail), la Caisse nationale d'assurance vieillesse, la Caisse nationale d'assurance maladie (les caisses primaires et d'allocations familiales sont décentralisées), l'administration des cultes, la construction et gestion des infrastructures de transports nationaux, la sûreté énergétique, l'écologie appliquée (développement durable, assainissement des nuisances), votre propre idée, la coordination européenne du domaine commun. La frontière entre les deux domaines sera sans doute disputée, surtout dans un pays qui a oublié comment fonctionne un Etat fédéral.

Les provinces sont administrées comme aujourd'hui bien que la pureté du modèle voudrait qu'elles choisissent chacune leur mode institutionnel. On y retrouve donc un parlement élu sur des circonscriptions territoriales et transversales à définir - cela fait déjà un sujet intéressant à suivre - et un exécutif désigné par les élus. Le principe général est de ne pas reproduire à l'échelon provincial les domaines gérés depuis le domaine public commun mais de se concentrer sur les domaines libérés de l'emprise étatique parisienne. Ainsi les préfets départementaux, qui aujourd'hui actionnent les décisions de Paris, seront-ils réduits en fonction, effectifs et déploiement à des missions de surveillance, relais et conseils à la manière des missi dominici. Les provinces autonomiseront les académies, les régions judiciaires qui traitent de la justice basse, mais les régions militaires comme les régions de police ressortissant au domaine régalien seront maintenues en l'état. Plus généralement les provinces auront une compétence universelle sur tous les sujets jusqu'au seuil non franchi des domaines centraux. Sauront-elles s'autonomiser réellement ? sauront-elles lever des taxes, des impôts sans quémander le blanc seing de l'Etat central ? c'est une question qu'on ne peut poser aujourd'hui, le personnel en place étant recruté dans le vivier des battus au plan national, c'est du second choix, la division 2.

A côté de ces organes de gouvernement prolifèrent des coordinations hors-Etat comme les chambres de commerce, d'industrie, des métiers, de l'agriculture, les syndicats professionnels et ouvriers, autogérés et autofinancés, corporations chargés entre autres de la formation professionnelle, des coopérations locales sans autre limite que leur efficacité, des projets inter-provinces en tous domaines, des synergies en régime mixte (public-privé) sur le seul critère de l'auto-financement. Un nouveau pays hérissé de libertés !

Nous empruntons la conclusion de cet article à Jean-Philippe Chauvin qui termine sa préface ainsi : « Ce livre que vous tenez entre les mains n'est pas un objet inanimé, il est un essai, une sorte de manifeste royaliste qui a vocation à provoquer la discussion et, aussi, à donner quelques arguments pour une monarchie sociale "à la française", active et politique : ce texte important rédigé par Frédéric Winkler est aussi un outil de travail qui peut être abordé et lu la plume à la main, et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives pour le royalisme, sur des thèmes que les monarchistes avaient parfois un peu négligés, pris par d'autres combats. Lisez, discutez, diffusez, mais aussi complétez : cet ouvrage doit jouer le rôle d'une pierre fondatrice, comme il est aussi un pavé dans la vitrine du "politiquement correct" et du "désordre établi" !» Je crois que c'est bien ce que Royal-Artillerie a tenté de faire.

On peut comprendre aussi que ce projet civilisationnel sera directement applicable à la société post-collapsus qui s'annonce, après la remise en cause du système de mondialisation des échanges et des productions. La pandémie en cours du coronavirus de Wuhan risque de provoquer l'effondrement des collaborations trop sophistiquées entre continents, alimentées par une croissance sans limites qui participe au dérèglement climatique (RA y reviendra dans un article prochain sur les lendemains obscurs).
Redisons-le avant de partir, le régime monarchique explicité par le texte inséré sous l'affiche du banquet camelot (annulé) n'est que phosphoration personnelle et n'engage en rien le Groupe d'Action Royaliste, lequel n'a délivré aucun Nihil Obstat. Le seul mérite de cet article n'est pas d'exister (ô vanité) mais de pouvoir être critiqué, déconstruit, reconstruit, pour avancer vers le meilleur modèle applicable.
Messieurs, à vos pièces !


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