lundi 25 février 2008

Kosovo 4/ƒ

blason onusien du KosovoNous ne laisserons pas Mitroviça sous le feu des canons albanais ! Comme le disait Albert Sarraut de Strasbourg à la remilitarisation de la rive gauche du Rhin par la Wehrmacht, la diplomatie russe manie le bâton dialectique, à défaut de pouvoir forcer une décision favorable à son allié serbe. Moscou envoie à Belgrade son vice-premier ministre et futur président Medvedev en compagnie du ministre Lavrov chargé des affaires étrangères. Il ne peut être question que de bloquer l'accès du Kosovo aux enceintes internationales et de discuter du futur oléoduc Mer Noire - Adriatique qui devrait traverser la Serbie, le tout enveloppé de la plus sincère chaleur humaine slave. Mille regrets, les divisions russes sont engluées en Tchétchénie.

Que la Russie mette désormais des bâtons dans les roues occidentales n'est pas pour déplaire à bien des pays, d'abord aux Grecs, et, gouvernement mis à part, à bien des Français également. Les Accords de Dayton de 1995 qui cessaient la guerre intra-yougoslave, ne prévoyaient pas la sécession de la province kosovare, pas plus que la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l'ONU de 1999, spécifique au Kosovo. On peut dire que c'est bien l'aggravement par les Albanais de l'insécurité de la province onusienne qui a conduit les pays engagés au Kosovo à s'en débarrasser. « La situation y est intenable », disait récemment un diplomate allemand. Il aurait pu rajouter "ras le bol" et sa pensée aurait été complètement exprimée.

Les Russes annoncent des réactions en chaine. Nous avons déjà dit ne pas croire à l'effet dominos. Mais le jeu de dominos intéressant directement l'affaire kosovare n'est-il pas déjà manipulé par le tandem serbo-russe, dans un sens offensif, puisqu'il n'est question pour eux que de dénoncer les républiques albanaises en devenir ? Vallée de Preshev en Serbie méridionale, Macédoine occidentale, districts albanais du Monténégro. A les entendre, ces cantons albanais enkystés au flanc d'états multi-ethniques "sans problèmes" sont sous la coupe de la mafia albanaise - les Russes savent de quoi ils parlent - et deviendront des abcès d'incendies racistes. En faudra-t-il beaucoup de poudre pour les allumer et prouver ainsi le bien-fondé de la "théorie des dominos" ? La suite nous le dira.

arson US embassy Beograd
Car il y aura une suite. Non par l'intervention musclée de la Russie qui est barrée de partout pour intervenir physiquement, si tant est qu'elle le veuille sincèrement. Elle a retiré son bataillon en zone d'occupation allemande (quelle ironie !) en 2004. La suite viendra plus probablement de l'irrédentisme serbe des cantons extérieurs qui peuvent légitimement user des mêmes ruses pour s'agglomérer à la mère-patrie quand celle-ci leur donnera le feu vert. Ce qui ne serait que justice. Les ruses des uns feront les ruses des autres. Et les Albanais de l'extérieur embrayeront à leur tour. D'ailleurs les esprits forts ne préconisent-ils pas le reclassement ethnique, chacun chez soi et les moutons etc. A oublier que si les chiens et les chats se détestent dans la même ferme, le fermier lance la fourche. Mais rien ne garantit qu'une fois reclassées dans des Etats homogénéisés, les ethnies ne profitent des moyens que procurent un Etat légal pour entrer tout simplement en guerre ouverte. La solution même difficile des conflits inter-ethniques au sein d'Etats multi-ethniques est souvent préférable à la solution de conflits ouverts d'état à état légalement constitués. Les Balkans héritent de frontières les traversant en tous sens, ferments d'autant d'Etats, prétextes à séparer les antagonismes. En vain ! C'est sans fin.

Jusqu'à se demander combien de décennies faudra-t-il pour régler la Question ottomane. L'homme malade de l'Europe, disait-on. Mais qui était vraiment malade ? Tout est parti du Congrès de Berlin (1878), en l'absence des Turcs et des Balkaniques qui n'auraient jamais pu s'entendre sur rien, notons-le, et 130 ans plus tard, en 2008, le processus reste inachevé ! Centre trente ans d'histoire qui couvrent 1300 pages, écrit petit ! Les Américains n'ayant pas eu le temps de les lire, il est normal qu'ils aient privilégié des solutions apparemment simples. En fait, il n'y a pas de solution. C'est le syndrome du bâton merdeux, plus facile à prendre qu'à lâcher.

C'est très frustrant pour un esprit cartésien. Mais il faut parfois accepter ses limites comme on le fait des mystères qu'on révère. Les Balkans n'offrent aucune solution de paix durable "à l'intérieur de frontières sûres et reconnues". Quelle n'était pas notre chance de profiter à deux pas de chez nous de l'Union soviétique et de la Yougoslavie qui se partageaient la police de cette région ! Et nous rêvions, béats, aux plages enchantées de la Roumanie de Ceausescu ou au paradis de l'autogestion titiste, en moquant le parapluie bulgare. Nous n'avions que des compliments à leur faire. Est-ce à dire que la botte de fer serait le seul principe de gouvernement convenable ? Les Serbes l'ont très longtemps cru. [soupir]

En passant, remarquons que les Turcs sont imbriqués dans les affaires européennes depuis bien trop longtemps et avec plus d'intérêts qu'il n'en ont poursuivis au Moyen Orient où seul l'irrédentisme kurde les a convoqués, pour que nous traitions la question turque, héritière de l'autre, par dessous la jambe.

carte Europe nuit

PS : A y regarder de près on verra que la procédure de reclassement des dominos n'aura pas été initiée par l'Etat kosovar, pour la simple raison que c'est un état-refuge qui veut maintenant consommer les crédits internationaux promis et se faire oublier, pour les raisons que donnait le général italien Fabio Mini dans un billet précédent. La Grande Serbie orthodoxe fera-t-elle face un jour à la Grande Albanie musulmane ?

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En attendant, marchons ensemble :
affiche de la manif Kosovo du 2 mars

1 commentaire:

  1. Ca y est, le Kosovo a atteint sa majorité diplomatique et accède donc à sa pleine souveraineté, pour autant que les millions de dollars étrangers continuent à couler entre les doigts des crapules qui le gouvernent.
    On reparle de trafic d'organes mais tout le monde s'en fout, la chimère bouge la queue et c'est bien le principal.

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