vendredi 14 mai 2010

Charnière Valois - Bourbon

Il y a quatre cents ans aujourd'hui, tombait sous le coup de poignard d'un fanatique le roi "huguenot" de France et de Navarre. Demain, les légitimistes français se réuniront à Chartres derrière le duc d'Anjou¹ pour célébrer la mémoire du sacre d'Henri de Bourbon en la cathédrale la plus chargée de sens de la chrétienté médiévale.
C'est l'occasion pour Royal-Artillerie d'archiver un texte sur la dernière famille royale française, qui fait le pont entre le premier accédant et l'issue en décrépitude. Ce texte a été édité par Lys de France. Les illustrations sont de notre choix.


Note (1) : le secrétariat du prince communique que « le duc a décliné l’invitation il y a déjà deux mois, il le regrette mais il a ce jour-là d’autres obligations et contraintes.»


Henri III - Henri IV


Henri IVSelon la maxime « le mort saisit le vif », Henri III mourant transmet à son cousin le royaume de France (tapisserie du XVIe siècle - Château d’Ecouen). Pourtant cette règle d’instantanéité de la succession (selon l’ordonnance de 1403) ne s’appliquera pas à Henri de Navarre car la règle de catholicité n’était pas respectée.
La crise religieuse provoquée par le protestantisme obligea Henri III, après avoir reçu le consentement des Etats généraux ligueurs, à confirmer par un texte normatif la règle coutumière du principe de catholicité du roi (édit d’union de 1588(1). A sa mort (1589), Henri de Navarre, chef de la Maison de Bourbon, devait lui succéder selon la règle de la primogéniture. Mais, le prince héritier n’était pas catholique. Henri de Navarre devait accepter la dernière règle de dévolution de la Couronne de France et se convertir : « Paris vaut bien une messe ».
La cérémonie du Sacre de Sa majesté le roi Henri IV se déroula dans la majestueuse cathédrale Notre-Dame de Chartres. Mais, contrairement à Louis XVI(2) qui était inaudible lorsqu’il fallut prêter serment de lutter contre les forces centrifuges du chaos, Henri IV, l’ancien membre de la « Religion Prétendument Réformée », le fit entendre clairement : « Je promets au nom de Jésus Christ, au peuple chrétien, qu’en bonne foi je travaillerai selon mon pouvoir à mettre hors de ma terre et juridiction tous les hérétiques déclarés par l’Eglise ».
Malheureusement, quelques années plus tard avec l’Edit de Nantes, il devint, pour les monarchomaques, un relaps. Le 14 mai 1610, Ravaillac l’assassina.

François HotmanDurant les guerres de religion entre 1573 et 1598, les monarchomaques (François Hotman, Théodore de Bèze, Duplessis-Mornay pour les protestants et Jean Boucher, Guillaume Rose pour les catholiques) proclamèrent l’origine contractuelle du pouvoir et l’obligation de respecter la loi divine et le droit naturel. Ils reprirent la théorie de saint Thomas d’Aquin selon laquelle tout pouvoir vient de Dieu. Pour lutter contre le tyrannicide, saint Thomas d’Aquin recommande la prière, l’intervention du pape(3), ou la déposition du roi par un groupe représentatif. Les monarchomaques, quant à eux, affirmèrent qu’il pouvait être assassiné par un héros manifeste envoyé par Dieu. Hostile à la pression de la Sainte Ligue lui « imposant » la règle de la catholicité, Henri III fit assassiner leur chef, le duc de Guise (1588(4). Le moine Jacques Clément lui fera justice et exhala l’âme du roi tyrannique.

C’est sur cette remise en cause du pouvoir monarchique que fleurit le Grand Siècle. La monarchie absolue sera alors « un moyen pour le roi de réaliser le bien commun de son royaume »(5). Michelet, pourtant peu complaisant avec l’Ancienne France, constatait qu’il y avait eu au XVIIème siècle, « le plus complet triomphe de la royauté, le plus parfait accord du peuple en un homme qui se soit trouvé jamais. Richelieu avait brisé les grands et les protestants, la Fronde avait ruiné le Parlement en le faisant connaître. Il ne resta debout sur la France qu’un peuple et un roi. Le premier vécut dans le second ».
Mais, comme le dira le Professeur Jean-Pierre Brancourt lors du prochain colloque « La religion dans la Cité » à la Sorbonne (samedi 29 mai 2010) : « En 1700, Louis XIV écrivait à son petit fils Philippe d’Anjou devenu roi d’Espagne : « écoutez, consultez votre Conseil, mais décidez : Dieu, qui vous a fait roi, vous donnera les lumières qui vous sont nécessaires tant que vous aurez de bonnes intentions ».
Louis XVIMais, le 25 décembre 1792, Louis XVI notait dans son testament politique « Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois ». En moins d’un siècle le roi de France, puissant, sûr de lui, et du bien-fondé de son autorité et du soutien accordé par Dieu, s’est métamorphosé en un personnage falot dont l’autorité s’est évaporée et dont l’idéal est de faire « le bonheur des peuples » en appliquant une loi castratrice et coupée de toute référence divine.

La conception du tyrannicide resurgit au XXème siècle dans une Allemagne païenne. Malgré la politique de déchristianisation menée par le régime démocratiquement élu, une résistance d’inspiration chrétienne la releva. Jean-Louis Thiériot(6) dans l’entretien qu’il accorda au Figaro hors-série Opération Walkyrie rappela que « Dans sa jeunesse, Stauffenberg avait été un catholique d’habitude. Confronté à l’horreur du nazisme, il revient à l’éducation religieuse de sa jeunesse. Il consulte les bons auteurs. Sa réflexion sur la guerre juste se nourrit de la lecture de saint Thomas d’Aquin ». Philippe Maxence dans l’Homme Nouveau(7) précisa que la Gestapo avait saisi l’encyclique de Pie XII Mit Brennender Sorge et les sermons du « Lion de Munich », Mgr von Galen, opposant irréductible au nazisme. Avant de commettre l’attentat contre Hitler, suivant l’exemple du roi Charles Ier d’Autriche qui missionna secrètement Sixte et Xavier de Bourbon-Parme d’entreprendre des négociations de Paix avec la France de Clémenceau, le vicomte-colonel Claus von Stauffenberg sollicita le Prince de la Trémoille. Curieusement, au lendemain de son entrevue avec Sir Hamilton, haut dignitaire britannique, le dernier Prince de La Trémoille rendit l’esprit.

Nicolas Chotard

Président des Lys de France
(Lettre LDF du 8 mai 2010)
www.lys-de-france.org


Note (1) : Selon le fameux arrêt de Parlement de Paris du 28 juin 1593 (arrêt Le Maistre), un prince étranger ne peut pas monter sur le trône de France. Cependant, il ne s’agit pas d’une règle de nationalité mais du principe de sanguinité (il faut entendre : être étranger à la famille royale).
(2) : Comme le rappelle si bien Dominique Venner dans La Nouvelle Revue d’Histoire (Janvier-Février 2010) : Concernant le titre de l’ouvrage de Jean de Viguerie, il faut comprendre que cet excellent historien utilisait « roi bienfaisant » de façon très critique. Il visait en effet l’éducation donnée au futur Louis XVI dans l’esprit peu réaliste de Fénelon qui, dans son opposition à Louis XIV, souhaitait que les successeurs de ce dernier aient comme préoccupation dominante d’être « bienfaisants ». Et Viguerie ironise sur ce conseil qui devait coûter si cher au malheureux Louis XVI.
(3) : Les monarchomaques protestants prétendaient que c’était le peuple qui jouait le rôle d’intermédiaire entre Dieu et le roi.
(4) : Son frère, le duc de Mayenne se déclarera Lieutenant Général du Royaume.
(5) : « Les Parlements contre l’absolutisme traditionnel au XVIIIème siècle » Olivier-Martin, Paris, 1997.
(6) : Stauffenberg, Perrin
(7) : N° 1439 du 14 février 2009.

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