samedi 11 février 2012

Renault global


L'ouverture d'une grande usine Renault à Tanger fait trop de tapage, la nouvelle a failli écraser le mauvais temps, c'est dire ! Ça la fout mal en période d'incantations relocalisatrices et surtout mesure l'impuissance de la sphère politique nationale sur l'industrie globalisée. Carlos Ghosn est trop poli pour envoyer les candidats se faire foutre mais il le pense si fort que ça s'entend. Politique d'abord c'est terminé, depuis longtemps. L'économique prime.
Comme tout acteur d'un marché mondial, la firme au losange efface les frontières de ses plans stratégiques pour gagner des parts du gâteau, objectif obligatoire pour ceux qui veulent continuer d'exister. Il faut vendre les voitures sur les marchés qui en achètent, aurait dit La Palisse. Les marques disparues ou en voie de l'être furent de bonnes marques. Nous ne citerons que les morts de ce siècle à peine commencé : Hummer, Matra, Mercury, MG-Rover, Oldmobile, Plymouth, Pontiac, Saab, Santana, Saturn, Volvo et nous glisserons sur le trophée du rastacouère qu'est devenu Jaguar. Se battre donc sans hésitations, un concept finalement très peu politicien où chaque pas est d'abord mesuré par sondage d'opinion avant d'avancer le second pied. Carlos Ghosn n'a rien à faire dans la campagne électorale et ne l'envoie pas dire.


La presse économique a fait de bonnes analyses de la stratégie des deux constructeurs français qui ne s'en tirent pas si mal (Les Echos, La Tribune). Reste que nos usines crèvent. En dix ans, le volume de véhicules tous types confondus produits par PSA et Renault dans le monde (source OICA) a augmenté de 18,75% et la production automobile française a décru de 33,47%. Pour mémoire, sur la même période la production en Allemagne n'a décru que de 6,42%. En quatre chiffres :
France production totale tous types : 2010 = 2227742 | 2000 = 3348361
PSA+R production mondiale tous types : 2010 = 6321810 | 2000 = 5323765


Il y a changement de paradigme. Nos constructeurs hexagonaux tiennent bon parce qu'ils ne le sont plus, avec un rétrécissement de parts de marché de seulement 1 point (8,12% contre 9,12) tenant compte de la montée en puissance de l'industrie sino-chinoise qui explose.
Par contre, nous nous dirigeons au plan français vers une industrie automobile de niche. Notre part "nationale" du marché mondial est passée de 5,74% à 2,86% en dix ans. Peugeot comme Renault cherchent des "spécialités" pour palier l'amortissement du segment gamme moyenne, mais les contraintes de prix et de solvabilité des acheteurs en année de récession cassent les pronostics.

Il faut être niais, ou simplement hors du réel, de croire que le remède au chômage français puisse venir des constructeurs eux-mêmes, qui se projettent sur un vecteur ascendant de production globalisée. Aussi les remontrances de la classe politique à leur endroit sont comme pluie d'hiver sur le cormoran. Ce n'est pas leur problème si les réflexes soviétiques persistent dans notre société de revendications. Ils ne peuvent donner que le travail qu'ils gagnent, et en doivent partout !

Plutôt que de lever le poing au ciel, nous devons développer de l'industrie à travers des métiers neufs et sans tarder, car les courbes ne s'inverseront pas. Innovons ! Découvrons ! Inventons !

vendredi 10 février 2012

Civilisations guéantiques


Pauvre M. Guéant, battu sur le bilan de la sûreté publique, il s'affaire à populariser les thèses de son maître que plus personne ne croit. Même si la république est devenue l'abri de toutes les civilisations de la planète, les hiérarchiser est un pas de clerc comme en font les canards sans tête de l'agitation médiatique en campagne. Bien sûr que les civilisations sont diverses et ne se valent pas, mais en quelle devise les valorise-t-on et qu'en est-il au fond de leur classement ? C'est quoi d'abord une "civilisation" ?
Différente d'une culture, d'une mémoire, d'un codex de moeurs, une civilisation se mesure à son empreinte dans la dimension espace-temps. Qu'en dit mon vieux communiste favori, Maurice La Châtre dans son dictionnaire universel de 1856 ?
CIVILISATION.  s.f. Opposition à la sauvagerie. | Dans un sens plus étendu, développement intellectuel et moral d'une fraction de l'humanité, d'un peuple; la part que ce peuple apporte à l'oeuvre commune; son rôle à la fois spécial et général. | Dans un sens encore plus étendu , une des époques, phases ou périodes évolutives de la marche progressive de l'humanité. | Absolument, mouvement permanent et progressif de l'humanité vers la liberté, l'égalité et la fraternité : sublime formule mise en lumière par la glorieuse Révolution française. La date précise où ce mot apparaît dans la langue est importante, parce qu'elle est aussi le moment où éclosent en France et en Allemagne des théories entièrement nouvelles sur le développement historique de l'humanité et la perfectibilité de l'homme social...(viennent ensuite dans l'article, Pascal, Bossuet, le napolitain Vico, Lessing, Herder, Condorcet et son Tableau de l'esprit humain, mais pas Guéant)
Après sa minute érudite, La Châtre en vient au vecteur premier de civilisation, la Loi de Progrès, l'histoire comme "une longue théorie de théorèmes sociaux logiquement enchaînés les uns aux autres". Les peuples de la Terre sont voués à l'échelle de perroquet du progrès, qu'ils gravissent chacun à leur rythme. Il n'y a qu'une échelle, celle de la "sublime formule". Il est facile d'évaluer l'avancement respectif des civilisations différenciées jusqu'au jour où la boule de neige du progrès tournant sous la main du temps ramassera toute l'humanité. C'est l'idéologie socialiste actuelle.

Mais non, ça ne marche pas comme ça. La plupart des civilisations que l'homme créa naquirent et moururent, à l'exception de la civilisation chinoise fleurissant sur ses terres depuis cinq mille ans. Les grandes villes mésopotamiennes de terre cuite ont laissé le souvenir de puissantes civilisations "impérissables". La civilisation égyptienne écrase encore d'une lourde empreinte tout le bassin du Nil, sans héritiers. Les vestiges des empires pré-colombiens attestent d'un monde très développé et passablement cruel, disparu. Ces civilisations sont-elles mortes de n'avoir pas connu la Révolution française et sa Loi de Progrès ? Elles le furent surtout de n'avoir pas été copiées. Et que dire de la mère du monde, la péninsule indienne en métempsychose permanente sur place ? Elle frémit aujourd'hui à l'annonce de son décollage après avoir essaimé des mythes autour d'elle pendant des millénaires.

 Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour ses lois
A l'inverse, les deux grandes civilisations cousines de Méditerranée, le monde hellène et le monde latin, perdurent en Europe et dans ses projections américaines parce qu'elles ont établi des bases sociales et étatiques indépendantes des régimes politiques qu'elles ont connus, avec une puissante rémanence du droit naturel codifié que tout le monde a conservé. Pour la première fois dans cet hémisphère, elles privilégièrent l'intelligence à la force. Les racines de la civilisation française sont, malgré les Croisades, gréco-latines et ses moeurs judéo-chrétiennes ; ces dernières sont en pleine liquéfaction quand les premières demeurent. Sur les territoires où ces bases ont été effacées est revenue la barbarie, décorée des frêles arabesques de la nouvelle théocratie orientale, portée par le vent de la Conquête arabe pour l'assujettissement de tous aux rêves éveillés d'un analphabète. De si belles choses y furent bâties, mais vides de sens.

Si l'on doit classer les civilisations le pistolet sur la tempe, on classe forcément les valeurs qui les cimentent. Jusqu'à une époque récente, celles-ci visaient d'abord à la pérennité du modèle. La cité passait avant le citoyen, même s'il fallut beaucoup de persévérance à Confucius en Chine pour organiser chacun au bénéfice de tous. C'est la théorie du rouage et des hiérarchies, les empires d'Asie poussèrent le concept à fond, par les castes en Inde et les ordres en Chine et au Japon. Puis s'est éveillée en Europe à la Renaissance l'exaltation de l'individu et l'organisation de son environnement au profit de son accomplissement, du moins dans la philosophie du projet. Contrairement à une idée répandue dans la famille Guéant, ce modèle individualiste s'est assez peu exporté, même dans les colonies européennes de couleur. Après le reflux occidental, les civilisations qui ré-émergèrent revinrent au concept de la défense collective. C'est bien pourquoi les "droits de l'homme" y restent un slogan d'accès aux guichets internationaux et pas du tout une pratique quotidienne. Le souvenir de leur abaissement et de leur humiliation est assez vif encore dans leurs esprits pour qu'ils remettent à plus tard la mise en conformité aux critères internationaux de leurs moeurs, critères qui s'avèrent n'en être pas.

Nous n'avons pas parlé de l'Afrique, que nous réservons à une prochaine fois. Pour terminer, M. Guéant aurait pu soutenir que dans l'accomplissement des libertés individuelles, certaines civilisations précèdent les autres sur l'échelle du temps, et nous lui aurions répondu que l'incertitude de leur pérennité pouvait entamer gravement le pronostic de l'atteindre. La meilleure des civilisations est celle qui s'occupe du bonheur au moment et dans le temps. Un laboratoire s'y emploie aux confins du monde, le Bouthan. Allons-y voir et taisons-nous.





jeudi 9 février 2012

Ça sent le cèdre pour l'Occuliste

Le bouclier sino-russe est de peu d'efficacité contre les insurrections syriennes. Il permet l'exercice local d'une brutalité sans retenue, en contrepartie de quoi les diplomaties des pays-veto sont définitivement tachées de sang. Ce bouclier assez stupide protège le régime Assad contre toute intervention étrangère... qui ne viendra pas. Et le commandant de la base de Tartous se crève les yeux aux jumelles, comme le garde-frontière du Désert des Tartares.
De la consultation de relations libanaises personnelles impliquées, il ressort que le clan Assad n'avait que deux choix. Gagner du temps par tout moyen pour muscler le parti Baas contre celui des Frères musulmans et lui imposer une cohabitation à l'égyptienne ; à défaut d'y parvenir, déclencher une guerre confessionnelle obligeant les "maisons-mères" à se ranger en ordre de bataille, le théâtre d'opérations restant en Syrie où il pouvait être contrôlé par un régime puissamment armé. Viendraient en renfort plus qu'aujourd'hui les soutiens chiites (Irak, Iran) et sunnites (Golfe, Palestiniens) et le nombre de chars ferait le vainqueur au milieu des ruines fumantes du pays, Bachar al-Assad. Les émeutes s'étant précipitées, les deux fers sont au feu.

Le parti Baas accumule les prébendes et positions-clés détenues jusqu'alors par l'Etat syrien et cherche à se déployer sur tout le territoire électif avant l'entrée en vigueur du multipartisme de façade qui, à travers les législatives, devrait lui donner une nouvelle légitimité. Peut-être faudrait-il commencer par y croire soi-même, ce dont je doute.
Reste le chaos et le sauveur.

Hélas, malgré les provocations, trop grosses pour bouter feu aux communautés, la guerre de religions ne prend pas. Pire, les communautés sont en train de se diviser en trois morceaux, assadistes, inquiets silencieux, insurgés, ce qui génère une vraie guerre civile. La dernière à se fendre sera la communauté chrétienne qui ne sait plus où elle habite. Les Alaouites qui jusqu'ici tenaient le haut du pavé, craignent de faire les frais d'une épuration à la rwandaise qu'ils voient en songe et se divisent. Leurs intellectuels se rangent au côté de la Ligue arabe et demandent ouvertement la fin de la répression. Les dénégations du président jurant la main sur le coeur ne rien vouloir d'autre que la paix civile, ne sont plus crédibles, même pour sa communauté d'origine.
Les Druzes, les plus anciens des aborigènes, ont en Syrie le contigent le plus important. Du côté du manche jusqu'ici, ils se sont révoltés mardi dernier à Souwaida. Les exhortations du comprador de service ne suffisent plus à retenir une jeunesse voulant en découdre, au sens littéral.
Les Kurdes, habitués aux promesses oubliées de tous pouvoirs, ont moyennement apprécié l'attaque contre eux d'éléments du PKK (anti-turc) à Afrin le 3 février dernier, visant à les partager. Les hommes d'affaires kurdes de Syrie viennent de créer un Conseil économique kurde oeuvrant à la protection des populations kurdes, mais pouvant servir d'embryon à une structure d'autonomie dans la Syrie post-Assad. Ils se distancient de Damas pour prendre sans doute aucun leurs appuis au Kurdistan irakien.

Et les Chrétiens ? Traditionnellement baathistes (le parti laïque Baas fut fondé en 1943 par le grec orthodoxe Michel Aflak, formé à la Sorbone), les Chrétiens ont jusqu'ici exploité la posture de protecteur des minorités prises en Irak et en Syrie par les présidents du Baas. Entre le marteau et l'enclume, titre l'hebdomadaire parisien La Vie, les communautés chrétiennes avaient échangé les libertés individuelles et les "droits" contre la sécurité. Le métropolite catholique d'Alep dénonce donc l'insécurité provoquée par les gangsters et les extrémistes étrangers sur la même lecture que celle du pouvoir, mais en appelle à l'Eglise orthodoxe russe pour les sauver, en instrumentalisant la communauté syrienne orthodoxe très menacée par son imbrication dans la région alaouite. Moscou a plus de divisions que le Vatican. Le ministre Juppé, qui ne rate jamais une occasion de se taire, a déclaré à L'Orient-Le Jour que les Chrétiens n'avaient pas d'avenir à soutenir un régime sans avenir. Sympa, mais comment faire au quotidien ? La minorité chrétienne a la particularité d'être plus visible que les autres minorités, et de n'être défendue jusqu'ici par aucune puissance digne de ce nom, depuis la fin du Mandat. La Russie voudra-t-elle assumer ce protectorat ? Il n'y a pas d'alternative. Tous orthodoxes et c'est Bysance.







mardi 7 février 2012

Du bon sens (capétien)



S'il ne fallait retenir qu'une seule raison de rappeler le roi, la disparition de la "campagne" obscène qui se déroule sous nos yeux afin de pourvoir à la fonction de chef d'Etat, serait suffisante. Il faut partir quinze jours à l'autre bout du monde ou en Lozère et revenir, effaré, pour goûter en fond de gorge le reflux œsophagique de cet écœurement.
Les Français, enfin une bonne moitié, sont totalement addictés au spectacle du cirque présidentiel et 16 millions de badauds ont écouté le 29 janvier le nouveau Janus au nez de Pinocchio, président jusqu'au bout et candidat dès maintenant à sa propre succession dont il critique le bilan de clôture. Ce dimanche-là, on se serait cru à Pyongyang sans la neige, six chaînes majeures étaient convoquées à l'oracle que les autres commentaient en boucle, et la nuit passa en "réactions". Il ne ne restait d'épargné que Gulli !
Ne voulant participer à l'étripage convenu d'une nomenklatura connivente, Royal-Artillerie ne va pas fracasser les propositions des uns sur les propositions des autres, et pas non plus altérer les programmes ronflants des capacités de l'impétrant à les mettre en oeuvre. Le niveau de la classe politique s'est de beaucoup affaissé comparativement à ce qu'il était il y a trente ans, du fait d'un recrutement de fond de panier, l'excellence ayant de meilleurs plans dans le cadre de la globalisation. L'ami des pauvres est le plus thuné du manège mais compte sur sa bouille de clerc pour enfoncer les autres, l'expérience est soutane jetée aux orties. Seule vaut la gouaille au pupitre, le bruit des incantations, et ne pas se rater au baisser de rideau comme éviter la pantalonnade, ce qui est pareil.

Notre beau pays - on finira par se le faire voler à force - se ruine en temps de paix dans les déficits en tous genres et surtout celui d'intelligence. Aucun des intervenants au pupitre de la démocratie d'opinion ne remet en cause le modèle soviétique révisé qui persiste à casser nos valeurs, nos atouts, notre génie national. Comment expliquer le maintien sous perfusion d'un modèle social en banqueroute, dont aucun de nos voisins ne voudrait (sauf les Belges wallons peut-être), sinon par le poids écrasant d'une idéologie égalitaire qui veut tout répartir au motif des principes d'équité de la Révolution française. Deux siècles ont montré que ces beaux principes étaient pervers d'application, car les hommes qui les exercent sont "étonnamment" imparfaits. Dans cette veine il n'est aucun salut. Un seul axe vaut, celui du bon sens, et disons-le tout net, du bon sens capétien : pas de paperasse, réfléchir, agir ! Faut-il encore avoir avoir reçu l'éducation idoine. Les grands dirigeants de notre république plumitive sont des ratiocineurs de complexités, pas des esprits clairs.

Du bon sens en gestion
Il serait temps de faire plus simple pour relever le pays. Est-il par exemple scabreux, injuste ou ridicule d'établir la nécessaire providence de l'Etat à l'endroit des citoyens sur les moyens que lui procure concrètement la nation ? Le Pib étant mesuré à tel niveau, la république se voit allouer un budget de tant pour couvrir ses fonctions régaliennes et de secours, moyens qu'elle sera autorisée à lever par l'impôt. Le budget annuel serait bien évidemment voté en équilibre, même si son exécution pouvait ultérieurement dégager un bénéfice ou montrer un déficit. Nous faisons tout l'inverse, on reporte les besoins d'une année à l'autre, on les chiffre et on emprunte près du tiers¹ du montant trouvé pour le financer, oui 30,61% en 2010 ! Aucune entreprise humaine ne peut résister à ça et son patron va en prison. La compta publique c'est par ici, et le travail de Bercy est très lisible. Ce chiffre de 30% est soigneusement caché au grand public dont on enfume le jugement avec le petit chiffre du pourcentage de déficit rapporté à la richesse nationale, le Pib. Un petit 5%, puis un petit 3% d'objectif de perte. On ose continuer à perdre avec une dette monstrueuse que l'on creuse encore, et la ministre du Budget fait sa mijorée à l'annonce des mauvaises notes des agences. Cela pourrait bien finir au tribunal après cataclysme économique.

Un candidat honnête devrait annoncer un retour aux équilibres le plus rapide possible quoi qu'il en coûte... à L'ETAT ! Pas à la nation ! A l'Etat ! Et au-delà de cet objectif primordial, un programme de réduction de la dette publique, sur deux décennies par exemple, financé par un excédent budgétaire à rechercher, comme le font des pays sérieux du Nord de l'Europe. A ce jour, nous n'avons entendu aucun des candidats sur cette ligne. Ils jouent à cache-cache avec la réalité, invoque la complexité, poussent devant eux les experts. Mais la cible n'est pas compliquée, seul le chemin pour y parvenir est semé d'embûches et convoque l'art politique. S'ils n'y connaissent rien, qu'ils restent donc chez eux !

Du bon sens au négoce
La ponction moins grande de l'Etat sur la nation ravivera l'économie - il pompe aujourd'hui 56% de la richesse produite chaque année - mais l'équilibre de notre commerce extérieur n'en sera pas pour autant atteint. Appliquons là-aussi le bon sens sans s'éblouir de notre orgueil national. Notre industrie est malade. Il est convenu de montrer du doigt les PME, pas assez aidées par les grandes, pas assez offensives, en délicatesse avec leur banque. On oublie dans la liste des causes leurs patrons, qui ont pour certains la fâcheuse habitude d'assécher les trésoreries pour humer le fumet d'une vie de riche, qui se contentent des positions acquises un oeil sur le cours de bourse, et ce n'est rien dire encore des héritiers. Avant de partir pour le crématorium, derrière l'Hispano-Suiza du mort aurait dit Barenton², on cherche le fonds de pension américain qui va vous débarrasser des soucis d'entrepreneurs et vous permettre de vous recycler gavé dans le foncier à Ibiza. Il en est aussi de formidables, passionnés jusqu'au bout, qui n'ont pas le bagout nécessaire pour capter l'attention, qui sont la chaîne du tissu industriel français. Désabusés on ne les entend pas. Mais à l'inventaire de nos insuffisances, on exonère les grosses entreprises des causes du désastre.
Le bon sens du poisson qui pourrit par la tête nous indique que l'attention devrait se porter sur le haut management. C'est tabou. Peut-on mettre en doute l'excellence managériale des X-Mines et Ponts, des Centraliens, des Supelec et même des HEC ? La classe dirigeante accepte qu'on critique la cooptation endogamique des conseils d'administration, sans doute pour signaler en creux qu'il n'y a pas de places libres, mais pas le génie universel de nos grandes écoles. Certes, ils ont concouru et les meilleurs "polars" ont gagné ; mais les managers de même niveau, sortis des universités étrangères, leur mangent la soupe sur la tête. Il y a un truc ! En plus d'une suffisance congénitale - voir la liste des contrats internationaux perdus par vanité - on décèle les défauts dont le plus courant est celui la compétence en équipe occultant une moindre valeur individuelle dans le travail personnel. C'est le propre de la filière prépa-grande école de former des bêtes à concours à la tête moins bien faite. Au contraire de quoi, l'université, après un sévère écrémage, que des andouilles lui reprochent, produit des compétences automotrices, capables de s'investir à fond dans des projets et ne craignant pas la solitude de la réflexion poussée.

Le bon sens, encore lui, voudrait que l'on réserve la filière grande école à pourvoir l'Etat, ses arsenaux et ses armées, et rien d'autre, comme l'avait senti Napoléon. Et que l'on ouvre les directions générales du CAC40 à des docteurs de la filière universitaire. Sans sacrifier à la mode nouvelle de Montoire, signalons que bien des patrons de la Deutschland AG ont commencé leur cursus par l'apprentissage et l'ont achevé par un doctorat. Passons voir la mise à jour et fermons la parenthèse.

Je vais regarder ma télé ce soir au cas où une de ces idées y serait promue. Sait-on jamais, les miracles existent, la meilleure preuve n'en est-elle pas l'Euromillion ?.


(1) Sans pouvoir démonter la créativité comptable des services de Bercy, ils disent avoir dépensé 365,9 milliards d'euros et encaissé 253,9 Md€ en 2010. Pour 2011 ils "font" les chiffres.
(2) Propos d'un confiseur d'Auguste Detœuf

dimanche 5 février 2012

Un "six-février" en 2012 ?


La République des concussionnaires faillit mourir au sixième jour de février 34. Le hasard, les circonstances, lui accordèrent un sursis à exécution de six ans. Liquéfiée à terme, elle disparut à l'égout, dont on tira cinq ans plus tard la même mouture recyclée prenant le numéro suivant. Pour seulement treize ans. Au bout desquels elle rendit les clefs à son fondateur qui, un numéro plus loin, en fit sa chose. Celle-ci va fêter ses 53 ans le 13 mai prochain si on compte le premier jour de la V° République au putsch d'Alger. C'est beaucoup pour une République. La déliquescence de ce régime césarien exacerbé par le quinquennat, est conduite par l'impéritie d'héritiers sans talents ; annonce-telle un saut de numéro ? Si ça vous amuse ! répondrait le président Mitterrand !

La question du jour ne peut-elle être : un 6-février bientôt ?
Y a-t-il des analogies ? Oui et non. Si la crise économique est bien là et que la crise sociale induite pointe l'oreille, il n'y a pas de ressentiment profond contre la classe politique, bien que des affaires comme Karachi, Taïwan puissent y suppléer. Le "tous pourris" est un agacement populaire qui peut dégénérer au pire en entartage ! Il n'y a pas non plus de structuration du peuple en ligues comme autrefois, pas plus d'ailleurs qu'une vision structurée¹ de la société, laissée à la satisfaction de ses besoins et loisirs. Disparue aujourd'hui l'éthique fasciste de Drieu La Rochelle, souvent appariée à l'esthétique de Robert Brasillach* dont la gravité fait sourire de nos jours : « Le facisme n'était pas pour nous une doctrine politique, écrit ce dernier en 1941. Il n'était pas davantage une doctrine économique... Le fascisme c'est un esprit » (Notre Avant-guerre). Drieu était plus lyrique encore quand il affirmait dans L'Emancipation Nationale que « c'est le mouvement politique qui va le plus franchement, le plus radicalement dans le sens de la restauration du corps - santé, dignité, plénitude, héroïsme - dans le sens de la défense de l'homme contre la grande ville et contre la machine ». Que l'on puisse appliquer la devise, juste coupée après "homme", aux jeunes russes du Komsomol n'étonnera personne d'informé. «Qui possède la jeunesse, possède l'avenir» disait-on à l'Est, et son encadrement allait de soi. Les temps étaient à l'exaltation d'une jeunesse saine et généreuse, printemps du monde nouveau. Normalement on devrait incruster ici le MP3 de la Giovinezza italienne pour planter un piton.
Nous sommes loin de tout ça. Discobole mal en phase avec son futur, Drieu La Rochelle interrompra sa "marche au soleil" en 1945, non sans avoir exploré l'écho marxiste de son fascisme bucolique. L'esprit² de 34 avait vécu, écrasé sous ses propres bombes. L'éthique naturelle qu'on ne disait plus fasciste sera reprise par d'autres tout au long de la reconstruction européenne dans des mouvements anodins virilisants sous la rosée matutinale, jusqu'au jour de l'étouffement mercanti, ordonné par la société de consommation et de jouissance à crédit. Les fumées de shit ont remplacé l'air pur de la cambrousse. Il n'y a plus d'idéal, il n'y a que des besoins.
* messe du souvenir pour Brasillach, fusillé le 6 février 1945, pour sa sœur Suzanne (†2005) et son époux Maurice Bardèche (†1998), ce lundi 6 à 10h à Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris.

Si le fascisme est passé de mode, si le naturalisme fleuri qui fit les beaux-jours des peace&love s'est éteint dans le caporalisme écologiste, si le Sens de l'histoire a curieusement disparu à la chute du Mur et laisse tourner en rond la générosité de la jeunesse, une rébellion molto strano n'en gronde pas moins. Chez nous les experts la situent dans "la France invisible" et d'une rébellion épisodique à la révolte générale il y a peu à franchir. N'attendons pas l'Insurrection qui vient portée par les maigres effectifs d'un prolétariat en fuite vers le tiers-monde - quoique mille Black Blocs puissent faire des dégâts -, pas plus une révolte altermondialiste confisquée par des professionnels de l'agitation payée au mois ; mais une révolte complètement démocratique de la jeunesse - au sens péjoratif grec - abusée par la gérontocratie en place.
Palliant le mutisme du Ministère de l'Intérieur, la Fédération des pompiers décompte 30.000 voitures brûlées en 2011, sans compter la statistique Paris et Couronne en cours ! Los indignados s'amalgameront-ils avec les incendiaires des cités ? Quand ? Faudra-t-il lancer sur nos places Tahrir de faux révoltés pour les vaincre par absorption ? Les digéreront-ils ? Que les officiers de pont du Titanic se rassurent, les insurgés disparaîtront probablement de fatigue tous seuls au bout de quelques mois, mais notre société se sera échouée, ils auront noyé la salle des machines, le poumon d'acier de l'Etat en réanimation, cet Etat impotent qui prend son oxygène de la confiance des prêteurs étrangers qui le perfusent. Il sera à terre, sans le sou, à la merci des usuriers qui dépèceront le pays. Ça a commencé. Les investisseurs arrivent.


Que penser du grand foutage de gueule quand on a vingt ans ! Le mois finit le vingt si l'on a un travail, on se loge par miracle, par copains, par maman, les remarques les mieux fondées, même civiques, se brisent sur le mur des guichets qui ne sont jamais responsables, la force a toujours raison, la couleur de peau fait le suspect, tout ira mieux demain, les politiciens s'occupent des futilités nécessaires, le parlementarisme joue à chat avec un exécutif d'annonces, et chacun de s'abonner au syndicat des sortants car l'échéance du bail approche. Pas d'idées neuves, pas de courage politique, des mots, des slogans usés, de la com, des spin doctors par wagon complet, des plateaux télé, des tweets, de bons jeux de mots et des mauvais ! A la fin rien ne bouge, un peu de presse, un peu d'écume c'est tout. Non ! Des millions de chômeurs.


La jeunesse est manipulée, surtout par ceux qui s'en disent proches ; mais elle le sait. L'élan des "indignés" a pris naissance dans l'opuscule d'un vieillard scandaleux, Hessel, posture et imposture, organisateur avec d'autres à la Libération, de l'Etat invasif baptisé social-démocratie. Devenu Providence par inclination naturelle des gens à l'indolence, cet Etat en faillite ferme aujourd'hui les fenêtres de l'esprit et de la contestation pour jouir des derniers remugles de son pouvoir sur la nation dont il tire toute substance et rémunération. Au-delà du débat philosophique entre l'histoire faite et l'histoire en perpétuelle construction, toute l'affaire des lois mémorielles d'obligation³, les lois de contrôle des libertés internétiques, celles réglant les comportements sociaux et calibrant les moeurs acceptables, les interdits de la nouvelle coutume éditée par les ligues morales, tout converge à la contrainte au moule pour mille choses du quotidien. La fabrication de l'homme nouveau n'a jamais été aussi avancée et insupportable littéralement. Qu'il est loin cet homme nouveau en chemise d'uniforme brune ou noire ! C'est son cerveau qui est maintenant vêtu par l'Etat, sous l'uniforme de la pensée unique.

Y a-t-il des analogies ?
Peut-être ben qu'oui ! Reste à observer où s'allumera la mèche d'un prochain "six-février". J'attends.



(1) Voir les leçons de l'échec tirées par Maurice Pujo.
(2) On peut creuser la question en ligne avec Persée qui publie les notes de Raoul Girardet sur l'esprit d'un fascisme français de 34 à 39.
(3) Au débat du 23 janvier dernier pour le vote au Sénat de la loi anti-turque, le sénateur corse radical Alfonsi s'exclamait au micro en des termes approchant ceci : "Tout le monde est contre cette loi ubuesque en commission mais une majorité sera trouvée en séance pour la voter !" Les clients du jour étaient les franco-arméniens. Que vendra-t-on demain aux franco-turcs, franco-machins ou franco-trucs pour ramasser cent mille voix au râteau croupier ? La classe politique se défend chaque jour de vouloir créer le puzzle communautariste dans ses intentions ciblées, mais par ses lois de conjonctures, ses interprétations douteuses des textes, elle s'y emploie avec application dès les sunlights éteints. L'antiparlementarisme ne peut être que primaire pour la majorité silencieuse, comme en 34.

samedi 4 février 2012

Le Nonagone de l'artilleur







ERREUR 404
 Ce billet-programme est reporté au 14 février 2012 
Désolé pour le ping malencontreux.



vendredi 3 février 2012

C'est terminé le French denial


Tous les exercices OTAN du théâtre Centre-Europe comportaient après 1966 une clause de jeu créant un grand trou noir au coeur du dispositif allié par retrait des états-majors français de la guerre simulée. Des refus explicites de Paris dans des cas particuliers comme le bombardement du compound de Kahdafi à Tripoli en 1986, la communication par un officier français de la DGSE des plans CINCSOUTH d'attaques aériennes de la Serbie en 1999, et bien d'autres griffures dans le pacte atlantique, avaient convaincu les analystes patentés que l'allié central était peu sûr. Cette répulsion imprègne toujours les discussions anglo-saxones à la machine à café et l'éclat électoraliste du président français acculé par les sondages à hâter le retour de nos soldats perdus en Afghanistan a fait renaître la question du French denial. Jeffrey Lightfoot, de l'Atlantic Council, en a fait des tonnes dans le genre "je vous l'avais bien dit" et le vieux sage autoproclamé Brzezinski s'est dit stupéfié ; nous savons depuis longtemps qu'il nous déteste parce que nous avons laissé crever la Pologne en 1939.

Accordons-leur que Sarkozy n'a jamais eu la manière en aucune de ses décisions, c'est son côté plouc endimanché. Mais sur le fond, même si l'annonce n'aurait pas dû suivre de si près l'assassinat des quatre formateurs français à Gwan, il a raison, et ses raisons sont fondées sur l'analyse de terrain. Contrairement à ce que proclament les hauts-fonctionnaires de l'OTAN à Bruxelles, la perspective de relève locale des forces alliées n'est pas aussi rectiligne, le rapport de doutes sciemment fuité par le Pentagone le confirme. Et mal leur en a pris de monter sur leurs grands chevaux contre la France à la veille de la réunion des ministres de la défense au QG de l'OTAN à Bruxelles puisque Léon Panetta y a déclaré hier que les Etats-Unis hâteraient leur retrait comme l'avait décidé Paris !
Ainsi l'offensive se terminera un an plus tôt et le bébé sera passé à l'Armée Nationale Afghane fin 2013, mais des appuis feu, soutiens logistiques, structures sanitaires et des conseillers militaires resteront pendant la transition qui s'achèvera fin 2014 comme prévu. L'OTAN sauve la face. Seul le gouvernement Karzaï se sent trahi, mais à force de tirer des fils dans tous les sens, il aurait pu deviner que son jeu était opaque et donc analysé comme un danger pour la Coalition.

Sans faire les tarots, on peut prédire que l'infanterie de l'ANA va être poussée en première ligne et que l'accompagnement quotidien ISAF au sein des compagnies engagées sera remplacé par un cadrage briefing-debriefing de chaque opération, bien au chaud dans la casemate comme le pratique déjà les Américains. Ayant jugé le bas niveau d'instruction des unités élémentaires et le peu de progrès à en attendre par porosité avec un environnement hostile et complice à la fois, on se dirige vers une "guerre à l'italienne" recalibrée en patrouilles tranquilles et préavisées ouvertement.

L'intérêt de la Choura de Quetta, gouvernement en exil de Mollah Omar, n'est plus de mettre le pays à feu et à sang dès lors que seule la paix des campagnes incitera les unités alliées à faire retraite. Pas non plus de couper leurs convois quand ils se mettront en mouvement. On pourrait parier qu'un flux logistique important pourra descendre au port en eau profonde de Gwandar par la route stratégique Kandahar-Quetta-Balouchistan en pleine quiétude, les abords étant sécurisés par les insurgés.
Dans ce grand silence, l'ANA perdra toute motivation et deviendra une gendarmerie cantonale. Quant au clan Karzaï, il rachètera une chaîne de pizzeria aux Etats-Unis pour se refaire.

Spéciale dernière : L'OTAN vient d'endosser la décision franco-américaine de retrait anticipé sous couvert de défaisance des opérations militaires à l'ANA fin 2013 et l'applique à l'ISAF.
Si ces annonces de retrait décrétaient la paix, la donne des trois ans qui viennent pourrait être changée même si à la fin les Talibans reprennent les guides, avec l'appui indéfectible de l'ISI pakistanaise et la résignation de la majorité silencieuse afghane usée par 33 ans de guerre. C'est moche pour les femmes et les fillettes, mais nous aurons tout tenté.

- une belle tête de vainqueur -

MegaUpload

Cet article a paru en page Société de l'Action française 2000 datée du 2 février 2012 sous le titre "Flux culturels et subversion". Il entre en archives RA.

Le Forum économique mondial de Davos qui a clôturé ses travaux dimanche dernier a planché, entre autres risques planétaires, sur celui de l'inter-connectivité. Les experts du forum ont identifié, parmi une dizaine de risques graves, l'hyper-complexité de notre société dont les infrastructures essentielles telles que l'électricité, l'eau, le gaz, les transports, les communications et la circulation de l'information sont désormais à la merci de groupes d'individus organisés en réseaux parfois éphémères, capables de provoquer à très peu de frais des dévastations dans les domaines économiques voire géopolitiques, quand il fallait autrefois mobiliser d'importantes ressources à la seule disposition des Etats pour y parvenir.
C'est dans ce contexte qu'a surgi l'affaire MegaUpload et la réplique des Internautes. Si le grand public y voit la charge des ayants-droits jusqu'ici contentés par des lois fortement rémunératrices pour les producteurs de supports d'abord, les fournisseurs d'accès ensuite, et s'il en reste, les créateurs, il constate tous les jours que le marché des biens culturels s'est retourné et que le modèle de captation en cascade de la valeur ajoutée est désuet. Le combat des voraces contre les coriaces, comme disait le député Jean-Pierre Brard lors des débats kafkaïens sur la loi « Création & Internet » (Hadopi), est lancé. L'agitation médiatique des faiseurs d'opinion contre une nouvelle industrie qu'ils ne comprennent pas vise à occulter le changement de paradigme qui a transféré le pouvoir du monde physique au monde virtuel. Et la vraie question est là. Jusqu'où iront les Anonymous dans leur riposte pour défendre ce nouveau commerce des idées et de l'art.
MegaUpload était un site mondial d'hébergement de fichiers trop lourds pour être transmis en pièce jointe d'un email. Y cohabitaient fichiers légaux et illégaux au sens des lois de copyright. Confisquer les serveurs amalgame gens de bonne foi et pirates, et les pénalise tous avant un quelconque jugement. Les réseaux alternatifs comme Les Anonymous combattent autant pour la liberté d'accès aux données transférables que contre l'autonomie répressive d'administrations incontrôlables.
En revanche, si bloquer les accès au site du FBI, de l'Elysée, de la HADOPI, de Vivendi, du Parlement européen et d'autres grandes institutions est devenu anodin à cause du bombardement médiatique incessant, l'affaire est riche des prémices d'une Anarchie revenue.
Certes, ce ne sont pour le moment que les sites Internet accessibles de l'extérieur qui sautent par déni de service (surcharge des demandes d'accès) et pas encore les réseaux intranet bouclés sur eux-mêmes, mais des passerelles existent, construites et bloquées par des humains et donc franchissables et démontables par des humains. N'a-t-on pas vu les programmes informatiques de commande des centrifugeuses nucléaires iraniennes infectées par un virus israélien ? Des hackers devenus depuis professionnels de la sécurité ont piraté des bandes magnétiques et des documents classifiés, des codes d'accès sensibles dans des organisations aussi protégées que le Pentagone, la NASA, des codes bancaires dans des comptabilités sécurisées ou des fiches signalétiques de police. Ces données peuvent être altérées et réinjectées assortis de codes de prolifération. S'il s'agit de la conduite d'un réacteur atomique, de la route d'un navire ou du pilotage d'un aéronef, on frôle la panique.
Il y a en plus des fous géniaux comme l'Anglais Gary McKinnon, obsédé par l'invasion des lézards, qui casse l'informatique des commandements américains pour en extraire les preuves irréfutables. Mais les occupations coupables de quelques cerveaux enrichis en synapses ne sont rien à côté d'une subversion cybernétique. Les Anonymous qui mènent un combat de fourmis rouges contre l'Autorité permettent de déceler l'émergence des vielles recettes de déstabilisation de notre société, le rêve inachevé de leurs grands aînés, Bakounine, Kropotkine, Malatesta. Espionnage, sabotage, guerre électroniques sont des menaces prises en compte au plus haut niveau des organisations de défense et l'attention des observateurs est doublement captivée par l'implication évidente des réseaux sociaux, grands ou discrets, dans les révoltes arabes.
Ainsi le tapage médiatique autour de l'affaire MegaUpload occulte-il la prise de conscience par l'opinion de nouveaux dangers qui planent sur nos sociétés, expulsant du raisonnement de l'électeur moyen le doute légitime quant à la capacité de nos dirigeants de s'en prémunir et le cas échéant d'y faire face. Nous n'osons croire qu'on puisse éteindre un pays avec relativement peu de moyens physiques, compensés par du talent. Et pourtant.



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