dimanche 14 septembre 2008

Un prince parle aux soldats

Jean d'OrléansLe prince Jean a diffusé sur le site Gens de France une déclaration consécutive à la mort de dix soldats français tombés dans une embuscade des Talibans au mois d'août. Cette déclaration est remarquable, même si un réglage un peu plus fin était attendu. Nous vous y adressons d'un clic.

Extrayons de ce texte le motif de notre implication dans les défis occidentaux et par voie de conséquence son mode de gestion. Le motif est clair ; c'est le prince qui parle :
« Que notre pays ait, dans le monde d'aujourd'hui, des responsabilités propres impossibles à esquiver ne fait à mes yeux aucun doute. Ces responsabilités relèvent pour une part de sa longue présence dans de nombreux points du globe: en Afrique du nord, en Afrique noire, au Québec, au Proche-Orient, en Extrême-Orient, et bien sûr dans les départements et territoires d'outre-mer.
Elles relèvent également de son prestige culturel et de son image civilisatrice sans réel équivalent. Elles relèvent enfin, même si à ce titre elle est en concurrence avec un nombre croissant de pays, de la dynamique industrielle et commerciale de ses entreprises.
»

Oui, dans toutes les régions citées nous sommes connus, le plus souvent appréciés – surtout quand Dominique De Villepin tient le pupitre à l'Assemblée Générale des Nations Unies – parfois attendus au tournant, parfois jalousés, voire quelquefois oubliés si nous espaçons nos visites.
Nous avons indéniablement un ascendant moral que nous gaspillons trop souvent par une arrogance facile ou des postures un peu « populaires ». Mais Fa Guo reste le « pays de la Loi » chez les Chinois, c'est le nom qu'ils donnent depuis longtemps à la France. Il y a 3 siècles, quand Louis XIV rendit l'âme, la nouvelle fut portée au Palais impérial en un message très court : « le Roi est mort ». Le soleil montait au Ciel !

mirage français à Kaboul
A l'époque moderne quand on passe le pantographe du village global sur notre pays, on peste de le voir ramené à des proportions régionales en dépit de louables efforts d'aspiration d'air, comme en avale la grenouille de la fable. Malgré tous nos déclassements dans les compartiments du jeu international, nous pourrions néanmoins conserver notre rang, notre ascendant moral, tout simplement dans l'immatériel. Certes il faut parfois le coup de pouce matériel pour être écoutés, mais à défaut de disposer de grosses finances, de masses énormes de charbon comme les Anglais ou les Allemands, de fer à profusion, d'uranium, de cobalt ou que sais-je, nous avons d'excellents fondamentaux à faire prospérer ... dans le domaine du « vent ».

On pourrait parler du luxe qui est la manifestation la plus éclatante du « vent », mais il y a aussi la culture, la recherche scientifique, et un domaine moins couru mais très rémunérateur en terme d'image, le courtage diplomatique. Sans remonter aux calendes, il y avait autrefois deux grandes diplomaties, le Foreign Office et le Quai d'Orsay. Les deux ont abandonné le courtage, trop préoccupées à sauver leurs positions résiduelles. C'est la Norvège qui a pris cette niche, allez savoir pourquoi.
Dans l'immatériel il est aussi des domaines que nous avons bien investis comme la bancassurance, l'astrophysique et plus généralement les mathématiques. Cultivons-les avec précaution, l'immatériel est notre trésor.

Sarkozy au front
Dans son hommage aux soldats le prince Jean soumet le gouvernement du motif à 4 exigences :
« Je voudrais ici rappeler les quatre grands principes sur lesquels s'appuyaient déjà les premiers Capétiens: patience, sobriété, prudence et rigueur. La patience, c'est, dans le meilleur sens, «donner du temps au temps », ou plutôt donner sa chance au temps. La sobriété, c'est laisser l’arbre pousser tout droit pour lui permettre ensuite de mieux s'épanouir. La prudence, c'est, comme pour les offensives militaires, ne s'engager qu’à coup sûr, toutes hypothèses pesées. Enfin, et c'est le point le plus important, la rigueur doit être le souci constant de ceux qui conçoivent la politique à mener comme de ceux qui l'exécutent. »

Je ne sais si la patience est une vertu dans le monde étréci où nous manoeuvrons ; quelle patience peut-on cultiver quand les deux grands mettent subitement le feu au Caucase à notre détriment ? Mais la sobriété attendue par le prince est certainement l'ennemi de la communication du Pouvoir qui empiète trop largement sur la vraie politique ; sauf à comprendre que le gouvernement réel des gens et des choses est assuré derrière le rideau de fumée de la pipolisation et loin des aventures d'alcôves publiques du garde des Sceaux, ce qui n'est pas avéré.

le 8 RPIma
La prudence est tout à fait nécessaire dans le raisonnement et la préparation d'un mouvement quel qu'il soit ; mais elle doit céder le pas à l'audace et à la vitesse dans l'exécution du plan mûri quand vient l'heure de l'action. Hélas, un peuple qui constitutionnalise le principe de précaution est quasiment foutu pour l'histoire à écrire. Qu'on se le dise lorsqu'on reparlera d'OGM dans ce pays.
Quant à la rigueur, elle prend des visages parfois différents de l'austérité ou de la besogne lorsqu'elle mesure le mérite des hommes en charge aux résultats qu'ils ont obtenus. On disait des rois (dans un texte d'Amouretti) qu'ils avaient tous les défauts du monde sauf celui de la légèreté dans le gouvernement du royaume et qu'ils étaient consciencieux quand ils exerçaient leur charge. La persistance du gouvernement des équipes successives sur les mêmes axes politique et diplomatique est essentielle à la conservation voire l'amélioration du rang de la nation parmi toutes ; elle convoque la compétence et le patriotisme dans la matérialisation de la vista nécessaire à définir la vraie queue de trajectoire du projet national, autrefois celle qui illumina tout le projet capétien.

Le pouvoir actuel, qui est évoqué rapidement dans le texte du prince Jean, fait preuve de rigueur dans une certaine obsession de réformes promises qui avancent bon gré mal gré. Le nombre de fonctionnaires diminue, même si les taxes foisonnent, et Yves Marie Adeline relevait dans un billet récent le dégraissage du CNRS, action inimaginable par aucun esprit averti de la pétrification soviétique de ce mammouth. Il faut savoir tirer le chapeau quand c'est mérité.

du vieux matériel
J'aurais aimé que le prince Jean ose conclure sur l'inadaptation de la république parlementaire à cet exigence de rigueur en continu et de niveau. Mais peut-être a-t-il le sentiment que le corps politique de ce pays est dans l'ensemble tendu vers le meilleur avenir possible pour notre pays, qu'il y arrive ou qu'il échoue.
Quoiqu'il en soit, une critique ouverte du régime dans son essence poserait immédiatement la question de la pertinence démocratique, sujet tabou s'il en est, alors que nous cherchons à la faire entrer de force dans la gorge des pays récalcitrants.

Qu'importe aujourd'hui la démocratie, l'hommage aux soldats tombés en Afghanistan pour la France est bienvenu de la part d'un prince inquiet de notre futur, puisqu'il nous fait comprendre aussi qu'on ne se défend plus aujourd'hui aux barrières du Louvre mais devant la tanière du terrorisme, où qu'elle soit ! Tout retrait dans les circonstances actuelles nous ferait perdre la face. Or la face est notre dernier capital.

Un voyage prochain "matérialiserait" l'hommage.


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samedi 13 septembre 2008

Bateaux

Sous le Pont Mirabeau coule la Seine. Mais il est trop bas pour les paquebots qui remontent du Havre, Honfleur ou Rouen vers Paris. Flânant sur les quais, au pas de chasseur quand même, je fus attiré ce tantôt par l'un d'eux battant pavillon polonais : 110m de long, 120 passagers en 60 cabines. Certains vont jusqu'à 190 passagers.

le bateau Viking Seine
Je me dis aussitôt que les Polacks avaient de la ressource. A peine débarqués de Grande Bretagne qui n'en veut plus depuis qu'elle entre en récession, ils auraient investi l'armement fluvial à l'insu de mon plein gré ! Me rapprochant à chaque pas, je distinguais une petite croix dans un coin du pavillon qui me laissa penser que les frères Kaczynski avaient marqué leur passage dans l'histoire.
Pas du tout, le navire fluvial est immatriculé à La Valette et le pavillon est celui de Malte !

Depuis dix ans, de grands paquebots remontent la Seine en croisière depuis l'estuaire jusqu'à la capitale. Ils offrent aux passagers des cabines confortables, salle de bal, salle à manger, salons et bars, plus un pont-promenade avec transats pour soleil si affinités. Le premier navire battait pavillon hollandais ; normal ce sont les "seigneurs du fleuve" où que vous alliez en Europe. Les suivants battirent aussi pavillon batave, et le dernier venu est maltais. Je n'ai jamais vu un de ces navires sous pavillon français, en France ! Et ce qui est plus grave dans mon cas, est que je ne cherche plus aucune explication.

chantiers St Nazaire
La semaine passée les télés m'informèrent que le norvégien Aker Yards qui possède les Chantiers de l'Atlantique avait été racheté par le sud-coréen STX Shipbuilding. Sur ce, le ludion élyséen s'était précipité à St Nazaire pour réconforter nos ouvriers particulièrement pessimistes à cause de la nationalité du nouveau patron. Il a promis de nationaliser une partie du capital pour que les chantiers restent en France : 66% pour STX et 34% pour l'Etat français et Alstom. Si vous connaissez le site ou si vous avez des photos de la base sous-marine allemande, vous n'imaginez pas que les chantiers de St Nazaire puissent flotter et partir. En quoi l'émoi des ouvriers est-il justifié et la mesure sarkozienne pur spectacle ?

Les Sud-coréens n'ont plus rien à apprendre de la construction navale. Ce sont encore les premiers du monde et si STX absorbe Daewoo Shipbuilding, un monstre surgira sur le marché. Mais ... « contrairement à la plupart des autres groupes asiatiques, STX a choisi une stratégie qui prévoit le renforcement des compétences spéciales là où il en existe déjà. C'est pourquoi STX prévoit de conserver la structure actuelle du groupe Aker Yards pour permettre à celui-ci d'améliorer ses propres compétences spécialisées. Ce sera un facteur crucial pour assurer l'activité et l'emploi dans l'avenir » (dixit le boss de STX).

un chantier STX
Or, le site de Saint-Nazaire dispose d'un savoir-faire de très haute valeur dans la construction de paquebots de croisière géants. Ce ne sont pas les cales sèches qui risquent de partir à Jinhae (Corée) ou à Dalian (Chine) ou bien vers ses chantiers vietnamiens voire azéris, car STX est tout à fait au point dans les porte-containers, les vraquiers, les ferries, les gaziers, les tankers, mais pas dans la technologie de la croisière de luxe. Ce créneau est très spécial et dépasse en organisation et méthodes tout ce qui flotte sur mer à l'exception peut-être des sous-marins atomiques.
Le Sud-coréen va-t-il devenir "mondial" en accédant au grand luxe ou bien va-t-il un jour rapatrier le savoir-faire acquis sur ses bases de départ ? Si la conjoncture mondiale se retourne, c'est bien la seconde hypothèse qu'il faut craindre. Les ouvriers ont raison d'être inquiets. D'autant que la vie en Corée du Sud est assez agréable pour que des milliers d'expatriés français - certains, ingénieurs - y fassent souche. Le pays du matin calme a ses charmes qui pourraient attirer la matière grise indispensable au saut technologique.

Aimons-nous encore nous battre en France ?
La guerre économique nous fait-elle autant peur que la guerre tout court ? Le peuple veut rapatrier nos soldats exposés en même temps qu'il veut conserver le plus d'effectif militaire possible, sans oser l'engager en opérations, mais pour faire marcher les épiceries.
Sommes-nous morts debout ?


Pas encore ! S'est ouvert mercredi dernier le 36° Grand Pavois de la Rochelle, première exposition nautique à flot d'Europe. En cette année de crise, la nouveauté sera au ponton des "grandes unités" de plus de quinze mètres et de plus de 500000 euros. La filière nautique enregistre un tassement de se ventes dans les basse et moyenne gammes qui s'offrent à une clientèle inquiète de son pouvoir d'achat. Par contre les secteurs des catamarans et des gros bateaux continuent de croître fortement. Fountaine-Pajot attend à une progression de l'ordre de 20% en 2008. Il faut dire que le CAC40 a dégagé 50 milliards de bénéfices au premier semestre de cette année.
Je suis soulagé.


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jeudi 11 septembre 2008

Démocratie export

les TwinsOnze Septembre, sept ans déjà ! Ground Zero est au point mort ; l'argent toujours l'argent. Aux Etats-Unis comme ici il en manque partout, et la guerre au terrorisme comme la guerre pétrolière en engloutissent pas mal. Ca fait bien de dater l'an 1 du Choc des civilisations, et le spectaculaire de l'attaque des Twin Towers ne laisse aucun doute dans l'esprit des gens que 2001 est bien cet AN-1. Sans être rémunéré à la page imprimée comme le sont les officines de stratégie, il est difficile de produire une analyse datant le moment où les fondamentalistes musulmans déclarèrent le djihad autrement que par de vaines imprécations. Qu'importe finalement, on en connaît les causes : la plus évidente est la culture de la misère économique et morale assumée par les autocrates et les oligarchies militaires du monde arabe dans la complicité des clercs wahhabites qui visent à rétablir le Califat à leur profit. C'est la marche à la théocratie qui prévaut pour ces derniers, et ils y investissent tout jusqu'à enfourner l'inimaginable dans la chaudière du bateau.

Même avec des rentes minières importantes comme en Algérie, règnent la crasse idéologique et l'arriération quasi mentale, un vrai bouillon de culture du GSPC rebaptisé al-Qaïda Maghreb, qui s'explose chaque semaine maintenant. La preuve de cette arriération est dans la conviction répandue par tout le Croissant Vert que les Américains et les Juifs ont organisé l'attaque du 11 septembre pour s'emparer du Moyen Orient pétrolier. On rejoint les terreurs millénaristes infondées du haut moyen-âge, mais cette affabulation court dans les milieux bourgeois jusque parmi les élites de ces pays. Aucune démonstration rationnelle ne pourra vaincre cette conviction. Et le pitre pontifical Bigard s'y est même laissé prendre, jusqu'à découvrir subitement qu'il allait couler au box-office.

alquaidistes
L'Occident a bien sûr des responsabilités dans le retard accumulé par le monde arabe mais il n'est pas exactement coupable. Il se devait d'affronter l'organisation tentaculaire qui l'avait défié de pareille façon. Attraper la pieuvre pour la détruire était une cause juste que nul nulle part n'a jamais discutée au moment de la réaction occidentale. Nous courons toujours après l'octopode, sans doute par insuffisance de moyens au départ, ensuite par la confusion des genres : nos représailles qui était parfaitement acceptées, ont tourné à la Croisade. Nous avons décidé d'exporter la démocratie ! Du moins est-ce l'emballage-cadeau de nos bombardements.

le taleb veilleLe problème n'est pas tant que le régime politique proposé paraisse à beaucoup exotique, mais surtout qu'en dehors de la sphère OCDE il ne marche pas ! C'est de notoriété publique. Même dans les républiques arabes, la démocratie est un slogan pour aguicher les bailleurs de fonds étrangers et pour organiser sans complot l'escroquerie intrinsèque au système. On ne mesure les prémices du modèle presque sincère que dans certains royaumes despotiquement éclairés au gaz du bon sens, et encore sont-ils timides.
Break !

Quelques milliers de kilomètres par delà la péninsule indienne, il est un pays qui se pose clairement la question de la pertinence démocratique, c'est la Thaïlande : les classes moyennes et supérieures de ce pays très populeux soumettent à l'analyse le tabou du siècle en déstabilisant le gouvernement de Mr Samak Sundaravej issu d'une majorité parlementaire élue au suffrage universel. Elles sont assez gonflées pour supporter une chute de 25% de la bourse de Bangkok. Si l'Université hurle à l'attaque contre le sacro-saint régime, le chef du parti d'opposition qui a jeté ses militants dans la rue (People's Alliance for Democracy), bien qu'annoncé démocratique, est plus franc :
le président du PAD« On prend pour argent comptant à l'Ouest que la démocratie est le système le meilleur. Mais tout ce que nous avons obtenu en Thaïlande avec ça est le même cercle vicieux de corruption qu'auparavant, augmenté de l'appétit de pouvoir des chefs de parti. Ce régime ne marche tout simplement pas ! » (Sondhi Limthongkul, président du PAD). Il n'en reste pas au constat négatif et fait des propositions qui font écho à certaines propositions royalistes d'ici. Réorganiser le parlement en faisant siéger les représentants des corporations professionnelles à côté des élus de circonscriptions géographiques, afin de coller à la réalité du pays. Mais au moment de conclure, il avoue prier tous les jours les dieux de retarder la mousson qui débandera ses cohortes de protestation. Finalement la Providence est interpellée.

Ce qui est "drôle" : le premier ministre contesté est un fervent supporter du roi Bhumibol, sa famille était un de ses courtiers depuis des générations. Il joue simplement le "jeu parlementaire" à l'anglaise et ne peut être soupçonné de pourrir la situation à dessein. C'est bien la preuve que le moule occidentaliste lui-même est défectueux. Le PAD lui, préfère valoriser le "pays réel" dans le gouvernement des hommes plutôt que de copier coller des solutions exotiques. Il est plus près de la vérité.

D'autres pays nous montrent que la démocratie n'est pas la panacée pour réussir. Et le nôtre, tout entier crispé sur la nomination du futur secrétaire général du parti socialiste, le fait aussi, sans même réussir quoique ce soit.
(à suivre ?)


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lundi 8 septembre 2008

Succès suisse

couteau suisse electronique
Francis Richard nous signale dans son blogue helvètique un rapport de PME Magazine sur l'économie suisse. Ce rapport écrit par Aline Yazgi est consultable en ligne en cliquant ici (je conseillerais à chacun de l'archiver).
Depuis Belfort qui n'est pas loin, la Suisse est observée par les souverainistes français qui y voient la meilleure démonstration du "small is beautiful" dans l'indépendance des empires. Aussi reprenons-nous le digest qu'en a fait Francis Richard ... en l'accélérant un peu, bien qu'il n'y aie pas le feu au lac. Ce dossier répond donc à la question : pourquoi la Suisse s’en sort si bien ?

La raison principale ne plaira pas aux inconditionnels de l’adhésion à l’UE, qui, après le rejet par le peuple helvète de l’Espace économique européen le en 1992, annonçaient que les pires calamités allaient s’abattre sur la Suisse. En prenant du recul, on peut se dire que le choc du 6 décembre 1992 a été salutaire. Lorsque le peuple a refusé l’Espace économique européen, le pays – déjà fortement touché par le ralentissement économique – a dû se repenser. En réorientant ses débouchés, mais aussi en travaillant sur son marché intérieur, pour le rendre plus compétitif.

PME magazineLa réorientation de ses débouchés s’est traduite par la conclusion d'accords bilatéraux avec l’UE et par la conclusion d’accords de libre-échange avec les pays émergents, Chine, Inde, Indonésie, Russie, Mexique, pays du Golfe… En y regardant de plus près, on voit que l’Europe est devenu un marché d’approvisionnement net et le reste du monde un marché d’exportation net.

Les faits démentent les affirmations pessimistes des européistes :
les accords bilatéraux permettent aux entreprises suisses d’accéder au marché communautaire à des conditions équivalentes à celles offertes aux sociétés des Etats membres, mais laissent au pays sa souveraineté politique.

Les faits s’opposent aux fantasmes des altermondialistes :
La mondialisation a été favorable à la Suisse et continuera de l’être puisqu'elle entend consolider le réseau extérieur, notamment par le biais d’une foule d’accords de libre-échange d’autant plus nécessaires depuis l’échec cet été du Cycle de Doha à l’OMC.

Les autres raisons de la réussite de l’économie helvétique peuvent surprendre de prime abord : le franc fort des années 90 a paradoxalement joué un rôle positif après coup, en forçant les entreprises à tout faire pour être compétitives, la production hors agriculture n’étant pas subventionnée.

Une autre raison de la réussite de la Suisse est la flexibilité de son marché du travail et un climat social relativement bon. Il se lit dans la paix du travail et la très forte hausse des conventions collectives. Ces accords directement entre partenaires sociaux, contrairement à l’interventionnisme étatique qui prévaut dans d’autres pays, font que la Suisse ne pâtit quasiment jamais de grèves, hormis parfois dans le BTP.

Bâle
Les résultats sont là : plus forte croissance occidentale du PIB en 2007 avec 3,1% à comparer aux 2,6% de l’UE, aux 2,2% du Japon et aux 2,1% des EU. Taux de chômage en juillet 2008 le plus faible avec 2,3% à comparer aux 5,7% des EU et aux 7,3% de l’UE. A la même date l’inflation apparaît mieux maîtrisée à 3,1% alors que l’UE affiche un taux de 5,7% et les EU de 7,3%.
Mais le résultat le plus spectaculaire est la formidable progression des exportations : elles représentaient 37% du PIB en 1995, en 2007 elles en représentent 57%. Les machines ne constituent plus le premier secteur d’exportation ; la chimie-pharmacie a ravi la place de première branche manufacturière exportatrice du pays.

Aline Yazgi donne les raisons de cette vigueur : d’abord, les exportateurs ont une redoutable capacité à s’adapter à l’évolution de la demande mondiale. Des comparaisons internationales montrent qu’ils réagissent plus vite à ces variations que leurs concurrents étrangers. Ensuite, ils se sont orientés graduellement vers des régions à forte croissance, sans se détourner quand même de leurs marchés traditionnels.

La bonne santé de l’économie suisse résulte donc de son goût retrouvé pour la compétition et de sa faculté d’adaptation. Au lieu de baisser les bras, d’attendre l’aide de l’Etat, elle a retroussé ses manches. Elle a fait face et pris ses responsabilités.
(fin du digest)

On s'aperçoit que c'est le génie propre des Suisses qui les conduit à ces performances remarquables. Ce génie est aussi celui de l'organisation de la sphère économique et civile, sous surveillance populaire, le référendum d'initiative populaire étant un modérateur puissant.
On connaît de longtemps leur prise de conscience collective que l'argent public n'est pas la manne divine aux Hébreux mais un prélèvement sur la sueur de tous. On sait aussi que le prix de l'immigration constaté a été le premier critère pour réduire les requérants d'asile, bien avant que la question ethnique ne soit exacerbée. On voit enfin que la Suisse a réussi l'examen de passage de la mondialisation parce que ses entrepreneurs sont des gens pratiques et compétents et que l'Etat leur facilite la vie en n'intervenant quasiment pas.

alpenhorn
La France séparée du "moloch" européen ferait-elle mieux ?
Déjà, elle n'a pas de "conscience fiscale". Elle est en outre désorganisée et partage ses désordres entre plusieurs strates administratives qui se jalousent, ce qui aboutit à un coût global de gestion démentiel.
Ensuite, elle s'est abonnée à la guerre des partis politiques, le vainqueur vidant le programme du vaincu pour l'achever. Enfin elle souffre d'une tradition soviétique dont elle ne sait se défaire car elle englue tous les corps sociaux et constitués.
Quand un état qui prélève déjà chaque année un trillion d'euros de contributions fiscales et sociales ne voit d'autre financement d'une mesure aussi juste que le RSA (1,5 milliard) que dans l'instauration d'une nouvelle taxe, on comprend bien qu'il n'a aucun génie, pas même l'amour propre d'une saine gestion. Notre pays est devenu le premier producteur ...... d'impôts et taxes de l'OCDE.
Seul ou fédéré, là n'est pas la question. Cet état nous écrase comme une baleine morte échouée sur la plage de Royan. Les baleines échouées ne sont pas transportables, il faut les dynamiter sur place et ça pue !
L'Union européenne n'est pas le premier déclencheur de notre déclin, nous avons chopé le gène de l'auto-destruction bien avant elle.

La France n'a pas un problème de taille, d'indépendance ou de "souveraineté". Elle a un gros problème d'addiction à la social-démocratie, du modèle "à crédit".
La Suisse est performante parce qu'elle est la Suisse, pas vraiment parce qu'elle est seule ! Mais je concède que sa taille limitée l'oblige à se sortir les tripes sur les marchés extérieurs afin de survivre comme entité économique et par ricochet, comme entité politique.
Ici, il faut tout reconstruire de l'intérieur, en commençant par renouveler une classe dirigeante vérolée par des structures politiques amoncelées pour multiplier les prébendes, dans un déni d'efficacité provoquant une dépense toujours plus grande.
Au gibet les déficitistes !


vignette gardes suisses
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samedi 6 septembre 2008

L'Italie embraye sur l'UPM

khadafi et berlusconiLe président du conseil italien Silvio Berlusconi vient de réparer l'outrage fait au Libyens par l'Italie de 1911 à 1942*, en débloquant 5 milliards de dollars sur vingt-cinq ans, pour des investissements d'infrastructure, dont la fameuse autoroute est-ouest entre la Tunisie et l'Egypte.
M. Berlusconi a précisé que parmi les projets qui seront financés en Libye, figuraient la construction d'un grand nombre de logements, l'installation d'entreprises italiennes, des bourses à des étudiants accueillis en Italie et des pensions pour les mutilés victimes de mines posées par l'Afrika Korps. Il prévoit aussi une coopération serrée dans la lutte contre les migrations clandestines, qualifiées par le Cavaliere de lutte "contre les marchands d'esclaves". Humour au souvenir de la traite négrière arabe particulièrement meurtrière !

Si l'on se cale bien au fond du fauteuil, on s'aperçoit qu'il agite 200 millions de dollars par an pour relancer la colonisation de l'ancienne province romaine. C'est de l'art ! D'autant que la Libye n'est pas le désert de pouilleux que l'on imagine, mais un pays développé par une sorte de despote éclairé inclassable, relativement efficace, si du moins l'on ne voit que les résultats : dans les classements du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement ), la Libye ressort en 2007 comme le pays le plus développé d'Afrique. Son PIB est de 12700$ dollars en parité de pouvoir d'achat par habitant, à comparer à celui de la Tunisie de 7500$ (source CIA). Par ailleurs, la charia a été fortement modérée (majorité des filles à marier portée à 20 ans) et la garde "maure" est assurée par des mouquères fessues.

tente de khadafi
Le Séraphin Lampion de Cyrénaïque, qui défraie la chronique des trahisons endémiques à la cause islamique, fête ainsi le 39° anniversaire de la déposition d'Idriss 1er, en bouclant la boucle de l'histoire : il rentre dans le camp occidental qu'il n'aurait jamais dû quitter. Pour amortir le billet, on notera en passant que des quatre rois arabes "anglais" (Egypte, Irak, Jordanie et Libye), trois perdirent leur trône entre 1953 et 1969 sur coup d'état militaire. Ne survit de nos jours que la dynastie hachémite de Jordanie à l'emblème de la plus belle reine palestinienne qui fut donnée aux musulmans.

On peut dévoiler aujourd'hui que les Italiens ne sont jamais tout à fait partis de Libye, même aux plus sombres heures de l'affrontement entre Washington et Tripoli, assurant à la nation nomade le minimum nécessaire.

Tripoli
Pour les Nuls en histoire, les provinces côtières libyennes furent préemptées par les Anglais au sortir de la Seconde Guerre Mondiale ce qui évita aux Italiens, battus par Montgomery, de s'en faire chasser par les indigènes, leur gardant ainsi des possibilités ultérieures de contacts fructueux.

La question reste posée de l'autorisation obtenue ou pas auprès du président Sarkozy pour que Rome se redéploie de son propre chef sur le territoire de l'Union Pour la Méditerranée. Ces politiciens italiens ont de la ressource et ne s'encombrent pas de postures théologiques. Pour finir sur un sourire exotique, nous vous offrons un court reportage photos sur le grand prix de Formule 1 de Tripoli, datant d'avant-guerre, que Berlusconi pourrait bien relancer :



*Note : c'est surtout la période fasciste 1922-1942 qui posa problème aux négociateurs pendant le quart d'heure historique, à cause de la répression sévère de la rébellion de l'émir Omar Al Mokhtar.


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mercredi 3 septembre 2008

Chimère de l'indépendance

Georges PompidouQuand l'Angleterre renouvela en 1967 sa demande d'accès au Marché Commun à Georges Pompidou, celui-ci attendit la disparition du général De Gaulle pour reconnaître qu'elle avait des raisons techniques de le faire, la plupart parfaitement mercantiles, toutes positives à l'examen des flux commerciaux et financiers : dans ses échanges vitaux, le continent avait supplanté de beaucoup le Commonwealth dont la part avait dégringolé de 50 à 20% entre 1954 et 1971.
Mais la seconde ou première raison du gouvernement anglais qui frappait depuis 1961 à la porte de Bruxelles, était la crainte de voir se construire en face d'elle un géant économique continental formé de la France et de l'Allemagne renforcées du Benelux, qui ne tarderait pas à sortir de la sphère mercantile pour pénétrer celle de la diplomatie. Il faut se souvenir qu'alors la France était la 4° puissance économique mondiale et l'Allemagne fédérale la 3°. L'Axe franco-allemand, au bénéfice de la France qui détenait la primauté diplomatique, devenait la promesse d'une menace future. On n'imaginait pas alors l'émergence des grands empires asiatiques. Les Anglais décidèrent donc de pénétrer les institutions européennes pour contrôler le processus fédéraliste, voire le bloquer de l'intérieur s'il dérapait.

carte UELe président Pompidou mit l'affaire aux voix (référendum d'avril 1972) pour ne pas ajouter l'illégitimité à la rupture politique d'avec son glorieux prédécesseur, et accepta l'Angleterre dans le Marché commun au motif quasiment public que la Perfide Albion ferait moins de difficultés à l'intérieur de l'Europe qu'en restant à sa périphérie où elle agirait à temps et contretemps comme une sorte de 51° état uni d'Amérique, ce que Washington promouvait alors presque ouvertement.
Les deux convergeaient donc sur un point : la politique européenne efficace s'exercerait à Bruxelles.
Nota : Il est un site documentaire remarquable sur les questions européennes : European Navigator.

Trente-six ans plus tard, l'Action française décrète la mobilisation nationale pour sortir de l'Europe, du moins pour faire sécession de l'Union européenne en appliquant les dispositions de l'article 50 du Traité de Lisbonne. Nous lançons la guerre d'indépendance en passant par une phase de résistance à l'emblème de la Sten, afin d'aboutir à la capture de la chimère maurrassienne de "La France Seule".

Dans un billet précédent nous avons ouvert l'inventaire de nos dépendances en commençant par celle de notre relative misère. Nous n'y revenons pas ; notre indépendance au sens perçu par les maurassiens est un leurre au XXI° siècle.
Qu'est-il besoin pour la mouvance d'Action française de se jeter dans le énième combat perdu d'avance ? Nous les avons tous faits depuis 1934. Trois quarts de siècle d'échecs. mis à part le sauvetage de Mayotte qui est devenue depuis l'île de la tentation au sein d'un archipel de pauvreté.

Sammies de 1917La France n'a pas besoin d'indépendance pour conserver son âme. Elle n'est plus indépendante depuis 1917 quand débarquèrent à St Nazaire les Sammies de la reconquête. Elle a surtout besoin de remonter en puissance. Et ce n'est certainement pas en poursuivant une vocation de grand ventre mou impécunieux en plein milieu du territoire de l'Union européenne qu'elle y parviendra.

La France doit se reconstruire par elle-même en utilisant toutes les cordes à son arc - comme le disait Bertrand Renouvin au CMRDS de Lignières - et, sans vergogne aucune, toutes celles qu'elle peut atteindre dans les enceintes décisionnaires internationales, ONU, OTAN, OMC, OCDE, OSCE. Ce projet oblige sans doute à renouveler une grande partie du personnel politique et de la haute fonction publique et militaire qui n'est plus au niveau requis par les enjeux.

C'est sur ce projet que les royalistes devraient travailler plutôt que de caresser le repliement fébrile de nos périmètres d'influence, car - on ne vous l'a pas dit - un pays peu puissant n'en a plus aucune de nos jours.
Ecusson du CDGDigression. J'ai toujours été réservé sur la pertinence stratégique des (petits) porte-avions français, mais je concèderais les crédits pour faire le second nécessaire à notre présence continue à la mer ne serait-ce que pour afficher notre puissance revenue. A condition bien sûr que tout le reste du travail de destruction et reconstruction ait été au moins entrepris, à débuter par une réduction drastique de l'Etat, insatiable moloch.

L'Union européenne se contrôle de l'intérieur. Reconnaissons à l'équipe française en charge ce trimestre d'avoir intelligemment stérilisé la logique de paix froide du Pentagone et de ses alliés polonais et israélien dans la question géorgienne, malgré le soutien que leur apportait la Grande Bretagne, à l'affut. Le partenariat stratégique euro-russe est indispensable au sous-continent et le report des négociations comme seule mesure de mauvaise humeur bruxelloise le confirme en creux. Le Kremlin a très bien saisi le message : l'Union ne saute pas dans le piège grossier des Etats-Unis. Qu'aurait pu faire la France seule dans une dispute qui l'aurait concernée très vite par ricochet énergétique puisqu'elle est la seule puissance du schmilblick sans ressources propres ?

Tora BoraIl y a d'autres champs d'inquiétude que l'énergie rare. S'il est une preuve que je ne souhaite pas voir apportée de la menace islamiste c'est bien un attentat majeur à Paris, comme en ont connu New York, Madrid et Londres. Or le premier, le plus terrible, a montré l'extrême nocivité d'un terrorisme bénéficiant de structures étatiques impénétrables. C'est contre la réédition de ce schéma étatique que nous sommes avec nos alliés en Afghanistan. S'y ajoute la crainte pas encore levée de voir le Pakistan atomique sombrer dans le chaos fondamentaliste. Même si le dispositif occidental en Afghanistan est très imparfait, la France seule n'est pas en mesure de parer cette menace grandissante, bien qu'elle compte une importante communauté musulmane passive mais attentive à ce qui se passe dans la Oumma. Nous ne pouvons pas être partout. En alliance, si !

Ne nous fourvoyons pas ! Les royalistes, et parmi eux les jeunes militants, méritent autre chose que ces combats de crypte à quelques-uns, et leurs efforts ne doivent être limités à la critique acerbe et continue de l'Etat et de ses affidés parlementaires. Dénoncer ce qui doit l'être, bien sûr, mais positiver aussi. Un projet de reconstruction de la France serait plus motivant pour eux et je n'en entends jamais parler. Est-ce faute d'imagination ?
Si nous devons d'abord dynamiter certains verrous bloquant notre réveil, ne les désignons jamais sans au même moment présenter la construction qui doit remplacer le dispositif détruit.
Eternels râleurs, réveillez-vous, il y a du mortier qui nous attend dans l'auge de la reconstruction française. La Providence nous observe et murmure : enfin, ils se bougent !



chimère de bronze
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dimanche 31 août 2008

Du patriotisme ...

La jolie définition de la patrie que nous livre ci-contre Charles Maurras oublie les grands cimetières sous la lune, mais il se rattrapa dans Le Colloque des Morts.
Depuis les émeutes de Vitry-le-François et les gaîtés pyrotechniques du 14 Juillet en banlieue, les armureries de province font mentir les statistiques de la récession économique. Est venu le temps de la minute nécessaire de monsieur Cyclopède sur le sens commun du patriotisme.

tombeau en forestLe premier sens immédiat du patriotisme est de continuer la "foi de nos pères" sur la terre dans laquelle ils gisent. L'approche est un peu "rurale" mais elle fonde ce sentiment. La cohésion raciale et religieuse qu'elle suggère est le meilleur mortier patriotique ; mais depuis l'assaut des légions à Alésia et les déferlements barbares successifs, c'est l'alchimie de Mendel qui a pris le relais. De petit pois en petits pois que reste-t-il de la cohésion gauloise ? Une histoire commune ; mais pas pour tous.
Si le patriotisme se fonde sur l'exaltation de l'Histoire de France il doit forcément la réécrire un peu s'il se veut entraînant. Déshonorer nos pères dans l'Histoire est nous déshonorer nous-mêmes. C'est tout le problème de la critique historique dès qu'elle déborde dans l'Opinion. Nous, royalistes, ne vibrons pas à la commémoration de Valmy que nous savons être une non-bataille truquée. La fin tragique du jeune Guy Môquet est moins une exaction de l'occupant réagissant à des attentats qu'un châtiment immérité à l'examen des faits, très étrangers à la Résistance...

Et même au milieu de nous passe une démarcation entre ceux qui pleurent au martyre de Louis XVI et d'autres qui soutiennent que les trois derniers Bourbons régnants étaient des incapables confits en bondieuseries, la progression capétienne s'étant arrêtée en 1774.

Si nous devions tracer toutes les fractures qui morcellent l'histoire de France (heureusement pour moi que chaque lecteur ici les connaît), vous verrions que l'histoire de nos pères n'est peut-être pas le ciment idéal pour réunir toute la Nation. Alors je suis parti voir des nations sans histoires qui sont malgré tout "patriotes" :
La plus intéressante et accessible à la fois est la nation américaine, mais il y en d'autres : l'algérienne, la séoudienne, même la finlandaise dont l'aventure nationale ne commence qu'aux jeux olympiques de 1912. Certes, toutes les villes de ces nations ont chacune leur histoire, mais la juxtaposition de celles-ci ne forme pas une histoire nationale.

pancarte républicaine du courage nationalLes Etats-Unis d'Amérique dont la préhistoire commence à l'atterrissage du Mayflower au Cap Cod le 11 novembre 1620, ne furent créés comme état responsable que le 4 juillet 1776 ; ils n'ont ni histoire (232 ans seulement) ni cohésion ethnique, juste un passé ; et pourtant ! Quel est le pays d'occident plus patriote que les Etats-Unis ?
Est-ce la fierté d'appartenir à un vaste territoire ? Est-il besoin d'ailleurs pour les Américains de comparer leur pays aux autres pour en être fiers ? Nullement ! C'est comme votre famille, vous ne la passez pas à la toise des comparaisons pour la juger ; vous l'aimez parce que c'est la vôtre ; c'est la vôtre parce qu'elle vous appartient. L'Amérique n'a pas le col de Roncevaux, les fastes enfuis de Versailles ou le soleil d'Austerlitz, elle a "La Petite Maison dans la Prairie" ; et ça marche ! Si son président est un cowboy, ça lui va !
En fait, c'est de partager tous les valeurs exaltées dans la "Petite Maison" et simultanément pour tous de pouvoir caresser la probabilité d'acquérir la même un jour, pour y faire vivre à l'intérieur ces mêmes valeurs, qui diffuse le sentiment d'appartenance commune et de commune propriété en quelque indivision.
La propriété foncière acquise ou attendue est un puissant ferment de patriotisme.
S'y ajoute pour beaucoup la conviction que l'Amérique est un projet, un "progrès" exigeant qu'on lance le grappin à l'assaut du Futur.
Le président Kennedy citait parfois Goethe dans Faust qui sacrifiait la liberté de son âme à l'éternité de l'instant : "Arrête-toi, tu es si beau ! " et convoquait plus tard les 4 fées Carabosse : Pauvreté, Dette, Détresse et Soucis. Le meilleur avenir est dans le mouvement, disait-il. Le mouvement et les efforts nécessaires à la roue rapprochent les efforts de toutes les strates sociales. Nos Capétiens le savaient.

Dans la période que nous vivons, notre pays exclut, cantonne, rejette, et son mouvement général est nul ; pire, il perd chaque jour de sa substance. Aussi le patriotisme est-il à l'étiage.

casque adrianSi dans les "cercles éclairés" le patriotisme fut souvent débiné pour se confiner à l'amour des choses concrètes, c'est parce qu'il laissait au bord du chemin les idéaux libéraux. Un pays ne devrait être aimé que pour les idéaux qu'il poursuit et non pour lui-même. Ainsi en France, pays autoproclamé des droits de l'homme et de la liberté, le patriotisme ne serait digeste que s'il exacerbait ces valeurs formidables qu'à nous croire, le Monde nous envie. On crée ainsi une sphère commune éthérée qui éclatera telle une bulle boursière quand soufflera le mauvais vent.
Un patriotisme tout mental ne résiste pas à l'épreuve des temps difficiles, pour parler clair : à la guerre.
Mais la provocation a un sens : déraciner le concept pour y faire entrer les déracinés eux-mêmes. C'est de la part de ses promoteurs une supercherie à moitié acceptée par ce peuple ; on est loin des tombeaux moussus de Chateaubriand ou de Maurras. Il suffirait de se penser français ?

Et les nouveaux ?
Les couches allogènes superposées à chaque marée migratoire, du moins celles qui ne reflueront pas au jour de la ruine annoncée de notre pays, doivent en attendant s'enraciner matériellement et non pas seulement en idées lumineuses. Outre la quête d'une propriété, il faut aussi franciser l'esprit. Le matériau intellectuel nécessaire à l'enracinement comprend notre histoire vraie ; il est inclus dans la musette du parfait patriote à côté de nos traditions culinaires, de notre architecture et de la connaissance de nos divers terroirs. Il faut un peu marcher pour être un bon français et lire le soir un peu d'oenologie.

L'Education nationale a de lourdes responsabilités pour éveiller et nourrir le patriotisme, mais elle se trouve handicapée par un défaut d'objectifs clairs et "indiscutables". Elle dispose des ressources suffisantes et nécessaires de ses acteurs en nombre et en qualité, rapportées à ce que l'on constate dans tous les pays comparables.
Il est dommage que le défi de l'enracinement soit contrebattu par des meneurs corporatistes obsédés par l'adoration des vessies lumineuses, du niveau d'Aschieri et consorts. Les kärchers ne sont pas mis en batterie au bon endroit !
Au fond, c'est un déficit d'amour simple de notre pays qui nous plombe.

Mirage sous les 3 couleurs
Reste l'avatar républicain du nationalisme. Si le patriotisme se suffit à lui-même, en ce sens qu'il baigne naturellement la communauté nationale - du moins doit-on s'y appliquer -, le nationalisme s'affronte à son alter ego, le nationalisme d'autrui. Sans nationalisme concurrent, il n'y a pas de nationalisme. Nous y reviendrons un jour encore, plus tard. Les deux concepts sont parfois mis en cohérence en temps de crise et se renforcent, mais dans la vie ordinaire ils sont presque antagonistes.

Nous terminons par une sorte de quizz : pour manifester notre patriotisme, devons-nous porter un pin's tricolore à la boutonnière, une épinglette fleurdelisée ou rien ? Si vous allez à un débat-conférence "mainstream" sur la tacheture carrée des girafes ou pour libérer les otages de la Jungle, portez l'épinglette. A la première question car il y aura question, attaquez sur le voyage de Bougainville et son Supplément par Diderot pour équilibrer. Ils s'en souviendront. Si vous courez au meeting souverainiste, ne mettez rien pour ne compromettre personne, mais posez des questions sur le traitement des députés européens. Ils s'en souviendront. Si vous allez à la Fête de l'Huma, portez le pin's tricolore car l'épinglette fait trop "couture", et vous obtiendrez toutes les questions nécessaires à l'expression amusée de votre différence. Ils riront beaucoup, mais se souviendront.

Ne confondons pas non plus le patriotisme et le port d'un bout de fer blanc à la boutonnière. Le patriotisme c'est un principe actif.
Vive la France quand même !

[ce billet a été publié dans la 22° livraison du Lien Légitimiste paru le 20 août]


livre de caroline Kennedy
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mercredi 27 août 2008

Une politique caucasienne ?

char européenLa Question caucasienne est vieille comme les annales et ses nationalités inextricables. On dit que les Ossètes descendent des Alains, tribu scythique de la sphère iranienne, qui formèrent la cavalerie lourde des grandes invasions. La Wikipedia est prolixe sur ce sujet détonnant, nous vous y adressons d'un clic.

Le Caucase partagé en deux versants nord et sud, bien séparés par une ligne de crêtes d'altitude, est un fourmillement d'ethnies semblable aux Balkans. il n'est en aucune partie européen, ce qui ne nous empêche pas d'y faire de téméraires représentations. Nous n'avons pas déjà lâché le bâton merdeux yougoslave que nous sommes allés saisir le caucasien ! Quelle mouche pique l'Union européenne, France en tête, de se mêler de tout. Décidément nos effervescences diplomatiques couplée à l'ingérence béhachélienne nous mène chaque fois au fossé, forts en gueule et pas longtemps si l'interlocuteur hausse le ton.

Toute la zone est depuis toujours dans la mouvance stratégique de la Russie. L'Arménie, qui doit historiquement sa survie à l'Union soviétique, l'a parfaitement intégré dans son schéma de collaboration régionale. Pourquoi la Géorgie n'en a pas fait autant est un mystère, d'autant que le président géorgien Chevardnadzé, ancien ministre soviétique de Gorbatchev, avait accepté un modus vivendi praticable pour quelques décennies au moins. C'étaient peut-être sans compter avec les forces nationalistes abkhaze et ossète qui ont "poussé au crime" le grand-frère russe pour se mettre sous son ombre tutélaire.
oursLe reflux impérial consécutif à l'implosion de l'URSS n'était qu'un temps creux dans la chronique hégémonique des Csars. Moscou reconstruit ses marches, patiemment, et sans frais exorbitants, à l'exception d'une hypothèque sur un lointain futur car le bâton merdeux ne l'est pas moins pour elle-même !
Les Tchétchènes, les Ingouches, les Avars et cinquante autres, ne sont pas sûrs pour l'empire renaissant, ce qui n'empêche pas qu'il soit dirigé par un formidable joueur d'échecs, Poutine.

Ses atouts ne sont pas minces :
Il dispose d'une cohésion nationale forte, de matières premières indispensables à ses voisins, mais s'ils le boudent, markétables par le monde entier, d'une technologie militaire de pointe disposant d'arsenaux actifs et d'un marché intérieur convoité par la capitalisme mondial. Son contempteur principal, les Etats-Unis, est embourbé dans son propre impérialisme, et dans trois cas au moins ne peut manoeuvrer sans l'assentiment russe : en Iran, en Afghanistan et en Corée du Nord.

On parlera longtemps de la démarche irresponsable du Pentagone qui n'eut de cesse d'encercler la Fédération de Russie en même temps qu'il sollicitait ailleurs son appui ; jusqu'à créer en Géorgie une armée succursale de la sienne, tellement américanisée qu'il fit croire au pouvoir géorgien que l'attaque de sa province ossète se ferait d'ordre et pour compte la bannière étoilée. Mal lui en prit !

T90 russe
Poutine avait un coup d'avance, la main droite posée sur la vanne de Gazprom, la gauche sur le codex international de dépeçage slave créé par nous pour le Kosovo. Ses forces de réaction étaient prêtes, à l'affut. Il ne "subit" aujourd'hui aucun autre revers que les déclarations solennelles des Occidentaux qui viennent de se faire moucher d'importance.

Je crois bien que le président de l'Union européenne n'est pas au niveau requis par la gestion d'une crise continentale d'ampleur. Nous ne sommes plus au stade d'élaborer un compromis d'avocat sur la nappe en papier du Café du Palais, mais à celui d'exécuter un schéma diplomatique réfléchi, depuis longtemps, et testé. Or ce n'est apparemment pas le cas, les éructations de M. Kouchner nous le montre. Nous n'avons rien dans notre dossier. Nous n'avons rien dans aucun dossier du Quai.

Saurons-nous tirer les leçons de cette cagade en rabattant d'abord notre morgue ? Qui sommes-nous pour dicter leur conduite aux vieux empires ? Est-ce parce que nous avons perdu le nôtre que nous nous autorisons à donner des cours du soir au monde entier ?

Caucase
Reconstruisons d'abord notre Etat, notre économie, notre moral et nos armées. Aujourd'hui nous n'existons plus. La Chine nous en a convaincu au début du mois en exigeant la présence de Sarkozy aux illuminations pékinoises puis en lui interdisant de rencontrer le Dalaï Lama ; c'est au tour de la Russie qui va nous dire où nous pouvons "faire" ; avant que les Etats-Unis ne nous arrache le dossier géorgien des mains pour cause d'impuissance bruyante.

Quand cette reconstruction sera achevée, nous aurons bien le temps de nous préoccuper de notre gloire dans les affaires du grand monde, avec des gouvernants responsables et compétents, autant dire du sang neuf !
Pour le moment, nous avons jeté l'Union européenne dans la gueule de l'ours avec une petite buchette de tendre peuplier pour la tenir ouverte.
Chapeau les cons !


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