vendredi 4 avril 2008

Prince, principes & valeurs

esprit et scienceLe titre est prometteur, un peu ronflant, il s'agit de s'appliquer pour la suite ! Quelqu'un dans la salle m'a posé la question des valeurs royalistes à propos du dernier billet intitulé "Priorité au mental". Nous y promouvions la nécessaire évolution de la royauté française à l'image - mais l'image seulement - de l'aggiornamento de la théocratie tibétaine qu'avait fait le 14° Dalaï Lama en exil.
Il a brisé le pot de terre des rites et des règles anciennes pour n'en garder que l'essentiel, et a fait porter tout l'effort de sa "propagande" sur la pure science de l'esprit qu'est le bouddhisme tibétain. Il a tiré sa civilisation des cryptes sombres du Toit du monde pour l'offrir au reste de la Terre, expurgée, rayonnante.

Quelle est chez nous l'essence de la royauté ? Où se situe le coeur du débat ? Sont-ce les valeurs "royalistes" que nous apprécions tous, ou bien la transcendance quasi-légendaire à laquelle pend la charge écrasante de roi, comme l'épée de Damocles. La réponse est à l'étage juste en dessous et consubstantielle au corps mystique du roi, mais palpable, charnelle : elle réside dans l'exercice personnel des "principes du prince" par le titulaire. Nous allons revenir sur ces principes, mais pour ce qui nous concerne, les valeurs restent importantes mais subalternes.

Et les royalistes rangés en légions souverainiste, traditionaliste, orléaniste, intégriste et vendéenne, de crier au charron ! A quoi "servirait" le roi s'il ne défendait pas "mes" valeurs ? Les défendre contre qui, contre quoi ? Contre d'autres valeurs, celles de nos concitoyens ? Prendre donc le parti des uns contre le parti des autres ? Normal, puisque les autres ont forcément tort. La ligue contre la réforme. Quelles sont-elles d'abord ? Sont-elles en conflit entre elles ?


LES VALEURS

L'usage veut que le crible des valeurs sociétales soit la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Celle de 1789 a été analysée ici (1 à 9) et là (10 à 17). L'évolution des moeurs et l'ambition de ses thuriféraires l'a complétée des droits minoritaires (femmes, enfants, homosexuels, handicapés, migrants, ...), auquels nous ajouterons les devoirs individuels (compassion envers autrui, hospitalité, charité, soins palliatifs, ...) et les devoirs collectifs (perpétuation de l'espèce, solidarité, contribution aux nécessités de la vie sociale par l'impôt, ...). C'est à la frontière des droits minoritaires et devoirs collectifs que se situent le plus souvent les frictions. La plus exemplaire est celle du droit à l'avortement qui s'oppose au devoir de vie.
Ces valeurs ne peuvent pas être imposées d'en haut, à peine de générer des désordres civils, mais expliquées, négociées et tranchées par toute procédure reconnue. Elles sont qualifiées de sociétales pour les distinguer d'autres valeurs comme le patriotisme, la culture, l'éducation, le patrimoine... et la finesse d'esprit. Toutes ces valeurs sont destinées à évoluer dans le temps au rythme du balancier de la mode qui gère la coutume ; l'on voit bien que pour l'avortement, de grandes voix scientifiques proclament maintenant l'inviolabilité de l'embryon humain, subitement devenu l'unité la plus complètement individualisée du devenir vivant de l'homme.

La royauté par essence n'a pas à s'adapter au balancier de la mode civile, pas plus qu'à administrer un conservatoire de la coutume. Tout ceci est l'affaire des citoyens organisés dans des cercles nombreux d'intérêts divers, ou pas organisés du tout. Aussi ne chargeons pas le char du roi de tous "nos" problèmes sociétaux, il est déjà bien assez lourd à tirer. Contentons-nous de jouir avec lui des libertés accordées par le meilleur régime politique et exaltons plutôt les principes de sa gouvernance propre.
Au dessus de la mêlée, quels sont donc ces principes essentiels ?


statue de Louis IX à Saint-Louis des Etats-Unis
LES PRINCIPES

J'en ai trouvé six qui correspondent chacun à un chapitre d'exercice de la charge de roi. L'ordre de numérotation n'est que commodité de référence.

(1) Principe de dignité
Le prince est exemplaire. Sa conduite dicte la loi. Il est digne en toutes circonstances de sa vie publique comme de sa vie privée, d'autant que la vie moderne des puissants est fouillée dans ses moindres recoins par les officines à scandales. Ce souci de dignité s'applique à toute sa famille et surtout à l'éducation de sa progéniture. Ce sont les applications de ce principe qui marqueront le mieux la rupture avec l'exploitation avide de la fonction de chef d'Etat par les amateurs à bail précaire actuels.

(2) Principe arbitral
Qu'il tranche en audience ou en conseil, le prince est juge et tribunal du dernier ressort, tel le vieux seigneur justicier de la charpente féodale, ou le Salomon des Ecritures. Saint Louis sous le chêne est le roi préféré des Français - le fut-il à son époque est une autre affaire. Cette fonction régalienne n'a pu être récupérée par les présidents de la République pour le motif d'illégitimité (ils proviennent d'une fraction de la société) et de l'insuffisance de leur compétences. Le prince naturellement au-dessus des partis et factions doit approfondir les principes du droit et se former à l'exercice du jugement.

(3) Principe de connaissances
La formation d'un roi n'est pas celle de tout un chacun. Elle s'intéresse aux quatre domaines régaliens. Ses connaissances doivent être poussées aux limites de ses propres capacités afin qu'il soit capable de dominer ses conseils. Il est passé le temps du roi un peu juste compensé par ses conseillers pointus. L'exigence demeure pour lui de décider et de trancher en "connaissance de cause" les alternatives proposées au moment même de leur dépôt sur la table du conseil. A cette minute le roi est seul dans le silence de ses ministres. Lourde responsabilité qui ne laisse aucune place à l'improvisation.

(4) Principe de sacrifice
Les rois-notaires qui succédèrent à la République impériale et qui fuyaient au premier coup de pistolet, ont ruiné la majesté de la fonction autant que la décapitation de Louis XVI a désacralisé le corps mystique du roi. Après les quatre fractures dynastiques (92-30-48-73), nous avons besoin d'un "roi à cheval", bon militaire de tradition qui, chef des armées, commandera au front, et par là se fera respecter en tant qu'homme. Cela implique qu'il fasse dans une de nos excellentes écoles d'armes plus qu'un simple stage, au moins une courte carrière, et qu'il se maintienne à niveau à l'Ecole de Guerre. Cette fonction militaire est plus qu'un devoir de la charge royale. Au delà du signal de courage qui fera du bien à tous les personnels des armées habitués aux gouvernement des bureaux anonymes, ce sera une vraie marque de fabrique !

(5) Principe de catholicité
Il y a déjà une loi fondamentale de catholicité mais ce n'est pas à ce niveau que nous l'interprétons ici. Le prince doit conduire sa vie en bon catholique tout simplement. Il suffit de citer les quatre vertus cardinales (laissant les trois théologales à sa discrétion), et de passer au paragraphe suivant. Prudence dans le discernement des choix, la tempérance des instincts et désirs, la force mentale de surmonter les obstacles dans sa vie morale, et la justice pour donner à chacun son dû.

(6) Principe de compassion et loyauté
Le roi doit aimer naturellement ses "sujets" et manifester périodiquement sa juste compassion. Ainsi doit-il se soumettre à une vie de représentation au plus près de la société sur laquelle il prétend régner, connaître ses attentes et ses souffrances, la rassurer, l'apaiser ou la mobiliser quand nécessaire, et surtout que le doute de loyauté ne s'insinue jamais entre lui et son peuple.


LE PRINCE

Dans son testament de Noël 1792, le roi Louis XVI disait à l'intention du petit dauphin : «Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi ...»
roi hittiteChacun voit bien que le poids des principes énoncés ci-dessus est déjà énorme sans y rajouter celui de la défense des valeurs promues par ses partisans, et c'est par exemple faire mauvais procès au roi d'Espagne que de lui reprocher de ne pas plus s'investir dans la défense des valeurs catholiques menacées par le gouvernement socialiste. Il respecte les étages et se conduit selon les principes de sa charge. Les monarchies du Nord en font autant, bien que parfois certains comportements collatéraux laissent perplexes ; mais ce sont des monarchies qui, à part l'anglaise il y a longtemps, n'ont pas connu de décapitations.

Le prince qui nous gouvernera - dans des circonstances sans doute très dures pour notre Nation - aura dû se préparer d'abord à relever les six défis de cette charge éprouvante, plus ceux qu'il aura trouvés par lui-même. On sait que le poste ne sera pas une sinécure du modèle républicain. C'est affaire de caractère certes, et bon sang ne saurait mentir, mais cela peut devenir aussi un chemin de croix. Alors portons nous-mêmes le poids de la défense de nos valeurs et ne le chargeons pas de celui de nos "péchés".
Aimons-le assez pour qu'il voie dans nos yeux la charge magnétique de notre sympathie et trouve le fardeau héréditaire plus léger.

Vienne le Roi !



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2 commentaires:

  1. Pardonnez-moi de réagir avec retard, mais voilà un magnifique exposé de ce que devraient être les véritables principes et valeurs d’une royauté bien comprise. A méditer et un jour, je l’espère, à appliquer

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  2. Merci pour vos compliments. Il ne s'agit que d'extraire la fonction royale de la gangue des politiques publiques.
    Engageons-nous dans la défense de nos valeurs, sans y impliquer le roi futur.

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