jeudi 29 avril 2021

Le Poupoutche

Ce qui est intéressant dans la Tribune des vingt généraux en colère est moins le texte de la lettre très convenu mais intéressant à plus d'un titre (clic), que la nature des réactions déclenchées. La lettre, signée par onze cents soldats de tous grades, exprime aujourd'hui le mécontentement d'un corps constitué dans sa section "Pensionnés", après le soulèvement du peuple en anarchie que furent les Gilets Jaunes, soulèvement qui fut éteint par dilution politicienne et découragement à hauteur d'yeux. La méthode Castaner n'est pas applicable à des officiers et sous-officiers de l'armée, sauf à prendre un pari dangereux sur l'avenir. C'est sans doute ce qui a fait peur à certains membres du pouvoir, peu doués pour les analyses socio-politiques, qui en sont même venus à utiliser la logorrhée gaullienne du Quarteron en souvenir du putsch des généraux de 1961 qui, lui, n'était pas de la frime. Agnès Pannier-Runacher s'est ainsi inscrite dans la page d'histoire du jour avec un quarteron de généraux en charentaises (pas si mal trouvé), défaisant par cette saillie bien des efforts à maintenir l'artisanat de la pantoufle en Périgord. Ministre agitée des fermetures d'usines, elle avait un creux dans l'agenda pourtant fourni en ces temps de crise. Mais c'est plutôt la réaction de la ministre de tutelle Florence Parly qui pose problème :

Elle dégaine d'entrée pour incitation à l'insurrection ! C'est beaucoup ! En ces circonstances, il aurait mieux valu prendre la peine de lire le texte soigneusement, aussi soigneusement qu'il a été rédigé par Jean-Pierre Fabre-Bernadac pour publication dans Valeurs Actuelles. Pourquoi VA ? Peut-être que la presse subventionnée aurait refusé de mettre en péril ses subsides d'Etat ? Les signataires dénoncent une sécurité générale très détériorée et expriment leur écœurement sur les conditions de vie faites à des populations françaises abandonnées par les pouvoirs publics. Rien qui justifie une assignation, sur la base de quelle loi d'ailleurs ? Encore moins une insulte à la face des militaires d'active, comme le proclame la ministre qui cherche l'élément de langage qui ira bien, en vain. Mme Parly aurait pu s'évader de la bulle technocratique et réfléchir à une réponse plus "maternaliste", faisant part de son émotion, manifestant l'injustice de ces assertions à l'endroit d'un gouvernement qui ne cesse d'augmenter les moyens affectés à la guerre, expliquant etc... etc... etc. Non ! Arrogance type SNCF. Elle a joué petit jeu. Et ce n'était même pas son département de pouvoir qui était attaqué.

Gal Martinez


Jean Castex s'est méfié du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher, du moins en public, et son collègue de l'Intérieur, confronté chaque matin au caillassage de ses forces de police, a pris le parti d'ignorer. Les carences de l'Exécutif, ils les vivent quotidiennement et ne seraient pas loin d'approuver la lettre ouverte des généraux s'ils ne mettaient pas en danger de fragiles équilibres politiques en année électorale. Des réticences il y en d'autres. A commencer par les généraux qui dénoncent ces choses depuis longtemps mais qui n'ont pas signé ; même si on devine qu'ils furent sollicités. Bertrand Soubelet, général de la Gendarmerie sanctionné par le ministre Valls, aujourd'hui vice-président du parti Objectif France (Rafik Smati) ; Didier Tauzin, général parachutiste entré en politique sous son mouvement Rebâtir la France ; l'ancien chef d'état-major Pierre de Villiers, attendu comme Godot, mais qui à la fin ne viendra pas, quoiqu'en pense son frère Philippe. Deux képis "politiques" ont malgré tout fait un pas en avant : Antoine Martinez (en photo), général d'aviation, président des Volontaires Pour la France, et Christian Piquemal, général de la Légion, dont on ne parle plus depuis qu'il s'est fait embarqué par la BAC de Calais sur ordre de la sous-préfecture. Mais quand on sait la pyramide hiérarchique de l'armée mexicaine française, cela fait au bout du compte peu d'étoiles sur la piste aux reproches !

Côté opposition, c'est l'effroi ! surjoué par Mélenchon le chaviste, Hamon le dhimmi, Cocquerel l'insoumis payé au mois, et jusqu'à Pierre Laurent (PCF) qui, abandonnant toute mesure, appelle à ce que "les vingt généraux, signataires d'un appel à une intervention militaire, soient poursuivis et condamnés par la Justice". On ne se refait pas, la condamnation serait inéluctable avec le Parti au pouvoir. De son côté, Marine Le Pen fait une offre de service légitime, même si M. Fabre-Bernadac s'en irrite, dès lors qu'elle sait qu'une forte proportion de cadres subalternes des armées votent pour le Front national - RN. Sur le fond, la sémantique, ce blogue n'a rien à ajouter, n'étant pas un fanzine de l'indignation. Ses lecteurs sont mieux au courant que le Piéton des vicissitudes de ces temps complètement républicains. Aussi briserons-nous là, sauf à prévenir les enthousiastes que rien ne viendra de nos généraux. A-t-on déjà vu un coup d'Etat téléphonné ? En attendant l'active, restera en mémoire l'honneur sauvegardé de ceux qui, il y a soixante ans ce mois-ci, n'ont pas envoyé une lettre de remontrances : Jouhaud, Challe, Zeller, Salan, mais surtout les chefs de corps des unités d'engagés qui refusèrent la grande braderie gaulliste.
« De Dunkerque à Tamanrasset... » qu'ils disaient ! Ça avait une autre gueule !

mardi 27 avril 2021

Chloé au Pays des Mensonges

Chloé Zhao Ting


Chloé Zhao Ting, meilleure cinéaste primée aux Oscars d'Hollywood cette année pour son film Nomadland, déplaît au Parti souverain. Fille de Pékin, envoyée à Londres à l'âge de quinze ans pour y faire ses études, puis admise à l'université à New-York, elle avait dit, il y a huit ans déjà, dans une déclaration dont on n'a pas l'original complet, qu'en son pays natal jadis le mensonge était partout, juste au moment de l'arrivée du Princeling Xi Jinping au pouvoir suprême - Que Caishen le couvre de sapèques !

Une heure après sa victoire aux Oscars, le réseau Weibo faisait disparaître tous les messages enthousiastes la concernant et le hashtag #Zhao renvoyait à un avis officiel que l'on peut traduire par "selon les lois, règlements et directives en vigueur, cette page n'est pas accessible". Ci et là, comme à Shanghaï, la retransmission de la cérémonie a été sabotée. Pis encore, le film est une histoire américaine au sein du peuple des caravanes de l'Ouest, qui n'a rien à voir avec l'Empire du milieu et n'induit pas de critiques sur la société chinoise actuelle. Comble du ridicule, la nouvelle de sa victoire a été retenue dans la presse numérique chinoise le temps pour elle de recevoir les instructions officielles de diffusion. La Stasi en avait rêvé, le Parti communiste chinois l'a fait !

Et pourtant, c'était en soi un évènement. Hollywood décerne très rarement le prix de meilleur réalisateur en dehors de la profession américano-américaine, à une femme étrangère en plus ; et Chloé Zhao a osé dire son remerciement en mandarin, alors qu'une ambiance délétère anti-chinoise parcourt les Etats-Unis depuis la fuite du laboratoire P4 de Wuhan. En fait, c'est son Golden Globe d'il y a un mois qui a alerté les gnomes communistes et leur armée de trolls. Tout matériau promotionnel de Nomadland en Chine avait déjà été censuré, et jusqu'à Hong Kong, où la retransmission de la cérémonie des Oscars a été bloquée sous quelque faux prétexte commercial, en réalité pour obéir aux injonctions de la Connerie centrale.

Last but not least, la fiche biographique de Zhao Ting est sortie des encyclopédies numériques chinoises. Mais ce vieux truc stalinien d'effacer les dissidents ne marche plus. La lauréate n'a jamais dit qu'elle détestait la Chine et faisons confiance au Renseignement intérieur chinois pour l'avoir cherché, mais il a suffi d'une phrase sortie de son contexte pour que l'Etat chinois attaque un succès qui n'est pas sorti de ses rangs ! Et ils croient qu'ils vont dominer le monde avec leur bureaucratie qui stérilise tout risque pris hors d'elle ? La Bêtise tue plus sûrement l'autorité que les balles quand elle avance de conserve au bras du Ridicule.

lundi 26 avril 2021

Le Réveil de Dilsey

Qui, s'abandonnant au plaisir de lire et d'écrire, n'a jamais eu la folle ambition de structurer son passe-temps dans la publication de son imaginaire sous la forme d'un roman, forcément autobiographique un peu sur les bords, quitte à la fin à donner "son" bouquin invendable, imprimé à compte d'auteur, à la famille et le reste à l'héritage ? Retiré des affaires, le Piéton s'est laissé convaincre par le démon de l'écriture au moins trois fois, un roman de triade entre la rivère des Perles et le phare d'Agincourt, un scénario de road-movie entre Châteauroux et Poissy, et les aventures immorales de deux sicarios d'une entreprise internationale de prêts bonifiés sans confirmations. Ce troisième est en cours, les mecs sont en fuite à Port-Moresby et ne veulent toujours pas mourir ! Qu'importe, à défaut d'entendre dire un jour que vous êtes bien l'auteur-qu'on-cause-pour-le-prix-qu'on-court, vous vous rabattrez sur un fanzine littéraire ou sur un blogue, en vous appliquant un peu. Jusqu'au jour du réveil de Dilsey ! Là, toute vanité qui aurait survécu aux réalités sera purgée bien plus sûrement que dans l'Ecclesiaste, et vous vous contenterez d'écrire de petits billets, laissant Marcel Proust dormir tranquille.

Mama noire fumant

« 8 avril 1928 - Le jour se levait, triste et froid, mur mouvant de lumière grise qui sortait du nord-est et semblait se fondre en vapeurs humides, se désagréger en atomes tenus et vénéneux, comme de la poussière, précipitant moins une humidité qu'une substance voisine de l'huile légère, incomplètement congelée. Quand Dilsey, ayant ouvert la porte de sa case, apparut sur le seuil, elle eut l'impression que des aiguilles lui transperçaient la chair latéralement. Elle portait un chapeau de paille noire, perché sur son madras,et, sur une robe de soie violette, une cape en velours lie de vin, bordée d'une fourrure anonyme et pelée. Elle resta un moment sur le seuil, son visage creux insondable levé vers le temps, et une main décharnée, plate et flasque comme un ventre de poisson, puis elle écarta sa cape et examina son corsage.
Sa robe, de teinte royale et moribonde, lui tombait des épaules en plis mous, recouvrait les seins affaissés, se tendait sur le ventre pour retomber ensuite légèrement ballonnée par-dessus les jupons qu'elle enlevait un à un suivant la marche du printemps et des jours chauds. Elle avait été corpulente autrefois, mais, aujourd'hui, son squelette se dressait sous les plis lâches d'une peau vidée qui se tendait encore sur un ventre presque hydropique. On eût dit que muscles et tissus avaient été courage et énergie consumés par les jours, par les ans, au point que, seul, le squelette invincible était resté debout, comme une ruine ou une borne, au-dessus de l'imperméabilité des entrailles dormantes. Ce corps était surmonté d'un visage affaissé où les os eux-mêmes semblaient se trouver en dehors de la chair, visage qu'elle levait vers le jour commençant avec une expression fataliste et surprise à la fois, comme un visage d'enfant désappointé, jusqu'au moment où, s'étant retournée, elle rentra dans sa case dont elle ferma la porte.»
(Le Bruit et la Fureur de William Faulkner dans la traduction de Maurice-Edgard Coindreau, moulée à la main sur l'original avec la précision mathématique du français)


Et en direct de Yoknapatawpha, l'immortel Mississipi John Hurt :


dimanche 25 avril 2021

Agnosticisme et royalisme

Le Piéton vient ce dimanche au zinc du Blogue faire un peu de philosophie de comptoir. J'ai toujours été surpris du nombre de royalistes qui, les présentations finies, s'affirmaient agnostiques mais pratiquaient la religion de nos rois quand les circonstances l'exigaient. A creuser un peu, on devine qu'ils sont des monarchistes de raison convaincus et souvent plus affûtés dans leur argumentaire en faveur du roi que les autres royalistes. Ils regrettent au fond d'eux-mêmes de ne pas croire au mystère qui embellirait le modèle idéal d'une lumière surnaturelle.

Cette distance posée par le doute s'applique au roman de l'histoire monarchique depuis la colombe de Clovis jusqu'au vœu de consécration de la France au Sacré-Cœur de Jésus par Louis XV, ce qui, en passant, nous vaudra l'église Sainte-Geneviève, récupérée à la Révolution pour devenir le Panthéon de la République. L'autre champ d'exercice de ce scepticisme métaphysique s'applique à toutes les manifestations de la Providence, convoquée à tous motifs et desseins pour réparer les dommages causés par la nation au roi quand ce n'est pas l'inverse.

Nul ne peut démontrer que la Providence agit ou ne peut agir, ou sinon, qu'elle soit un concept produit par l'esprit des hommes. Cette indécision dans les causes à l'origine de changements divers définit assez bien les agnostiques - on ne parlera pas des athées qui n'ont aucun problème en l'affaire, relire Nietzsche et périr. En matière de religion, il en est de deux sortes :

(1) L'agnostique radical qui pense que la foi est irrationnelle, sans préjuger de l'existence ou de l'inexistence de Dieu qui le dépasse. Contrairement à l'athée, il est toujours sur le qui-vive pour capter tout signal faible de cette présence qui résoudrait son doute pour son plus grand bonheur. Dans la définition qu'Henry Duméry donne à l'encyclopédie Universalis, l'agnosticisme désigne soit les doctrines qui, sans récuser un ordre de réalité inaccessible aux sens ou à la froide raison, estiment qu'aucun moyen de le connaître ne nous est offert au moment ; soit les doctrines qui soutiennent que l'inconnaissable, échappant à tout jugement, échappe à celui d'existence : il n'y a pas lieu de réserver l'existence de ce qui ne peut être objet de science. Dans la pratique, l'agnosticisme est synonyme de scepticisme en matière philosophique ou religieuse. Tout est dit quand on lit lentement, on ne va pas chipoter.

(2) Le deuxième est l'agnostique terrifié (ou cosmique) qui reconnaît un principe inexplicable et autonome à l'origine de l'univers (il va plus loin que le boson de Higgs sans même parler des frères Bogdanoff) et ne conçoit pas de s'adresser d'aucune façon à cette hyperpuissance d'un autre monde. D'ailleurs bizarrement, l'évangéliste Jean nous précise que personne n'a jamais vu Dieu (1:18). Le Piéton, plutôt terrifié, milite pour que les docteurs en théologie obtiennent préalablement un master de physique quantique afin d'ouvrir l'angle d'acquisition de la lumière divine sans être foudroyés comme Uzza sur le chemin de Nacon. Ce n'est pas ironique, la foi a besoin de s'user contre les grands mystères de l'astrophysique.

flash du Big Bang

Il existe d'autres postures agnostiques. Celle d'un Charles Maurras qui promouvait l'utilité des dieux dans la construction intellectuelle et morale de chacun et dans la pacification des sociétés humaines. Il privilégiait la mythologie grecque qui était la trame de la morale classique, applicable aux hommes de toutes époques mais il gardait ses distances de mortel envers l'Olympe, en se souvenant de Tirésias, quoiqu'il aurait pu guérir de sa surdité ! Plus proches de nous, des esprits tourmentés par l'affaissement de l'Europe dans la mondialisation réinventent le polythéisme païen, en oubliant que la Communion des saints de l'Eglise catholique est l'avatar utile de ce panthéon antique qui avait réponse à tout à sa manière. Nous avons un saint pour tout, même pour retrouver sa paire de lunettes égarée près du piano.

Ceux des royalistes qui croient au Dieu tout-puissant et attentif à chacun de nous, Qui par Son fils conduit nos affaires du quotidien, sont rassurés de savoir qu'Il est aussi inquiet qu'eux quant au devenir de la monarchie très chrétienne en France. Et à défaut de Le voir, le croyant Le sent partout actif. D'un côté c'est bien pratique. Une sorte de dévolution, certains diront de déresponsabilisation. Est-ce vraiment œuvrer au retour du roi que d'en confier l'avènement au dessein de la Providence ? Peut-être trop facile ! Démobilisateur ! Les limites à l'expansion du providentialisme au sein du Roycoland sont posées par les partis royalistes rangés derrière le prétendant de leur choix. Militer, pour eux, ne peut s'organiser à partir d'injonctions plus ou moins perceptibles en concentrant l'essentiel de l'énergie dans la prière et les supplications. Les mouvements doivent "positiver" pour survivre. Finalement leur continuation prime tout et cela vaut mieux, quand on compte. Vingt-cinq semaines d'années bientôt nous séparent de la chute du dernier roi (21 du dernier empereur) et les perspectives de restauration d'une monarchie en France tangentent l'infini. Aussi, faire carrière dans le royalisme est un emploi de longue durée indéterminée qui peut combler une vie d'homme, celle de ses enfants et petits-enfants. Mon arrière-arrière-grand-père Estoueno de Nébian était un cul-blanc du Midi attendant le retour de l'Elu ! A son âge avancé aujourd'hui, je l'attends à mon tour ! Le providentialisme par essence n'a nul besoin de militants mais d'orants. Pour l'agnostique, il repousse dans la nuit d'un futur improbable la réalisation du rêve royaliste. Est-ce la juste définition ? C'est une simple question.
Siouplé ? Remettez-nous ça !

vendredi 23 avril 2021

Tous à la BAD !

bergerie

Jamais en retard d'un combat perdu d'avance, le royaliste de base renforcera la lutte d'intelligence contre la connerie en bottes de fer représentée par l'association Manche Nature de Coutances, en souvenir de Rodolphe Crevelle, parti trop tôt. De quoi est-ce donc qu'il s'agit, hein ? Ultra-simple :

Un éleveur d'agneaux bio des herbus salés avec vue sur le Mont Saint-Michel, entre le Bec d'Andaine et la Pointe du Grouin du sud, a construit dans les années 2000 une bergerie basse tout en bois pour abriter ses brebis le soir, veiller à l'agnelage et démarrer les agneaux au chaud. Le mode d'élevage naturel à taille humaine a été cité en exemple par la Chambre d'Agriculture et par plusieurs associations de surveillance des sites du Mont. Le préfet de l'époque, Jean-Marc Sabathé, jugeait la bergerie démontable en bois, adaptée à son environnement et pas un "hangar moche en métal". Sauf que l'édifice, aussi intégré soit-il entre les haies et peu visible, mesure mille mètres-carrés, en excès donc sur les dispositions de la loi Littoral. François Cerbonney argue du confort de ses bêtes pour justifier la surface, mais le kaporalisme écologiste n'en a voulu rien savoir et a dégainé en justice. Parmi les attendus de l'association on notera l'atteinte portée à la démocratie par les élus locaux qui ont amendé la loi au bénéfice d'un justiciable et la rupture d'égalité constatée par les faveurs coupables faites par le maire au berger, lequel serait-y pas plus ou moins un parent éloigné du sénateur de la Manche, disent les mauvaises langues qui n'ont pas de prés salés.
Sans oublier la petite mention égalitariste du connard d'astreinte ailleurs : « Enfin il ne faut pas oublier le problème économico-social d'un produit certes bon, mais rare (ndlr: il parle de l'agneau de pré-salé dans l'assiette), donc cher, donc accessible à peu de gens. ».

Entre le président de Manche-Nature, le sénateur Bizet et le président du TGI, c'est le concours de celui qui a la plus longue. Le juge d'exécution des peines avait donné jusqu'au 19 avril pour démonter la bergerie. François Cerbonney s'entête pour produire la meilleure qualité possible dans les conditions idéales pour le produit - c'était le leit-motiv de son projet au départ. Il est à 250 mètres de l'estran et pense, comme nous, que les dispositions de la loi Littoral visent l'urbanisation des bords de mer plutôt que des intallations techniques auxquelles s'adossent des activité d'entretien de certains espaces fragiles - les moutons sont le meilleur désherbant qui existe et leur déjections un fumier naturel - relire l'histoire des drailles cévenoles. Bref ! Ayant perdu en appel, le berger déclare sa bergerie, zone à défendre contre la connerie humaine, et ça nous va.

Avant de vous inviter à le rejoindre dans sa lutte, signalons une fois encore que toutes ces lois jacobines d'application générale sans discernement sont bien inférieures aux coutumes locales des temps anciens quand il s'agit de défendre le bien commun. L'égalitarisme est un bêtise française. Encore un truc révolutionnaire que le monde entier nous envie sans jamais nous l'acheter !

C'est le maire de Genêts qui a le dernier mot :

« Je considère qu’avec la qualité de son travail, son savoir faire et le rôle indispensable des troupeaux pour l’équilibre naturel de la baie, François Cerbonney et sa bergerie font partie d’un patrimoine qu’il faut préserver. Les lois sont parfois incohérentes, c’est mon rôle d’élue de le dénoncer.»
Catherine Brunaud-Rhyn



mouton du Mont Saint-Michel

La Bergerie Aude François
François Cerbonney
Le Grand Port
50300 Vains-Saint-Léonard
agneaux at pres-sales.com

mercredi 21 avril 2021

Bon voyage Idriss !

Idriss Déby

Idriss Déby, maréchal-président du Tchad, a été mortellement touché hier lors d'un accrochage de son armée avec les rebelles du FACT, Front pour l’alternance et la concorde, à Nokou (300km nord de N'Djamena). La fiche Wikipedia cerne le personnage hors du commun, et les officines spécialisées nous donneront le RETEX demain. Charité bien ordonnée nous invite à évaluer l'impact sur l'efficacité de l'opération Barkhane au Sahel et Le Télégramme propose un raccourci où il y a tout : « Contestée au Sahel, la présence militaire (de la France) risque, comme, en 2019, après le bombardement des Mirage, de l’être ouvertement au Tchad, maintenant que Déby est mort. Un de ses fils, général 4-étoiles à 37 ans, commandant la Garde présidentielle, a été désigné chef d’État par intérim par un conseil militaire qui a promulgué une "charte de transition", dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale en annonçant des élections dans dix-huit mois. Barkhane et son état-major établi à N’Djamena se retrouvent du jour au lendemain, allié d’une junte sur la défensive, qui n’a pas la légitimité du président défunt, qui était déjà très contesté, sinon haï, sans que le gouvernement français en tienne compte. Du coup, les autorités françaises risquent d’être accusées par la population de soutenir la dynastie Déby et les militaires tchadiens désormais au pouvoir, plus enclins à renforcer leurs effectifs pour le garder en cas d‘émeutes, plutôt que disperser ses troupes à l’extérieur du pays pour mener une guerre contre le terrorisme qui n’est peut-être plus leur priorité ».

L'armée tchadienne d'Idriss Déby a été jusqu'ici le meilleur soutien de la force Barkhane parce qu'elle se bat depuis assez longtemps pour avoir accumulé expérience et résilience, et parce qu'elle a été formée pour l'attaque. Le niveau de ses cadres est assez élevé comme le moral de ses soldats. Feu son chef, qui, dit en passant, avait fait l'Ecole de Guerre de Paris, était plus controversé dans le domaine politique pour être dans le top ten des autocrates africains. Difficile de juger le soldat-président Déby sur un clavier tout-confort. Il était réputé pour sa poigne de fer, mais quand on sait de quoi est constitué ce pays, immense et pauvre, peuplé de tribus guerrières jalouses, qui en ont toujours moins que ce qu'elles voient chez le voisin, on peut aussi comprendre la méthode.
Le FACT est une milice gorane de la valeur d'un régiment qui fut engagée dans les combats de Misrata en Libye à côté du groupe Wagner et qui casernait au Fezzan avant de décider de renverser le président, candidat à sa réélection pour un sixième mandat après trente ans de pouvoir ! Ses unités qui ont connu le feu, sont armées sur les stocks libyens et réputées bien équipées. C'est au jour de la proclamation de sa victoire électorale qu'Idriss Déby a perdu la vie. Chef de guerre depuis qu'il reçut jadis de Hissène Habré le commandement des forces armées du Nord, il est resté un homme de l'avant. Très peu de chef d'Etat s'exposent physiquement comme il le faisait, et pour ce qui nous concerne, le dernier des nôtres fut sans doute Napoléon III à Sedan. Depuis lors, nos chefs préservent la fonction, ce qui n'empêche pas certains de crier d'un voix de fausset à leur chef d'état-major pas content : « Ze suis votre Sef !». Il en va de même de grosses pointures capables de battre un ours bourré à mains nues pour la caméra ou même de jouer à la horde sauvage sur la route de Sotchi, mais que l'on ne voit jamais sur le front. Samedi dernier nous évoquions le prince Philip dans son album de marine qui fut, lors de la seconde guerre mondiale, de ceux qui ne firent pas semblant ! Idriss Déby ne faisait pas semblant, un homme vrai mais un grand fauve aussi.


(ma dernière pucelle)

lundi 19 avril 2021

Des bœufs et des chiens

bull baiting painting

Notre époque est stupéfiante de naïveté peut-être feinte dans le camp occidental. Doit-on accepter d'être gouvernés par les idiots du village global ? Depuis une dizaine d'années, les pays de l'Occident n'ont plus d'autre feuille de route que celle de contenir leurs contempteurs... du mieux possible... en fonction des "circonstances"... sans froisser les pays jadis colonisés et en tenant compte des retours de flammes sur la politique intérieure... On peut se limiter à citer les pays disposant d'une diplomatie active globale, finalement peu nombreux : Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, France et en second rang l'Australie, l'Italie, l'Allemagne et c'est à peu près tout. Nos adversaires, qui nous reprochent tous une agressivité mal dissimulée sous la protection des lois internationales, établies par nous bien sûr à notre bénéfice, nous prennent pour des chiens qui aboient et ne mordent plus. Nos armes d'exportation que furent la démocratie magique et les droits de l'homme adaptés à l'histoire de chacun ne fonctionnent plus. Tous les émergents ont appris à s'en passer, qui pis est, à le faire savoir ! La police des mœurs et la morale des nations sont de plus en plus souvent remplacées dans les chancelleries par le droit de la force, ce qui a relancé une course à l'armement conventionnel que l'on croyait reléguée au rayon des cotillons et confettis de carnaval. Des pays où le peuple est pauvre, mal soigné, mal nourri, mal traité, engloutissent des budgets colossaux dans la ferraille de guerre au motif irrationnel de prévenir toute attaque du pays voisin qui en fait autant. C'est tout le progrès de la Société des nations qui s'annule, même si on en conserve les formes.
Dernier outrage : la répression sanglante de la junte birmane est protégée par deux membres du Conseil de Sécurité qui craignent plus que tout l'ingérence d'autrui dans leurs propres crimes et bloquent toute sanction à l'endroit des généraux birmans. Il n'est même pas la peine de les citer ! Si d'aventure ils s'énervent, les pays occidentaux contourneront l'obstacle en tapant où ça fait mal, au porte-monnaie personnel des putschistes. Dans la communauté internationale le climat est pestilenciel puisqu'à divers motifs la guerre ouverte est revenue comme à l'époque de la guerre froide et l'hostilité réciproque des blocs est communément admise comme allant de soi. Aux guerres entre pays s'ajoutent les guerres asymétriques dont se servent les Etats déstabilisateurs pour augmenter le désordre à leur profit.

Les bœufs sont au nombre de quatre. La Turquie aurait pu faire un bon cinquième mais son objectif "ottoman" est par trop risible et quand sa monnaie disparaît, elle emporte avec elle toute crédibilité. L'Iran d'abord :

La République islamique avance lentement contre vents et marées vers la production d'une arme atomique. Elle accepte pratiquement d'en discuter avec tout le monde tant que ça reste au niveau des discussions, et les ayatollahs ont toute la patience nécessaire à faire traîner les choses en longueur et mensonges. Les Occidentaux en sont bien conscients, surtout depuis l'annonce récente d'un enrichissement de l'uranium à 60%, taux proprement extravagant pour une utilisation civile. Mais nous devons faire semblant de croire à une certaine bonne volonté. C'est ainsi ! Jusqu'au clash final qui engagera la survie d'Israël et vitrifiera Téhéran... L'Etat hébreu n'a aucun doute sur la marche du bœuf chiite, à peine ralentie par les sanctions américaines. Pourquoi l'Iran veut-il une bombe atomique ? D'abord pour entrer dans le club des puissants en souvenir de l'empire perse ; ensuite pour établir sa suprématie morale et stratégique sur le monde sunnite ; accessoirement pour bloquer les rêves d'expansion du Likoud israélien. D'autres avantages mineurs en sont attendus comme de discipliner ses clients syrien et irakien. Rien ne les détournera de ce but. C'est la même chose avec la Corée du Nord.

Le royaume communiste des Kim, qui dispose aujourd'hui de la bombe atomique, a deux objectifs entrecroisés : perpétuer la dynastie par tous moyens à l'intérieur - la famine n'étant pas un obstacle moral - et à l'extérieur, neutraliser le frère méridional en faisant sortir les troupes américaines d'occupation de la péninsule, quoiqu'il en coûte de promesses, main sur le cœur. Les négociations engagées par le département d'Etat et Donald Trump avaient été acceptées par Pyongyang, de la même façon que les mollahs avaient discuté énergie nucléaire avec le Five plus one à Genève. Parlons, parlons, ça n'engage à rien mais continuons d'avancer lentement, sûrement. Trump a vu la partie de poker tourner au bonneteau et sa générosité non feinte en a pris un coup. Donnons-en acte, même s'il avait balayé d'un revers de main les avertissements de son Département d'Etat qui savait que le leader coréen le baladerait sans sortir de ses rails. De toutes façons, personne et la Chine non plus, n'a réussi à faire dévier les Kim de leur objectif.

La Chine populaire a un jeu stratégique plus ouvert depuis qu'elle a décidé de proclamer urbi et orbi son projet. Nous en avons parlé plusieurs fois sur ce blogue. Le but du Parti communiste est d'avoir recouvré, avant le centenaire de la République populaire, la suprématie impériale sur toute l'aire stratégique définie par les empereurs de jadis. C'est le Chinese Dream de Xi Jinping. Les points de friction périmétrique(1) sont nombreux dans l'espace géopolitique mais rien n'arrêtera - sauf la guerre ouverte - la marche au limes d'une part et la caporalisation du peuple de l'autre, afin de prévenir toute instabilité des masses de l'intérieur. La parité de puissance économique et militaire avec les Etats-Unis est une conséquence de la recherche d'un imperium plus qu'un but en soi. Le Piéton fait le pari que la Chine populaire n'y parviendra pas, à cause de l'encrassement mental provoqué par la rééducation générale en cours. Restreindre la liberté de penser est la première faute des dictateurs, elle stérilise la créativité, le goût du risque, la folle ambition, l'invention. Dans le programme, il faut aussi mater les minorités sans retard ni précautions particulières au moindre soupçon d'identitarisme ou de fractionnisme pour éviter toute insurrection de revers. C'est le même rouleau compresseur communiste classique que chez le cousin nord-coréen, mais avec un emballage plus vendeur et de l'argent ; quoique le sourire commercial de la diplomatie chinoise pourrait s'effacer si la Chambre des Communes britannique rejoint les parlements néerlandais, canadien, européen et le Congrès de Washington pour reprocher aux Chinois la répression brutale des Ouighours et appeler aux sanctions internationales. Les Affaires étrangères chinoises sont aux cent coups !

Le quatrième bœuf c'est la Fédération de Russie. En dehors des dix métropoles, c'est encore un peu la Haute Volta d'Helmut Schmidt. Le faible PIB par tête de pipe le confirme. Vladimir Poutine n'est pas le génie que certains attendaient contre l'Amérique, les nègres, les arabiaques et tous les démons du libéralisme. Non, il a seulement déclaré vouloir reprendre la main sur l'ancien glacis soviétique russophone. C'est une stratégie monocouloir qui fait l'impasse sur le développement du pays disposant le plus d'atouts à long terme, mais qui a l'avantage d'être toute d'application et facile à comprendre. Le Kremlin comme les trois autres bœufs est capable de discuter à l'infini de tout processus qu'il n'appliquera pas. Trump et Macron s'y sont cassé les dents. Il ne déviera pas d'un degré de son axe d'effort. La dernière preuve est la préparation d'une prise en tenaille de l'Ukraine orientale, au moins jusqu'au Dniepr, à partir du Donbass et de la Crimée, pour relier la prétendue République populaire de Donetsk à la péninsule reconquise et barrer l'accès de l'Ukraine à la Mer d'Azov (clic). D'aucuns soutiennent que ce n'est qu'un test de Joe Biden, lequel a stigmatisé la Russie comme ennemi des Etats-Unis. Poutine n'y parviendra pas sauf à payer très cher dans d'autres compartiments du jeu, mais se doit d'essayer pour se prouver à lui-même et à sa clique que la feuille de route impériale continue. Les Russes n'ont pas de chance d'avoir le KGB aux manettes partout. Reste que si Navalny meurt dans la colonie pénitentiaire IK-2, les méthodes historiques de régulation des oppositions peuvent déclencher une bronca populaire qu'il leur sera difficile de contenir sans effusion de sang.

2 pitbulls noirs

Si la marche des bœufs vers l'hégémonie régionale et le contrôle des mers(2) ne s'arrête pas, les "chiens" finiront par former la meute jusqu'à devenir redoutables pour essentiellement deux raisons : ce sont des créateurs de valeur ajoutée et de fric ; ils savent tout faire, absolument, et n'ont besoin de piller aucun pays émergent pour produire de l'innovation en continu. Dans la période de transition climatique qui s'annonce, ce ne sont pas les Bœufs qui vont inventer des solutions à l'échelle de la planète. L'avenir est plutôt chez les hackers en garage que dans les laboratoires d'idées disciplinées veillant au progrès du parti communiste ou à celui de tout autre clique coercitive ailleurs. La liberté est un moteur puissant. Elle est du côté de l'Occident.


Note (1): Golfe du Tonkin, îles huileuses de la Mer de Chine méridionale, Ladakh pour tenir la crête himalayenne, Mongolie extérieure, rive droite du fleuve Amour demain, îles Senkaku, Taïwan et Pescadores.
Note (2): Comme à l'époque de la canonière, chaque bœuf a sa mer à lui (sauf la Corée du Nord) : L'Iran veut contrôler le Golfe persique et la Mer d'Oman ; La Chine populaire veut faire des deux mers de Chine des lacs intérieurs comme la Mer de Bohaï ; la Russie veut contrôler la Baltique orientale comme la Mer de Barents (future route arctique alternative à Suez) et la Mer noire.

samedi 17 avril 2021

Album de marine du Prince Philip

A l'annonce de sa mort le 9 avril dernier, nous avions évoqué la guerre de Philip de Grèce et Danemark. Au jour de ses funérailles au château de Windsor, nous proposons l'album de marine d'un prince sur le pont, du premier au dernier jour de la Seconde Guerre mondiale. Il n'a pas fait semblant.

Lt Commander Philip Mountbatten en 1951
1951


Après ses classes au Collège naval de Dartmouth où il rencontre sa future épouse et reine, le jeune misdship de 18 ans embarque en 1940 sur l'antique cuirassé rénové HMS Ramillies qui passe le Canal de Suez le 11 novembre 1939 pour entrer dans l'Océan indien où patrouille le croiseur Graf Spee. L'Anglais, redoutable encore par son artillerie en 15 pouces qu'il vaut mieux ne pas engager en combat naval, descend aux antipodes pour escorter les renforts australiens et néozélandais à remonter vers l'Europe.

HMS Ramillies
Cuirassé Ramillies

Notice technique du HMS Ramillies (1916-1948) à la guerre
Classe Revenge lancé en 1916 modernisé en 1932 et en 1937
Déplacement : 33000 tonnes à pleine charge
Machines : 40000 ch
Vitesse en chasse : 23 nœuds, 15nd en croisière
Dimensions : 189 x 31 x 9m de tirant d'eau
    Armement :
  • 950 hommes
  • 8 canons de 381 en 4 tourelles doubles
  • 14 canons de 152
  • 8 canons rapides de 102 en double
  • 2 canons anti-aériens de 76
  • 4 canons anti-aériens de 47


Revenu en Egypte où le Ramillies est mis en petit carénage à Alexandrie, le midship est transféré sur un cuirassé du même âge HMS Valiant en Méditerranée orientale. Le jeune sub-lieutenant se distingue à la bataille du Cap Matapan au mois de mars 1941 contre la flotte italienne où il gagne une citation : « Thanks to his alertness and appreciation of the situation, we were able to sink in five minutes two 8"-gun Italian cruisers ». En charge des projecteurs de poursuite, il détecte une menace hors-champ d'application de l'artillerie de bord et survit aux tirs d'extinction italiens.

HMS Valiant
Cuirassé Valiant

Notice technique du HMS Valiant (1914-1948) à la guerre
Classe Queen Elisabeth lancé en 1914 modernisé en 1929 et reconstruit en 1939
Déplacement : 33500 tonnes à pleine charge
Machines : 56000 ch
Vitesse en chasse : 23 nœuds, 12-18nd en croisière
Dimensions : 196 x 28 x 10m de tirant d'eau
    Armement :
  • 1000 hommes
  • 8 canons de 381 en 4 tourelles doubles
  • 20 canons de 114 en double
  • 4 affuts octuples anti-aériens de canons rapides de 102 en double
  • 52 canons anti-aériens Oerlikon de 20mm en double
  • 4 affûts quadruples de mitrailleuse de 12.7


Après avoir servi quelques temps aux machines alternatives du transport de troupes RMS Empress of Russia, l'enseigne de vaisseau Philip Mountbatten est affecté sur le vieux destroyer HMS Wallace qui patrouille en mer du Nord. Il gagne sur ce navire le grade de lieutenant de vaisseau et en devient le commandant en second. En juin 1943, le navire est dépêché en Méditerranée occidentale à partir de Gibraltar et Malte pour participer au débarquement de Sicile où il se distingue en appui de la Première Division canadienne au centre du dispositif de l'opération Husky. Après quoi le navire remonte en Mer du Nord.

HMS Wallace
Destroyer Wallace

Notice technique du Wallace (1918-1945) à la guerre
Classe Shakespeare lancé en 1918 modernisé en 1938
Déplacement : 2000 tonnes à pleine charge
Machines : 40000 ch
Vitesse en chasse : 33 nœuds, 15nd en croisière
Dimensions : 100 x 9.6 x 3.7m de tirant d'eau
    Armement :
  • 187 hommes
  • 5 canons de 120
  • 2 canons anti-aériens de 102 en double
  • 1 affût quadruple de canons de 40
  • 2 canons Oerlikon de 20
  • 2 affûts quadruple de mitrailleuses Vickers de 12.7
  • 30 grenades sous-marines


A 23 ans, Philip Mountbatten est nommé commandant en second sur le destroyer, moderne cette fois, HMS Whelp qui est engagé en 1945 au sein de la flotte britannique du Pacifique. Le navire réussit plusieurs opérations à Sumatra puis en escadre avec la Vè Flotte américaine dans la préparation de l'invasion d'Okinawa. Philip finit la guerre le 2 septembre 1945 pour la capitulation du Japon en baie de Tokyo.

HMS Whelp
Destroyer Whelp

Notice technique du Whelp (1943-1976) à la guerre
Classe W lancé en 1943 revendu en 1952 à l'Afrique du Sud
Déplacement : 2500 tonnes à pleine charge
Machines : 40000 ch
Vitesse en chasse : 36 nœuds, 20nd en croisière
Dimensions : 110 x 11 x 4.4m de tirant d'eau
    Armement :
  • 179 hommes
  • 4 canons de 120
  • 1 affût quadruple de canons anti-aérien de 40
  • 4 canons doubles Oerlikon de 20
  • 8 tubes à torpilles de 533
  • 70 grenades sous-marines


Le journal L'Independent relate sa réaction quand ils accueillirent en 1945 les marins britanniques rescapés des camps japonais de prisonniers : « Ce fut une expérience émouvante. Ces gens étaient des marins de la Royal Navy qui n'avaient pas vécu dans une atmosphère navale depuis trois ou quatre ans, parfois plus. Quand nous nous assîmes au mess avec eux, il retrouvèrent soudainement une atmosphère qui leur était familière. Ils étaient assis là, des larmes coulant sur leurs joues. Ils ne pouvaient plus parler.»
Après un poste de first lieutenant sur le destroyer HMS Chequers mouillé à Malte puis le commandement de l'escorteur HMS Magpie en Méditerranée, Philip Mountbatten sera démobilisé en juillet 1951 avec le grade de Lieutenant Commander (capitaine de corvette), puis gagnera des grades dans ses fonctions royales jusqu'à amiral. Partout où il passa, il laissa l'empreinte d'un officier de race, posé, calme et sûr. Ce qu'il sera ensuite dans sa vie de prince-consort.


HMS Magpie
Escorteur (sloop) Magpie

Notice technique du Magpie (1943-1959)
Classe Black Swan lancé en 1943
Déplacement : 1350 tonnes
Machines : 4300 ch
Vitesse en chasse : 20 nœuds, 12nd en croisière
Dimensions : 91 x 12 x 3.4m de tirant d'eau
    Armement :
  • 192 hommes
  • 6 canons de 102 en double
  • 2 affûts double de Bofors 40 anti-aérien
  • 6 affûts doubles Oerlikon de 20 anti-aérien
  • 8 tubes à torpilles de 533
  • 110 grenades sous-marines
  • 1 mortier Hedgehog anti-sous-marins de 24 roquettes


Pour son "éloge funèbre" le Guardian avait titré Un Homme de son temps : « Bien que Philip soit intelligent, avec une présence physique, de l'énergie et un parler ironique et saccadé, il avait pris soin d'occulter son intérêt pour les choses intellectuelles qui incluait, derrière une attitude très directe, la poésie et la théologie. Il avait une collection d'art privée, peignait un peu et appréciait une bibliothèque personnelle bien répertoriée de plus de dix mille livres, avec des entrées comme les ouvrages de TS Eliot. "Ne le dites à personne" disait-il. Les prélats en visite à Balmoral ou Sandringham pour le sermon du dimanche pouvaient être déconcertés par ses petits yeux brillants d'inquisiteur assis au premier banc et ses questions minutieuses au repas qui s'ensuivait ».

On ne peut refermer l'album de marine du prince Philip sans évoquer HMY Britannia qui fut "son bateau à eux". Lancé à Clydebank (Ecosse) en 1953, le grand yacht de 126m de long déplace 5900 tonnes et fut pendant quarante-quatre ans l'ambassadeur le plus royal de la couronne britannique. Les époux s'investirent énormément dans la décoration du navire qui fut utilisé dans plus de neuf cents missions officielles. Il est plus long et quatre fois plus gros que le dernier escorteur commandé à la mer par le capitaine de corvette Philip Mountbatten. Décommissionné en 1994, il est amarré au port de Leith à Edimbourg et se visite.

HMY Britannia
Yacht royal Britannia

Notice technique du Yacht Britannia
Lancé en 1953, désarmé en 1994
Déplacement : 5700 tonnes lège
Machines : 12000 ch
Vitesse de croisière : 21.5 nœuds
Dimensions : 126 x 17 x 4.6m de tirant d'eau
    Armement et marques:
  • 271 hommes
  • Pavillon de l'Amirauté, Lord High Admiral au mât de misaine
  • Pavillon Royal Standard au grand-mât
  • Pavillon de l'Union Jack à l'artimon
Capacité : 200 passagers


Voilà ! On regrette l'homme, on regrette ce temps. Les ouvrages abondent depuis son décès, qui nous montrent combien le personnage était trempé, intéressant à tous égards même dans ses défauts. Cet article n'est qu'un modeste hommage à un prince rare qui savait créer la confiance autour de lui, ce qui semble nous manquer le plus par les temps qui courent. Paix à son âme !


amiral Philip Mountbatten
1978



Eternal Father, Strong to Save (1861)

Articles les plus consultés

Compteur de clics (actif)